Les juges Solberg et Mintz ont oublié qu’ils pouvaient sortir un carton jaune

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Pour ceux qui ne connaitraient pas cette expression : « sortir un carton jaune » est une métaphore empruntée au monde du football.

Dans le contexte de l’article que vous allez lire (ou dans la vie quotidienne), elle signifie :

  1. Donner un avertissement : C’est une manière de dire à quelqu’un que son comportement est à la limite de l’acceptable. On ne le punit pas encore sévèrement (comme le « carton rouge » qui signifie l’expulsion ou le licenciement), mais on lui signifie qu’il a commis une faute.

  2. Mettre en garde pour l’avenir : Cela implique que si la personne recommence, la prochaine étape sera une sanction réelle. C’est un signal clair : « Je t’ai à l’œil, change d’attitude. »

  3. Marquer une limite symbolique : Dans le texte juridique, l’auteur reproche aux juges de ne pas avoir été assez fermes plus tôt. Selon lui, en ne donnant pas de « carton jaune » (un avertissement officiel dans leurs jugements précédents), ils ont laissé la Procureure continuer sur une voie qu’ils jugent aujourd’hui incorrecte.

En résumé, c’est un dernier rappel à l’ordre avant la sanction.

Dans la guerre de boue entre le gouvernement et la Procureure générale, la question de savoir « qui a commencé » a été tranchée cette semaine : les juges de la Haute Cour ont déterminé que Miara et ses services ont entravé le processus de nomination du commissaire de la fonction publique. Dommage qu’ils s’en soient souvenus si tard, et qu’ils n’aient pas signalé plus tôt à la Procureure qu’elle outrepassait son autorité.

Le verdict rendu cette semaine par la Haute Cour de justice concernant la nomination du commissaire de la fonction publique n’a pas seulement tranché la question juridique concrète posée aux juges. Certes, l’essentiel de l’arrêt portait sur la méthode de nomination du prochain commissaire, ou plus précisément : sur les limites du pouvoir du gouvernement à déterminer le déroulement de ce processus. Cependant, à la décision juridique sur cette question de principe, les juges de la majorité ont ajouté un élément supplémentaire : une critique d’une virulence inhabituelle à l’encontre du conseil juridique du gouvernement. Ce faisant, ils ont tranché un autre différend, essentiellement factuel, sur une question simple : qu’est-ce qui est à l’origine de la rupture entre le gouvernement israélien et la Procureure générale (Conseillère juridique du gouvernement), Gali Baharav-Miara ? Ou, si vous préférez : qui est responsable de cette rupture ?

Le récit dressé par l’entourage de la Procureure est que le gouvernement a perdu tous ses freins et a corrompu toutes les normes acceptées dans l’arène publique israélienne. La Procureure serait ce « petit garçon hollandais » qui bouche la brèche de la digue avec son doigt, dans une tentative désespérée de préserver les vestiges de l’intégrité administrative et d’empêcher l’effondrement total de la démocratie. Au gouvernement, en revanche, l’histoire est inverse : c’est la Procureure qui a perdu le sens de l’orientation et cherche à s’approprier des pouvoirs régaliens dont même ses prédécesseurs les plus « impérialistes » n’auraient jamais rêvé. Selon eux, elle est devenue une actrice purement politique qui, sous couvert d' »avis juridiques », présente ses positions personnelles comme une loi contraignante qu’elle tente d’imposer au gouvernement.

La Haute Cour n’a pas tranché ce conflit de manière explicite, mais la lecture de l’arrêt montre que les juges de la majorité estiment que la faute incombe à la Procureure générale et à ses services.

Madame, c’est un revirement

Pendant des décennies, c’est le gouvernement qui choisissait les commissaires de la fonction publique, après que ses candidats avaient été approuvés par un comité de nomination vérifiant leur aptitude. Cette fois, à la fin du mandat du commissaire sortant Daniel Hershkowitz en 2024, la Procureure a décidé que cette procédure était tout simplement illégale. À la place, elle a exigé que le gouvernement organise un processus compétitif et mette en place un comité de recherche indépendant auquel tout candidat intéressé pourrait postuler. Le gouvernement ne serait alors autorisé à nommer le prochain commissaire que parmi les rares candidats recommandés par ce comité.

Après de nombreux rebondissements, le gouvernement a décidé de ne pas accepter l’exigence de la Procureure et de choisir le prochain commissaire exactement de la même manière que le précédent. Trois pétitions ont été déposées contre cette décision et, comme cela arrive de plus en plus souvent ces derniers temps, Baharav-Miara a décidé de se ranger du côté des pétitionnaires.

Lors de la première audience, les pétitions ont été acceptées par une majorité de deux juges (Yitzhak Amit et Daphné Barak-Erez) contre un (Noam Solberg). Mais suite à une demande de nouvelle audition, le juge David Mintz et la juge Yael Wilner ont rejoint le panel et ont soutenu la position de Solberg. Ainsi, le verdict publié cette semaine a inversé le résultat.

Au-delà de cette « douce victoire » pour le gouvernement, le verdict contenait un autre cadeau. Solberg et Mintz ne se sont pas contentés de déclarer que la position de la Procureure était erronée ; ils ont également formulé une critique directe et cinglante, exprimant leur mécontentement face à la manière dont Baharav-Miara agit face au gouvernement. Le juge Mintz a noté que le résultat du verdict « jette une ombre lourde » sur la position du conseil juridique dans ce dossier, qualifiant sa conduite de « grave défaillance comportementale ». Le juge Solberg a ajouté un appel au conseil juridique à « tirer des leçons », notant que « les limites de la loi sont considérablement plus larges que celles présentées au gouvernement par le conseil juridique ».

En d’autres termes, ce n’est pas le gouvernement qui s’est déchaîné ou qui a agi contrairement à la loi. Ceux qui ont pris la liberté d' »entraver » le gouvernement dans une décision tout à fait légitime sont précisément les membres du conseil juridique, avec à leur tête la Procureure en titre.

Une découverte sans finalité

Cependant, le conseil juridique n’est pas le seul responsable du fait que cet appel risque de rester lettre morte. En lisant les avis de Solberg et Mintz, on ne peut s’empêcher de noter un fait troublant : ce n’est pas la première fois qu’un jugement traite de la relation entre la Procureure et le gouvernement. Il y a moins de deux mois, la Haute Cour a annulé à l’unanimité la décision du gouvernement de licencier Gali Baharav-Miara. Ce jugement avait été rédigé par le juge Yitzhak Amit et signé sans aucune réserve par les six autres membres du panel, y compris Solberg et Mintz.

La nature conflictuelle de cette relation est connue depuis longtemps. Mintz et Solberg n’ont pas découvert hier que le « conseil » prodigué par Miara est souvent un effort acharné pour imposer une vision idéologique à un gouvernement qui pense différemment. Tous les faits étaient déjà connus le 14 décembre, lors du verdict interdisant son licenciement.

Même si l’on suppose que, sur un plan juridique « pur », le verdict interdisant le licenciement était correct, il n’aurait pas dû être publié tel quel. La critique légitime de Solberg et Mintz aurait dû trouver sa place dès cette décision-là, comme une mise en garde clarifiant que, même si son licenciement échouait, son attitude d’opposition systématique devait cesser.

Lorsque la critique n’apparaît que dans un arrêt portant sur un autre sujet (la nomination du commissaire), sa portée est limitée. Dans le monde du conseil juridique, on étudiera sans doute le verdict de cette semaine, mais les chances que cela mène à un changement de comportement sont minimes.

Si cette critique avait été formulée lors du procès sur son licenciement, il aurait été clair pour Baharav-Miara que Mintz et Solberg lui sortaient un « carton jaune ». L’humilité des juges conservateurs de la Cour suprême, qui préfèrent « choisir leurs batailles » et minimiser les conflits, ne fait pas de bien au système. Au contraire, elle affaiblit leur pouvoir et nuit à leur capacité de ramener le navire de la justice israélienne sur une trajectoire qui renforce la démocratie au lieu de l’écraser.

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