Les Kurdes iraniens défient ouvertement le régime

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Cette communication intervient dans un contexte de mobilisation populaire croissante à travers le pays. Depuis plusieurs jours, manifestations et grèves se multiplient dans de nombreuses villes, parmi lesquelles Tabriz, Qazvin, Kermanshah, Kerman, Shiraz, Falajjan ou encore Bandar Abbas. Des commerçants ont fermé leurs boutiques en signe de protestation, rejoignant des rassemblements qui dénoncent à la fois la situation économique, la répression politique et la gouvernance du pays. Ces mouvements, initialement localisés, semblent désormais coordonnés à l’échelle nationale.

Selon les chiffres communiqués par l’organisation de défense des droits humains HRANA, le bilan humain s’alourdit. Au moins 36 personnes auraient perdu la vie depuis le début des troubles, dont une majorité de manifestants, tandis que plus de 2 000 arrestations auraient été recensées. Les affrontements et les rassemblements se seraient étendus à près de 285 localités réparties dans 92 villes, illustrant l’ampleur géographique inédite de la contestation.

À Téhéran, la situation reste particulièrement tendue. Le Grand Bazar, cœur économique et symbolique de la capitale, a constitué un point névralgique des manifestations ces dernières vingt-quatre heures. Des foules s’y sont rassemblées en scandant des slogans hostiles au pouvoir en place, certains exprimant même leur nostalgie pour l’ancienne monarchie. Les forces de sécurité ont répondu par un important déploiement, utilisant notamment des gaz lacrymogènes pour disperser les attroupements.

La répression ne s’est pas limitée aux espaces publics traditionnels. Des images diffusées sur les réseaux sociaux montrent l’utilisation de gaz lacrymogène à proximité, voire à l’intérieur, de sites civils sensibles, comme l’hôpital central ou le centre commercial Plasco. D’autres quartiers de la capitale, notamment les marchés du fer de Shush et de Yaft-Abad, ont également connu des fermetures massives de commerces, accentuant le sentiment de paralysie économique.

Dans ce climat déjà lourd, les autorités iraniennes ont annoncé l’exécution d’un individu présenté comme un « agent du Mossad », une déclaration qui renforce l’idée, entretenue par le régime, d’une ingérence étrangère visant à alimenter les troubles. Cette affirmation, combinée à la communication du compte se réclamant du renseignement israélien, nourrit les spéculations sur une possible internationalisation du conflit intérieur iranien.

La question kurde constitue depuis longtemps un point de fragilité pour Téhéran. Les régions kurdes de l’ouest de l’Iran ont régulièrement été le théâtre de tensions, et l’éventualité d’une déclaration officielle revendiquant le droit à l’autodéfense représenterait un tournant majeur. Même en l’absence de confirmation indépendante, ce signal, réel ou supposé, intervient à un moment où le pouvoir central doit déjà faire face à une contestation multiforme et persistante.

Pris dans l’étau de manifestations de masse, de pressions sécuritaires internes et de messages laissant entrevoir des défis armés périphériques, le régime iranien se trouve confronté à une accumulation de crises. L’annonce relayée par le compte affilié au Mossad, qu’elle se concrétise ou non, contribue à accentuer le climat d’incertitude et à renforcer la perception d’un pays entré dans une phase de turbulence profonde.

Jforum.fr

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