Le Liban pousse à des négociations directes pour stopper la guerre et éviter un effondrement interne, tandis qu’Israël y voit une opportunité d’exiger le désarmement du Hezbollah. La question est désormais de savoir si Jérusalem saura saisir ce moment pour imposer un prix politique et sécuritaire clair.
Ma’ariv – Dr Edy Cohen
Le gouvernement libanais, sous la direction du président Joseph Aoun et du Premier ministre Nawaf Salam, a récemment multiplié les demandes pour mener des négociations directes avec Israël. Le Premier ministre Benjamin Netanyahou l’a officiellement annoncé : « Au vu des demandes répétées du Liban pour ouvrir des négociations directes, j’ai ordonné au cabinet d’entamer ce processus dès que possible », déclarait-il il y a moins d’une semaine. Netanyahou s’est également adressé aux résidents du nord, précisant qu’il n’y a pas de cessez-le-feu au Liban, alors même que Beyrouth compte sur ces discussions pour en obtenir un.
Quoi qu’il en soit, les premiers échanges ont eu lieu hier aux États-Unis entre l’ambassadeur d’Israël, Yechiel Leiter, et l’ambassadrice du Liban, Nada Hamade Moawad, sous médiation américaine. Il s’agit des premières négociations directes et publiques entre les deux pays depuis les années 80 (si l’on excepte l’accord maritime indirect de 2022). Une atmosphère d’optimisme a émané de la rencontre. L’ambassadeur israélien a déclaré : « Les discussions ont été excellentes. Nous sommes unis par la nécessité de libérer le Liban du Hezbollah ».
Pourquoi maintenant ?
La question se pose : pourquoi les Libanais, qui hier encore nous boycottaient et nous qualifiaient d’ennemis, supplient-ils aujourd’hui pour un dialogue direct ? La réponse est simple : ils veulent un cessez-le-feu. Ils craignent que la guerre entre Israël et le Hezbollah ne s’étende au point de provoquer l’effondrement total de l’État libanais.
Il faut rappeler que le gouvernement libanais et une grande partie de la population — à l’exception de la communauté chiite — ne se soucient guère du sort du Hezbollah. Toute atteinte à l’organisation sert les intérêts de l’establishment libanais. Le Sud-Liban est déjà largement détruit, mais cette région, délaissée par les gouvernements successifs, préoccupe peu l’élite beyrouthine. En revanche, depuis qu’Israël a commencé à frapper des immeubles à Beyrouth et menace des infrastructures stratégiques dans tout le pays, les dirigeants ont compris qu’ils devaient agir.
Le Liban traverse une crise socio-économique sans précédent. La guerre, déclenchée par l’entrée du Hezbollah dans le conflit en octobre 2023, a causé des pertes massives et un exode vers la capitale. Les dirigeants — Aoun, Salam et Nabih Berri — espèrent restaurer la souveraineté de l’État et obtenir une aide internationale. De son côté, le Hezbollah, dirigé par Naïm Qassem, s’oppose fermement à ces discussions, les qualifiant de « reddition humiliante ».
Deux approches opposées
Le fossé reste immense :
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Côté Israël : Netanyahou souligne que les négociations doivent porter sur le désarmement du Hezbollah et un accord de paix historique. Israël refuse tout cessez-le-feu préalable.
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Côté Liban : On précise que l’objectif est exclusivement d’obtenir un cessez-le-feu. Personne à Beyrouth ne parle de normalisation.
Certes, un accord sécuritaire initial est possible. Les points de friction territoriaux (les 13 ou 14 points litigieux sur la ligne bleue, dont Rosh HaNikra, les fermes de Chebaa et le village de Ghajar) ne sont pas la priorité absolue mais pourraient ressurgir plus tard.
Tirer les leçons du passé
En tant que natif du Liban, je sais qu’une partie de la population souhaite une normalisation et espère qu’Israël les délivrera du Hezbollah, comme nous les avions délivrés des Palestiniens en 1982. Cependant, nous connaissons tous la suite tragique de cette histoire après l’assassinat de Bachir Gemayel.
Israël doit aujourd’hui « sortir de la boîte » :
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Exiger des réparations : Puisque le Hezbollah est une organisation libanaise, le Liban doit payer pour les dommages causés lors des dernières guerres (« Flèches du Nord » et « Couronne de Lion »). Cela servira de dissuasion.
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Définir le Hezbollah comme terroriste : Israël doit exiger que le gouvernement libanais qualifie officiellement le Hezbollah d’organisation terroriste. S’ils ne peuvent pas les désarmer par la force, ils peuvent au moins le faire par décret. Sans cela, le Liban continuera de jouer un double jeu.
Il est temps qu’Israël apprenne à négocier avec la finesse et la fermeté de ses adversaires.

























