La chute brutale de Nicolás Maduro, capturé lors d’une opération militaire américaine, a provoqué des scènes de liesse parmi les exilés vénézuéliens à travers le monde. Mais au Venezuela même, et plus particulièrement au sein de la communauté juive, l’heure n’est pas encore à la célébration. Après des décennies de répression politique, de discours antisionistes et de pressions indirectes, l’attentisme domine.
À Caracas, la capitale, les rues sont restées étonnamment calmes après l’annonce de l’arrestation de Maduro. L’armée a rapidement reconnu Delcy Rodríguez comme présidente par intérim, appelant la population à reprendre une vie normale. Pour les Juifs restés sur place, ce signal confirme que l’appareil d’État demeure largement intact, malgré la disparition du chef du régime.
« Tout le monde ressent un soulagement, mais la prudence est de mise », confie Daniel Behar, Israélien d’origine vénézuélienne installé en Israël depuis une vingtaine d’années. Selon lui, la communauté craint d’être prise pour cible une fois l’euphorie passée. Les souvenirs de menaces contre des écoles, des restaurants ou des institutions communautaires juives restent vivaces.
La méfiance s’explique aussi par le passé récent. Sous Hugo Chávez, puis sous Maduro, le Venezuela a adopté une ligne farouchement anti-israélienne, tout en se rapprochant de l’Iran et du Hezbollah. Les autorités ont entretenu un discours antisioniste récurrent, souvent accompagné de stéréotypes antisémites diffusés par les médias officiels. Si les Juifs n’étaient pas systématiquement persécutés pour leur religion, ils étaient perçus comme des opposants politiques potentiels.
La pandémie de répression a également poussé une large partie de la population à l’exil. En vingt ans, près d’un quart des Vénézuéliens ont quitté le pays. La communauté juive, qui comptait autrefois entre 25 000 et 45 000 membres, n’en rassemble plus aujourd’hui que 4 000 à 6 000, selon les estimations.
Les propos récents de Delcy Rodríguez, affirmant que l’opération américaine contre Maduro aurait eu une « coloration sioniste », n’ont fait qu’accroître l’inquiétude. Pour de nombreux responsables communautaires, ce type de rhétorique ravive le risque de représailles indirectes. « Le régime contrôle toujours les leviers de la peur », souligne Samy Yecutieli, membre du Forum de sécurité de la Chambre de commerce Israël–Amérique latine.
Pourtant, un optimisme discret commence à émerger. L’opposante María Corina Machado, figure majeure de la transition espérée, s’est prononcée en faveur d’une reprise des relations diplomatiques avec Israël. Un tel changement serait perçu comme un signal fort, tant pour Jérusalem que pour la communauté juive locale, longtemps isolée sur le plan international.
Historiquement, la présence juive au Venezuela remonte au début du XIXᵉ siècle, peu après l’indépendance du pays. Des communautés séfarades actives dans le commerce se sont établies dans des villes côtières comme Coro et Caracas, avant d’être renforcées par plusieurs vagues migratoires au XXᵉ siècle. Durant des décennies, le Venezuela fut l’un des pays les plus prospères d’Amérique latine, offrant stabilité et opportunités économiques.
Cette prospérité a disparu avec les nationalisations massives, la corruption et l’effondrement économique. Selon Université hébraïque de Jérusalem, l’antisémitisme actuel au Venezuela est essentiellement politique, lié à l’alignement idéologique du régime sur l’Iran et le Hezbollah, plus qu’à un rejet social profond des Juifs par la population.
La violence reste un facteur central. Bien que les taux d’homicides aient reculé depuis leur pic du milieu des années 2010, le Venezuela demeure l’un des pays les plus dangereux du monde. Dans ce climat, la discrétion est devenue une stratégie de survie pour les Juifs restés sur place, qui préfèrent observer l’évolution du pouvoir avant d’exprimer la moindre position publique.
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