Alors que la pression politique et militaire sur la République islamique d’Iran s’intensifie, certains opposants au régime cherchent déjà à préparer l’après. Parmi eux, le prince héritier en exil Reza Pahlavi (notre photo) et un groupe d’experts travaillant avec l’Union nationale pour la démocratie en Iran (NUFDI) ont élaboré une feuille de route destinée à organiser la transition politique en cas d’effondrement du pouvoir actuel.
Ce projet, souvent appelé « Projet de prospérité de l’Iran », vise à éviter un vide politique si la République islamique venait à disparaître. L’initiative est coordonnée notamment par l’économiste Saeed Ghasseminejad et rassemble des spécialistes de la gouvernance, du droit et de l’économie. Leur objectif est de proposer une structure provisoire capable de maintenir l’ordre et d’organiser une transition vers un système démocratique.
Une structure provisoire pour stabiliser le pays
Le plan prévoit la mise en place d’un système transitoire dirigé symboliquement par Reza Pahlavi, présenté comme le « chef du soulèvement national ». Son rôle ne serait pas de déterminer la forme définitive du futur État, mais d’assurer une phase de stabilisation pendant plusieurs mois.
Trois institutions principales composeraient ce dispositif temporaire. La première serait un parlement provisoire appelé Mehestan transitoire, chargé d’assumer les fonctions législatives. La seconde serait un gouvernement de transition responsable de l’administration quotidienne du pays. Enfin, un Divan de transition exercerait les fonctions judiciaires afin de garantir la continuité du système légal.
L’objectif affiché est de préserver l’intégrité territoriale de l’Iran, d’assurer la sécurité intérieure et de maintenir les institutions essentielles en fonctionnement pendant la période de transition.
Le choix du système politique laissé aux Iraniens
L’une des caractéristiques du projet est de ne pas imposer à l’avance la forme du futur régime. Les concepteurs du plan souhaitent que les Iraniens tranchent eux-mêmes entre différentes options politiques.
Quatre mois après la chute éventuelle de la République islamique, un référendum national serait organisé pour déterminer si le pays doit adopter une monarchie constitutionnelle ou une république. Reza Pahlavi insiste lui-même sur le fait qu’il souhaite servir de « passerelle » dans cette transition plutôt que de se présenter comme un dirigeant permanent.
Dans les mois suivants, des élections seraient organisées pour une assemblée constituante chargée de rédiger une nouvelle constitution. Ce texte serait ensuite soumis à un vote populaire. Si la constitution est adoptée, de nouvelles élections législatives et éventuellement présidentielles permettraient de mettre en place des institutions permanentes.
L’ensemble du processus devrait durer entre 18 et 24 mois avant l’installation d’un gouvernement pleinement élu.
Démanteler les structures de la République islamique
Le plan prévoit également une transformation profonde des institutions actuelles. Les organes centraux du système théocratique – notamment la fonction de guide suprême, l’Assemblée des experts et le Conseil des gardiens – seraient abolis immédiatement après la chute du régime.
Le Corps des gardiens de la révolution islamique serait dissous. Ses forces militaires seraient intégrées à une armée nationale unifiée, tandis que ses réseaux économiques seraient démantelés.
D’autres structures associées au contrôle idéologique, comme la police des mœurs ou certains tribunaux révolutionnaires religieux, disparaîtraient également.
Justice transitionnelle et réconciliation
Pour traiter les crimes commis sous le régime actuel, le projet propose la création d’un tribunal spécial chargé de juger les violations graves des droits humains et les affaires majeures de corruption. Une commission de vérité serait également mise en place pour recueillir les témoignages des victimes et documenter les abus du passé.
Dans certains cas, une amnistie conditionnelle pourrait être accordée à des responsables de rang inférieur qui accepteraient de coopérer avec les enquêtes. L’objectif est d’éviter à la fois les représailles massives et l’impunité totale.
Stabiliser l’économie et réorienter la diplomatie
Les auteurs du plan considèrent que les premiers mois suivant la chute du régime seraient particulièrement fragiles. Le gouvernement de transition devrait donc se concentrer sur la stabilité économique : paiement des salaires publics, maintien des chaînes d’approvisionnement, protection du système bancaire et accès aux avoirs iraniens gelés à l’étranger.
Le projet envisage également une réorientation profonde de la politique étrangère. Un futur gouvernement chercherait à normaliser les relations avec les États-Unis et l’Europe, à mettre fin au soutien aux milices régionales et à ouvrir les installations nucléaires à des inspections internationales.
Dans cette vision, un Iran démocratique pourrait aussi reconnaître officiellement Israël dans le cadre d’un accord régional plus large visant à stabiliser le Moyen-Orient.
Si la mise en œuvre d’un tel plan dépend encore d’évolutions politiques incertaines à l’intérieur du pays, ses promoteurs estiment qu’une transition préparée à l’avance pourrait éviter le chaos institutionnel souvent observé après la chute de régimes autoritaires.
Jérémie de Jforum.fr




























