Publiée en juillet 2026 dans l’American Journal of Psychiatry, une étude de l’Université hébraïque de Jérusalem met en évidence un lien entre le traumatisme vécu par certains survivants de la Shoah et un risque accru de schizophrénie chez leurs enfants, plusieurs décennies plus tard.
L’étude montre que les enfants de mères âgées de plus de cinq ans au début des persécutions nazies présentaient un risque de schizophrénie plus de deux fois supérieur à celui du groupe de référence. Cette association restait significative après la prise en compte de plusieurs facteurs sociaux, médicaux et familiaux. En revanche, aucun sur-risque clair n’a été observé lorsque les parents avaient cinq ans ou moins au début des persécutions.
Les chercheurs avancent plusieurs hypothèses pour expliquer cette différence. Les enfants plus âgés au moment des persécutions étaient sans doute davantage capables de comprendre la violence, les séparations, la faim et la menace de mort. Ce traumatisme extrême peut durablement modifier le système de réponse au stress, avec des effets possibles sur la santé, la grossesse et l’environnement familial des années plus tard.
Une autre piste concerne l’épigénétique. Le traumatisme ne modifie pas directement l’ADN, mais pourrait influencer la manière dont certains gènes s’activent ou se désactivent, notamment ceux liés à la gestion du stress. Les scientifiques évoquent aussi l’environnement intra-utérin et les premières années de l’enfant, ce qui pourrait expliquer pourquoi l’effet observé apparaît plus marqué du côté maternel.
Le comportement parental peut également jouer un rôle. Une personne profondément marquée par la persécution peut souffrir d’anxiété chronique, de cauchemars ou d’une peur constante du danger. Sans le vouloir, elle peut transmettre cette insécurité à travers son comportement, son éducation ou son rapport au monde.
Les auteurs insistent toutefois sur le fait que l’étude ne démontre pas qu’un traumatisme parental provoque directement une schizophrénie. Cette maladie reste rare et dépend généralement d’une combinaison complexe de facteurs génétiques, neurodéveloppementaux et environnementaux. La grande majorité des enfants de survivants de la Shoah ne développent donc pas ce trouble.
Ces travaux pourraient aussi aider à mieux comprendre, à long terme, les conséquences psychiques des massacres du 7 octobre et de la guerre qui a suivi. Depuis l’attaque, les études menées en Israël font déjà état d’une hausse du stress post-traumatique, de la dépression, de l’anxiété et des troubles du sommeil chez les survivants, les familles d’otages, les évacués, les soldats et les secouristes.
Il est encore trop tôt pour savoir si ces traumatismes auront un effet sur les générations suivantes. Les chercheurs estiment néanmoins que les enseignements tirés de la Shoah pourraient aussi éclairer les séquelles durables d’autres guerres et génocides, notamment en Bosnie, au Rwanda, en Syrie ou en Ukraine.


























