La décision récente de la Cour suprême sur le Kotel n’est ni neutre ni « technique » : c’est un pas supplémentaire dans un activisme judiciaire qui s’arroge le droit de redessiner le visage spirituel du lieu le plus sacré du peuple juif, en imposant une vision étrangère à la tradition, à la halakha et à la souveraineté juive sur le Makom haMikdach.
Professeur Michael Ayache
Sous couvert de « droits » et « d’égalité », la Cour piétine le minhag haMakom et l’autorité du Rabbinat, en ordonnant à l’État et à la municipalité de Jérusalem de débloquer et d’accélérer l’aménagement de l’esplanade dite « égalitaire » d’Ezrat Israël au sud du Kotel, comme si sept juges civils pouvaient décider de la forme de la tefila au pied du Mur occidental !
Les avertissements clairs du Rabbinat – qui rappelle que le Kotel est un ‘hatsar beth knesset, soumis aux lois de me’hitsa, de tsn’outh et de kedouchath haMakom, et que la prière mixte y est halakhiquement interdite – ont été traités comme de simples « positions sectorielles », alors qu’il s’agit de normes fondamentales de la Tora.
Du point de vue des fidèles à la Tora, cette attitude est doublement infondée. Sur le plan spirituel, le Kotel n’est pas un « espace public » comme un square ou une promenade, mais le dernier vestige visible de notre Beth HaMikdach, sanctifié par les larmes, les prières et le sang de toutes les générations, des expulsions d’Espagne aux camps de la Shoah. Transformer ce lieu en laboratoire de « pluralisme » importé, pour satisfaire des lobbys réformés qui représentent une minorité marginale en Israël mais instrumentalisent le Kotel comme drapeau politique, c’est instrumentaliser la sainteté pour un agenda idéologique étranger à la Halakha. La souveraineté juive retrouvée sur Jérusalem en 1967 signifiait le retour du peuple juif à son centre de gravité historique et spirituel, pas le transfert du pouvoir sur la Kedouchath haMakom à une instance judiciaire non élue, souvent déconnectée de toute pratique religieuse, qui se permet de redéfinir ce qu’est le Kotel au nom de concepts occidentaux abstraits.
La Cour prétend ne pas toucher à l’esplanade principale, mais par le détour de la place « égalitaire », elle modifie de facto l’ADN du site tout entier. En fixant des délais, en grondant l’État pour ses « retards » et en consacrant le langage des « droits » de courants qui ont construit leur identité sur la rupture avec la Halakha et la prière séparée, elle crée un précédent dangereux : ce n’est plus le peuple juif, à travers ses Rabbanim, sa Halakha et son histoire, qui définit la nature du Kotel, mais l’idéologie de la Cour, appuyée par la pression d’organisations libérales de la diaspora. On glisse ainsi d’un Kotel qui est le mur du Beth HaMikdach, lieu de tremblement et de techouva, à un « mur des lamentations » version parc à thèmes, découpé en zones et sous‑identités, où chacun réclame « son » espace, « son » rituel, « son » agenda – c’est‑à‑dire la négation concrète de la a’hdouth Israël que les juges prétendent défendre.
Pour nous ce dossier est un test décisif. Si nous acceptons aujourd’hui que la Cour décide comment on prie au Kotel, demain ce sera le statut du Chabbath dans l’espace public, après‑demain la définition du mariage, de la conversion, et ensuite l’intégrité même des lieux saints. Le combat autour du Kotel n’est pas un petit conflit de « tribus religieuses » : il pose la question de savoir si l’État juif sera ancré dans sa Tora, sa Halakha, sa mémoire et sa responsabilité historique, ou dissous dans un juridisme occidental qui refuse d’admettre qu’il existe des lieux dont la sainteté n’est pas négociable. Une approche juive consiste à le dire sans complexe : le Kotel appartient à la Tora et au peuple juif fidèle à sa tradition, et aucun tribunal humain, fût‑il suprême, n’a le droit moral ou spirituel de redéfinir sa sainteté ni de remodeler le service divin au pied du Mur occidental.

























