Snipers sur les toits et camions de glace nocturnes : témoignage de l’intérieur sur la répression à Téhéran

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Un habitant de la capitale affirme avoir été recruté par les Gardiens de la Révolution pour réprimer les manifestations des 8 et 9 janvier. Armé et posté dans l’ouest de la ville, il décrit l’usage de tireurs d’élite, d’embuscades mortelles et l’évacuation de corps — dont ceux d’enfants — par des camions frigorifiques.

Kol réga’ – Yanki Farber 

Un habitant de Téhéran âgé de 40 ans, surnommé ici « Kazem », décrit dans un long entretien accordé à la chaîne d’opposition Iran International comment il a été aspiré par l’appareil répressif du régime lors des nuits de violences extrêmes des 8 et 9 janvier. Ce n’est pas le récit d’un manifestant, mais celui d’un homme qui prétend avoir été mobilisé par les Gardiens de la Révolution (CGRI).

Kazem explique avoir été arrêté par le passé par les services de renseignement des CGRI et libéré sous condition de coopération. Le 7 janvier, il reçoit l’ordre de se présenter au centre de coordination de Téhéran, où des dizaines d’hommes, mêlant citoyens ordinaires et « hommes de main » expérimentés, reçoivent des armes (Kalachnikovs, pistolets) et une brève instruction pour « contrôler les émeutes ».

Les méthodes : « Chasse aux leaders » et nasses mortelles

Déployé dans le quartier de Sadeghieh (ouest de Téhéran), Kazem décrit deux tactiques récurrentes :

  1. La « Chasse aux leaders » : Des agents infiltrés dans la foule identifient les organisateurs. « Dans les rues sombres, après avoir coupé l’éclairage, ils les abattaient par derrière à bout portant », raconte-t-il. Des tireurs d’élite sur les toits prenaient également le relais sur la base de descriptions vestimentaires transmises par radio.

  2. Les nasses : La foule était dirigée vers des impasses ou des zones totalement bouclées. « L’objectif n’était pas l’arrestation, mais de tirer », affirme-t-il.

Le sort des blessés et des enfants

Kazem relate une scène d’horreur dans le sud de Téhéran : un officier aurait achevé d’une balle dans la tête un blessé qui suppliait pour sa vie. Plus tragique encore, il estime, selon ce qu’il a vu, que près de 200 enfants auraient été tués durant ces deux nuits — un chiffre qui n’a pu être vérifié de manière indépendante.

Les camions de glace « Mihan » pour évacuer les corps

L’allégation la plus frappante concerne l’évacuation des cadavres. Kazem affirme que des camions frigorifiques de la marque de glace « Mihan » ont été utilisés pour charger les corps et les faire disparaître. « J’ai moi-même aidé à charger les corps », dit-il, décrivant un collègue arrachant les boucles d’oreilles d’une fillette décédée d’environ 10 ans avant de la jeter dans le camion.

Ce n’est pas la première fois que de telles accusations font surface ; l’organisation Iran Human Rights a déjà rapporté l’utilisation de véhicules de livraison alimentaire pour transporter des cadavres vers les hôpitaux de la province du Lorestan.

Vandalisme d’État et milices étrangères

Le témoin affirme également avoir vu des membres des forces de sécurité piller des banques et des mosquées avant d’y mettre le feu. Il mentionne aussi la présence d’un petit nombre de combattants des Hachd al-Chaabi (milices irakiennes pro-iraniennes) aux côtés des Bassidjis et des agents en civil.

Le « prix » du corps

Après avoir rendu son arme le samedi matin, Kazem a entendu dire que les familles réclamant les corps de leurs proches devaient parfois verser d’importantes sommes d’argent, officiellement pour compenser les dégâts causés dans leur quartier — une pratique déjà dénoncée par plusieurs médias d’opposition.

Si ce récit est exact, il brosse le portrait d’une opération coordonnée et planifiée, dépassant largement le simple maintien de l’ordre pour devenir une entreprise de répression systématique.

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