Sud Liban : l’initiative française inquiète Israël

0
26

Une initiative diplomatique française suscite de vives interrogations au Moyen-Orient, en particulier en Israël et au Liban. Selon plusieurs informations relayées par la presse libanaise, Paris chercherait à maintenir une présence militaire européenne renforcée dans le sud du Liban, en dehors des cadres traditionnels de l’ONU et sans coordination préalable avec Israël. Une démarche qui, si elle se concrétise, pourrait modifier en profondeur l’équilibre sécuritaire déjà fragile à la frontière nord d’Israël.

La France justifie son action par la nécessité de consolider l’autorité de l’État libanais dans le sud du pays, en s’appuyant sur l’esprit de la résolution 1701 du Conseil de sécurité, adoptée en 2006 après la guerre entre Israël et le Hezbollah. Toutefois, cette résolution n’a jamais été pleinement appliquée, notamment en ce qui concerne le désarmement des groupes armés non étatiques et le contrôle effectif de la zone frontalière.

D’après les révélations du quotidien libanais Al-Akhbar, proche du Hezbollah, Paris coordonnerait actuellement ses efforts avec plusieurs partenaires européens, notamment l’Italie et l’Espagne. L’objectif serait d’encourager Beyrouth à solliciter officiellement la poursuite du déploiement de forces européennes, indépendamment du renouvellement du mandat de la FINUL. Cette stratégie viserait à contourner un éventuel veto diplomatique des États-Unis ou les objections d’Israël.

Cette manœuvre s’expliquerait par la crainte française de voir Washington refuser de soutenir la prolongation du mandat onusien de la FINUL, dont l’échéance approche. Afin d’éviter un retrait forcé des contingents européens, Paris chercherait une solution alternative reposant sur des accords bilatéraux ou multilatéraux, offrant une couverture politique et sécuritaire sans passer par une nouvelle résolution du Conseil de sécurité.

En Israël, cette initiative est accueillie avec un profond scepticisme. Les autorités israéliennes estiment que la présence internationale actuelle n’a pas empêché l’enracinement militaire du Hezbollah, ni la constitution d’arsenaux considérables à proximité immédiate de la frontière. La perspective d’une force européenne opérant avec un mandat « flexible », sans coordination avec Israël, alimente les craintes d’un affaiblissement supplémentaire de la dissuasion régionale.

Selon les éléments disponibles, le projet français prévoirait le déploiement de soldats européens prêts à intervenir face à des menaces sécuritaires locales, tout en évitant une confrontation directe entre Israël et le Hezbollah. Cette approche est présentée à Paris comme un moyen de prévenir une nouvelle escalade militaire, mais elle est perçue à Jérusalem comme un risque de légitimation indirecte de la présence armée du Hezbollah.

La France demeure l’un des principaux contributeurs à la FINUL, avec environ 670 soldats actuellement déployés, appuyés par des capacités de renseignement et de logistique. L’Italie, de son côté, maintient plus de 1 000 militaires dans le sud du Liban et a annoncé son intention de prolonger sa présence au-delà de 2026 par le biais d’accords bilatéraux. L’Espagne déploie environ 700 soldats, principalement dans le secteur oriental, autour de Marjayoun.

Au-delà des considérations militaires, cette initiative illustre la volonté de Paris de préserver son influence stratégique au Liban et au Levant. Reste à savoir si cette approche, menée en marge des mécanismes onusiens traditionnels, contribuera réellement à la stabilité régionale ou si elle ouvrira la voie à de nouvelles tensions diplomatiques et sécuritaires.

Jérémie de Jforum.fr

Aucun commentaire

Laisser un commentaire