Chacune avance avec son propre calendrier, l’objectif israélien reste clair : neutraliser les capacités militaires iraniennes et affaiblir le régime, même si l’issue politique demeure incertaine.
Chacune des parties tente de montrer qu’elle ne cédera pas la première. Toutes affichent la même posture : poursuivre les opérations, approfondir les gains militaires et pousser l’adversaire à reculer sur ses positions diplomatiques.
Du côté d’Israël, les objectifs sont définis depuis le début de la campagne. Le premier consiste à neutraliser l’ensemble des capacités militaires iraniennes susceptibles de menacer l’État hébreu : le programme nucléaire, les missiles balistiques, les drones et les réseaux de proxies dans la région. L’armée israélienne poursuit ces frappes de manière intensive, avec des centaines de sorties aériennes visant des cibles militaires en Iran, même si toutes ne sont pas rendues publiques.
Un second objectif existe, plus politique et plus difficile à mesurer : affaiblir le régime iranien lui-même, une cible beaucoup plus complexe à évaluer de manière technique. Israël cherche néanmoins à frapper les structures centrales du pouvoir, notamment ce qu’il décrit comme le « triangle dur » du régime.
Sur le plan nucléaire, l’évaluation israélienne estime que l’Iran a subi des dommages significatifs. Les frappes auraient repoussé le programme nucléaire de deux à trois ans, à condition que Téhéran tente immédiatement de relancer ses activités. Mais ce scénario n’est pas considéré comme simple. Même si l’Iran dispose encore d’environ 400 kilos d’uranium enrichi à 60 %, plusieurs étapes seraient nécessaires pour produire une arme nucléaire. D’abord, retrouver ces stocks d’uranium. Leur emplacement exact reste incertain, certains pouvant être enfouis sur différents sites. Ensuite, enrichir ce matériau jusqu’à 90 %, ce qui nécessite des installations adaptées. Or certaines infrastructures clés, notamment à Fordo, ont été lourdement touchées. Enfin, il faut transformer cet uranium en ogive nucléaire – un processus scientifique complexe qui nécessite des équipes spécialisées et peut prendre entre un et deux ans. Or ces équipes ont également été visées. Des ingénieurs impliqués dans le programme d’armement travaillaient dans un site souterrain à la périphérie de Téhéran, récemment frappé. Plusieurs responsables clés du programme ont été éliminés. Malgré cela, Israël concentre aujourd’hui l’essentiel de ses frappes sur les missiles balistiques iraniens, la menace la plus immédiate pour Israël, bien plus que le nucléaire.
Reste la question centrale : combien de temps le régime iranien peut-il tenir ? Téhéran hésite entre deux stratégies. La première consisterait à limiter les pertes et accepter un accord sur des points jusqu’ici refusés. La seconde repose sur une logique de résistance totale : tenir coûte que coûte, continuer les attaques asymétriques et attendre que les États-Unis ou Israël se fatiguent. Les Gardiens de la révolution utilisent déjà certaines tactiques connues : installations militaires dissimulées dans des zones civiles, bases proches d’hôpitaux ou d’écoles, misant sur la réticence des forces occidentales à frapper ces lieux.
Mais la situation économique iranienne pourrait peser lourd. L’économie est paralysée, les échanges commerciaux ralentissent et la monnaie perd de sa valeur, la pression intérieure pourrait devenir déterminante.
Militairement, l’écart de puissance reste important. Le nombre de bombes tombant sur Téhéran serait cent fois supérieur à celui frappant Israël. Dans ces conditions, une guerre d’usure comparable à celles menées par les organisations terroristes apparaît difficile.
La question d’un changement de régime demeure toutefois incertaine. Israël pourrait accentuer ses frappes contre le Bassidj et les Gardiens de la révolution, piliers sécuritaires du pouvoir. Certains estiment que l’effondrement de ces structures pourrait déclencher des protestations massives.
Mais prévoir la chute d’un régime reste extrêmement difficile. On peut mesurer le nombre de lanceurs de missiles ou de sites nucléaires détruits mais la solidité d’un régime politique est presque impossible à quantifier. La chute soudaine du régime d’Assad en Syrie reste dans tous les esprits. Mais l’exemple inverse existe aussi : le Hamas contrôle toujours Gaza malgré des destructions massives.
Une chose semble toutefois certaine : personne n’envisage une invasion terrestre de l’Iran. Ni les États-Unis, ni Israël, ni les pays du Golfe. Il convient de rappeler que les régimes ne tombent pas seulement sous les bombes. Ils tombent lorsque quelque chose se brise à l’intérieur et pour l’heure personne ne sait quand, ni où, cela pourrait se produire.






























