Un cri de réveil pour l’Europe

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Après des décennies d’hésitation, l’alliance américano-israélienne se dresse ouvertement face au foyer du radicalisme régional — contraignant l’Europe à mettre à jour sa propre doctrine.

Par le Dr Dov Maimon – Aroutz 7

Le tournant du 28 février : la fin de l’hésitation

L’histoire n’attend pas toujours les historiens. Parfois, il est clair en temps réel que quelque chose de fondamental a changé. Le 28 février 2026 fut l’un de ces moments. L’Iran, la « tête du serpent », a été attaqué. Mais la véritable importance de ce jour n’est pas l’attaque en soi, mais ce qu’elle symbolise : après des décennies d’hésitation, les États-Unis ont agi en coordination totale avec Israël contre le centre du radicalisme régional.

Pendant plus de cinquante ans, Israël a soutenu que son conflit n’était pas une simple affaire israélo-arabe. La ligne de fracture profonde au Moyen-Orient a toujours été celle qui sépare ceux qui cherchent à construire un ordre régional fonctionnel de ceux qui vivent de sa violation. De Nasser à Khamenei, les visages ont changé, mais la logique est restée la même.

Israël : d’allié assisté à pilier stratégique

Washington a compris cela tardivement et partiellement. Pendant la majeure partie de la guerre froide, la politique américaine oscillait entre intérêts pétroliers et équilibres entre puissances. Israël était un allié, certes vital, mais pas un pilier de la stabilité régionale.

Le 28 février a brisé un plafond de verre. Le changement n’est pas seulement opérationnel, il est conceptuel. Israël n’est plus perçu à Washington comme une petite démocratie assiégée nécessitant soutien et parfois retenue. Aujourd’hui, Israël est un pouvoir stratégique stable, technologiquement avancé et fiable — un pilier de l’équilibre régional.

La doctrine de l’instabilité iranienne

Le projet iranien n’a jamais concerné uniquement la Palestine, le Liban ou le Yémen de manière isolée. Il visait à construire une architecture complète d’instabilité permanente : un réseau de proxys (Hezbollah, Houthis, milices irakiennes) dont le rôle est d’empêcher toute émergence d’un ordre stable. Il a fallu des décennies pour que cette compréhension devienne une doctrine acceptée à Washington.

En Israël, ce moment est vécu avec une double sensation : l’angoisse humaine évidente que chaque famille connaît, mais aussi un sentiment de clarté historique. Ce qui a été construit et expliqué pendant des décennies se réalise enfin.

L’Europe : prisonnière des années 90

Pendant que l’Inde s’adapte silencieusement, que les pays du Golfe collaborent ouvertement avec Israël et que les États-Unis passent d’une ambiguïté calculée à un engagement stratégique explicite, l’Europe reste ancrée dans une vision du monde née dans les années 1990.

Cette vision repose sur une seule hypothèse : le conflit israélo-palestinien serait la racine de l’instabilité régionale et sa résolution la clé d’une paix globale. Face à quatre décennies de subversion iranienne systématique, cette analyse est devenue insuffisante.

Les incohérences européennes :

  • Des gouvernements européens imposent des sanctions à des ministres israéliens mais peinent à définir l’Iran comme la source systémique de l’instabilité.

  • L’instabilité cultivée par l’Iran impacte directement l’Europe (migration, terrorisme, dépendance énergétique). Ne pas identifier le moteur de ce désordre rendra sa gestion impossible.

Conclusion : choisir son camp

On peut être en désaccord avec une politique israélienne spécifique ; c’est le propre des démocraties. Mais ne pas identifier le moteur principal du chaos régional est une autre affaire. Le 28 février a forcé une question que beaucoup en Europe préféraient éluder :

De quel côté de la véritable ligne de fracture vous situez-vous ? Avec ceux qui tentent de préserver un ordre régional, ou avec ceux dont la puissance dépend de sa décomposition ?

L’Israël d’aujourd’hui n’est plus l’image figée dans une partie de l’imaginaire européen. Elle agit comme une puissance régionale reconnue. L’Europe n’est pas obligée d’applaudir, mais elle a l’obligation de comprendre. Son propre espace stratégique a changé, et l’adaptation à cette réalité n’a que trop tardé.


L’auteur est chercheur principal au Jewish People Policy Institute (JPPI) et responsable des activités de l’institut en Europe.

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