Un échange critique sur les libertés civiles et la technologie en Israël

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Un stratège de haut niveau : « C’est une crise constitutionnelle majeure, la droite n’est pas encore entrée sur le terrain »

Dans un entretien avec Einat Meyron, l’avocat Michael Dvorin affirme que la police utilise des « méthodes criminelles » sous couvert d’une législation obsolète et d’un avis juridique qui autorise la violation de la vie privée des citoyens : « Mon téléphone n’est plus privé. »

Ma’ariv – Einat Meyron 

À une époque où la technologie galope, le système judiciaire israélien semble s’être trouvé une « zone grise » aussi vaste que dangereuse. Le dernier rapport du Contrôleur de l’État a révélé des chiffres alarmants : des milliers de demandes d’écoutes téléphoniques et l’usage de logiciels espions invasifs, parfois sans autorisation légale explicite. L’experte en cybersécurité Einat Meyron a reçu Me Michael Dvorin pour une discussion directe sur la manière dont l’État a transformé nos téléphones portables en outils d’espionnage.

« Je pars du principe que je suis sur écoute »

Einat Meyron : Est-ce la fin de la vie privée ? Même si l’on imagine en avoir encore une ? Me Michael Dvorin : « Je pars du principe que depuis quelques années — depuis le début de l’affaire Netanyahu — je suis écouté, observé, que des logiciels espions sont activés contre moi et que d’autres personnes voient mon téléphone et tout ce qu’il contient. C’est mon point de départ chaque matin. Je recommande au grand public d’en faire autant, surtout ceux qui exercent des professions controversées comme les avocats. »

Une culture de l’arbitraire

Selon Me Dvorin, le problème fondamental réside dans la culture des forces de l’ordre :

  • Le règne « par » la loi : « Ce n’est pas une culture de l’État de droit, mais un règne par la loi. Une autorité ne doit faire que ce qui est écrit dans la loi. Or, sous le couvert des « droits de l’homme », on assiste à un système institutionnalisé de milliers d’infractions pénales. »

  • Législation obsolète : Il cite la loi sur la diffamation de 1965, qui parle encore d’imprimeries : « La technologie court, mais la loi ne suit pas. Qu’est-ce qu’un « Like » ? Qu’est-ce qu’un partage ou un lien hypertexte ? Le droit est figé à une époque où l’ordinateur personnel n’existait pas. »

Le rôle des juges et du Contrôleur

Le rapport révèle que sur plus de 14 000 demandes d’écoutes entre 2019 et 2021, environ 13 000 ont été approuvées. « Le problème est que le juge qui siège ne comprend rien à la technologie. La police va sur son « terrain à domicile », face à des juges qui ne sont que des chambres d’enregistrement. Dès qu’on invoque le « crime organisé » ou le « terrorisme », tout le monde dit amen. Mais au nom de ces causes, on piétine les droits individuels de manière agressive. »

La police des polices (Ma’hash) mise en cause

Dvorin est particulièrement virulent envers le département des enquêtes internes de la police (Ma’hash) : « Sur le papier, le Ma’hash devrait inspirer la crainte. Mais ce n’est pas le chien de garde du public ; c’est devenu le chien d’attaque du Parquet. Si nous avions un Ma’hash normal, il enquêterait sur chaque officier ayant ordonné l’usage d’un logiciel espion illégal. »

La « crise constitutionnelle »

Pour l’avocat, le déséquilibre des pouvoirs est total : « La situation aujourd’hui est que la conseillère juridique du gouvernement (Gali Baharav-Miara) et la Cour disent : « La loi, c’est moi, et c’est moi qui l’interprète ». C’est la grande crise constitutionnelle. Nous (la droite/le camp conservateur) ne sommes tout simplement pas encore montés sur le terrain ; ils sont les seuls à y jouer. »

Conclusion pour le citoyen

Que doit comprendre le citoyen de ce rapport de 272 pages ? « Ne soyez pas naïfs. Comportez-vous comme si vous étiez vulnérables. Sachez qu’on peut vous suivre d’un simple clic. Dès que la naïveté disparaîtra, nous pourrons peut-être commencer à réfléchir à des mesures pour fortifier un véritable État de droit et les droits de l’homme pour tous les citoyens. »

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