Le chef d’état-major israélien et des généraux se trouvent à Washington pour mener des discussions avec le chef d’état-major interarmées américain afin de clarifier les conséquences d’une frappe contre l’Iran. Trump exige des mesures très dures de la part des Iraniens, et Israël attend une décision critique dans un avenir proche.
Ma’ariv – Avi Ashkenazi
La visite secrète du chef d’état-major, le lieutenant-général Eyal Zamir, accompagné de plusieurs officiers, parmi lesquels le commandant désigné de l’armée de l’air, le général de brigade Omer Tischler, et le chef de la division de la planification, le général Hadi Zilberman (qui, jusqu’à il y a quelques mois, occupait le poste d’attaché de défense de Tsahal à Washington et est aujourd’hui l’officier le plus proche des plus hauts cercles militaires et sécuritaires aux États-Unis), soulève de nombreuses questions. Quel était l’objectif de ce déplacement ?
Selon des sources israéliennes, le chef d’état-major a mené des échanges avec le chef d’état-major des forces armées américaines, le général Dan Caine, considéré comme l’homme le plus puissant aux côtés du président américain Donald Trump. En Israël, on a compris qu’il était impératif de clarifier auprès des plus hauts responsables de l’administration américaine les conséquences d’une frappe contre l’Iran – ou de l’absence d’une telle frappe. Parallèlement, Israël a présenté aux Américains des renseignements actualisés. Tout n’était pas clair pour les Américains concernant les activités menées ces derniers jours par Tsahal, notamment dans le cadre de la réception du commandant du Commandement central de l’armée américaine et de la visite éclair du chef du renseignement militaire, le général Shlomi Binder, en début de semaine dernière auprès des responsables du Pentagone.
Il faut s’arrêter un instant pour comprendre ce qui se joue dans les contacts entre les États-Unis et les Iraniens. Selon un haut responsable israélien, Trump est arrivé avec le bâton sans la carotte, et ses exigences, telles que publiées hier, sont très claires : la remise de 400 kilogrammes d’uranium enrichi, le démantèlement du programme nucléaire, le démantèlement des missiles balistiques et l’arrêt complet du programme. Trump exige également la cessation du soutien iranien à ses forces supplétives au Yémen, en Irak, en Syrie et au Liban. En Israël, on estime que sur chacun de ces points pris séparément, les Iraniens ne seront pas disposés à discuter – et a fortiori pas de l’ensemble en bloc. Pour l’instant, il s’agit donc d’une stratégie de gain de temps.
Lorsqu’il devient évident qu’il n’existe que deux options : soit on se dirige vers la guerre, soit Trump finit par reculer et il apparaîtra qu’il n’était rien de plus qu’un « canon du Ramadan » (expression désignant une menace grave qui fait du bruit mais qui ne se concrétise pas nécessairement en actes). Qu’est-ce qui explique le retard dans la prise de décision ? Des hésitations du président américain ? Le besoin pour les Américains de déployer davantage de forces ? Une manœuvre diplomatique américaine visant à justifier une action militaire ? Il est possible que toutes ces réponses soient justes – ou seulement certaines d’entre elles. Nous le saurons avec le temps.
Israël estime que si les Américains se dérobent au dernier moment, ou s’ils agissent comme les Houthis au Yémen – qui se sont retirés et ont abandonné en pleine offensive –, le Moyen-Orient se retrouvera dans une situation bien plus dangereuse qu’aujourd’hui. Dans un tel scénario, le régime iranien se sentirait beaucoup plus fort, tant sur le plan intérieur qu’extérieur. Le Hezbollah et les Houthis au Yémen se renforceraient grâce au financement iranien, mais pas seulement eux : également les forces supplétives en Irak, en Syrie, en Judée-Samarie et à Gaza. L’Iran deviendrait un exportateur mondial du terrorisme.
Il ne faut pas se faire d’illusions : l’Iran n’a aucune intention de changer de visage. À Téhéran, on célèbre actuellement les 47 ans de la révolution chiite. Leur objectif suprême est d’exporter la révolution. Ils se perçoivent comme piétinant les États arabes du Golfe : l’Arabie saoudite, le Koweït, Bahreïn, les Émirats arabes unis, et jusqu’à la Jordanie et la grande Égypte. Les Iraniens comprennent que s’ils survivent aux menaces américaines, ils deviendront la puissance dominante de la région, soutenus par des puissances telles que la Russie et la Chine, ainsi que par l’aide de la Corée du Nord et du Venezuela.
Les pays arabes comprendront alors leur position et leur faiblesse face à la menace de Téhéran. Israël estime qu’il existe aujourd’hui une occasion unique de remodeler l’ordre régional. La clé de cette transformation se trouve entre les mains du président américain. C’est pourquoi les visites des généraux israéliens à Washington sont d’une importance capitale. Le petit Israël, audacieux, apporte un soutien aux Américains, grands et puissants. Il tente de le faire avec sensibilité et intelligence, tout en veillant ici à respecter l’honneur du président américain, mais, parallèlement, jusqu’à hier encore, on se montrait surtout prudent quant à la prévision du moment où Trump tranchera finalement sur la direction qu’il choisira d’emprunter.



























