Un pari économique inédit pour Gaza

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Portée par le Conseil de la paix, l’initiative repose sur l’idée qu’une reconstruction massive, structurée et orientée vers la croissance peut offrir une alternative durable à la dépendance humanitaire. Le document stratégique présenté décrit une feuille de route détaillée, articulée autour d’objectifs macroéconomiques ambitieux : porter le produit intérieur brut de Gaza au-delà de 10 milliards de dollars et faire passer le revenu annuel moyen des ménages à plus de 13 000 dollars.

Le plan repose sur un calendrier de développement en six phases géographiques successives. La première cible le sud de l’enclave, notamment Rafah et Khan Younès, zones considérées comme prioritaires pour le redémarrage économique. Les étapes suivantes étendent progressivement les projets vers le centre, incluant les camps de réfugiés, avant d’atteindre la reconstruction complète de la ville de Gaza. Cette progression graduelle vise à limiter les goulets d’étranglement logistiques et à sécuriser les investissements à long terme.

L’un des piliers majeurs du projet concerne l’aménagement du littoral. Une large portion de la côte serait dédiée au tourisme et aux activités tertiaires, avec la construction prévue d’environ 180 tours à usage mixte combinant logements, bureaux et infrastructures hôtelières. À l’intérieur du territoire, plus de 25 kilomètres carrés seraient réservés à des quartiers résidentiels modernes et à des zones industrielles, incluant des centres de données et des sites de production à forte valeur ajoutée.

Les infrastructures constituent un autre axe central du programme. Le plan prévoit la création d’un nouveau port en eau profonde, d’un aéroport international, ainsi que d’un point de passage trilatéral à Rafah destiné à fluidifier les échanges régionaux. Une ligne ferroviaire de fret, connectée à un corridor logistique de type « backport », viendrait compléter un réseau routier structuré reliant les principaux pôles urbains et industriels.

Au-delà du béton et des équipements, le projet mise fortement sur le capital humain. Environ 1,5 milliard de dollars seraient consacrés à des programmes de formation et de reconversion professionnelle. L’objectif affiché est la création de plus de 500 000 emplois dans des secteurs variés : construction, agriculture modernisée, industrie manufacturière avancée et économie numérique.

Un fonds d’investissement supplémentaire de 3 milliards de dollars est destiné à soutenir les zones commerciales, les quartiers d’affaires et l’entrepreneuriat local, notamment via des micro-subventions. Selon les promoteurs du plan, cette approche vise à favoriser l’émergence d’un tissu économique autonome, capable de soutenir une croissance durable.

Présenté comme un projet de long terme, ce plan entend repositionner Gaza non plus comme un territoire sous assistance permanente, mais comme un acteur économique régional à part entière. Sa mise en œuvre dépendra toutefois de nombreux facteurs politiques, sécuritaires et financiers, qui détermineront sa faisabilité réelle dans les années à venir.

Nombreux sont ceux, animés par une réelle bonne volonté, qui souhaitent voir ce projet aboutir et offrir aux habitants de Gaza des perspectives économiques, sociales et humaines durables. Toutefois, cette ambition ne peut ignorer une réalité politique et idéologique profondément ancrée. Une part importante de la population de Gaza, et plus encore la majorité de ceux qui la gouvernent, demeure engagée dans une logique de confrontation et revendique ouvertement la destruction d’Israël. Dans ce contexte, l’amélioration du niveau de vie ou la construction d’un avenir économique stable ne constituent pas nécessairement une priorité. Sans évolution profonde des mentalités et des objectifs politiques, même le plan le plus structuré et le mieux financé risque de se heurter à un rejet de fond, où la prospérité apparaît secondaire face à une hostilité revendiquée comme centrale.

Jérémie de Jforum.fr

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