50 ans après, le CERCIL raconte la rumeur d’Orléans

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Le CERCIL Musée Mémorial des enfants du Vel d’Hiv a vu sa salle de conférence se remplir d’une foule immense hier soir, mardi 11 juin, pour venir assister à une conférence exceptionnelle sur les 50 ans de la fameuse rumeur d’Orléans. Racontée par Eliane Klein, témoin incontournable de cette rumeur et actuelle déléguée du Conseil représentatif des institutions juives de France, Pierre Allorant, doyen de la faculté de droit d’Orléans et historien, Pascal Froissart, enseignant chercheur en communication et Anthony Gautier, modérateur, la rumeur a ravivé les souvenirs de l’assistance dont la grande majorité a été marquée par l’ampleur de la fake news.

Très rapidement, les langues se délient et une fausse nouvelle racontant que trois jeunes femmes auraient été retrouvées droguées et séquestrées dans la cave d’une boutique après que le mari de l’une d’elle ait entamé des recherches se propage. Au commencement de l’affaire, c’est 6 boutiques, toutes tenues par des commerçants juifs qui sont accusées avant que le nombre de celles-ci se multiplient jusqu’à atteindre une trentaine en quelques semaines. La rumeur est poussée à l’extrême quand l’opinion accuse les boutiques incriminées d’être reliés par des souterrains afin d’acheminer les jeunes femmes kidnappés vers la Loire, où un bateau ou un sous-marin les attendraient pour les amener vers des pays étrangers afin d’approvisionner la « traite des blanches ».

“C’était l’hystérie au lycée” raconte une ancienne élève

Âgée de seulement 22 ans à l’époque, Éliane Klein enseignait l’anglais dans un collège et a eu écho de l’affaire pour la première fois grâce à un parent d’élève. Elle-même juive, il apparaît comme un devoir pour elle d’agir et d’impliquer la presse pour démentir les faits et freiner la vague antisémite qui déferle sur la ville depuis déjà un mois. Elle contacte alors les journaux de la France entière (sauf ceux d’extrême droite) alors qu’en parallèle, la fédération départementale de la Ligue contre le racisme et l’antisémitisme portait plainte contre X pour « diffamation raciste ».La rumeur se propage a une vitesse folle, surtout dans le milieu scolaire comme le raconte une ancienne étudiante scolarisée à Jean Zay à l’époque du scandale qui témoigne « C’était l’hystérie au lycée, toutes les filles ne parlaient que de ça ». Alors que l’histoire enfle, la presse reste silencieuse et ne s’implique pas dans l’affaire jusqu’à l’alerte lancée par Éliane Klein au début du mois de juin 69.

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Dès l’alerte d’Éliane Klein et l’apparition de faits concrets dans l’affaire, la couverture médiatique de la rumeur s’est densifiée et de nombreux mouvements et de manifestations ont été mis en place afin de couper court à la rumeur devenue, au fil du temps, totalement invraisemblable et grotesque. Malgré le caractère raciste et matériellement infondé des accusations de l’époque, la propagation de la rumeur a été incroyable et reste encore aujourd’hui, un événement marquant dans la mémoire des Orléanais qui l’ont vécu.

La rumeur d’Orléans: premier fait divers étudié d’un point de vue sociologique

Pierre Allorant, doyen de la faculté de droit d’Orléans et historien

L’affaire avait même, à l’époque, attiré l’attention d’un certain Edgar Morin, sociologue de son état qui s’était intéressé à l’ampleur de la rumeur. Ces recherches avaient abouties à la publication d’un ouvrage intitulé« la rumeur d’Orléans » contant l’histoire de ce fait divers sous un prisme sociologique.

Néanmoins, Pierre Allorant, doyen de la faculté de droit d’Orléans et historien, n’a pas manqué de rappeler les nombreuses faiblesses de cet ouvrage qui, d’après lui, « a été écrit sans connaissance réelle de la ville d’Orléans par l’auteur qui a choisi de ne pas interroger les étudiants et les professeurs d’universités sur le sujet, ceux-ci étant pourtant particulièrement concernés par l’affaire. ». Ce dernier pose également la question du rôle joué par les médias dans la propagation et l’ampleur de ce fait divers. En effet, il apparaît légitime de se demander si la rumeur d’Orléans aurait pu s’essouffler et tomber rapidement dans l’oubli si la presse ne l’avait pas mis en lumière de la sorte.

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De plus, Pierre Allorant rappelle que le caractère « tendance » du sujet de la « traite des blanches »a également participé à l’importance donnée à cette affaire où les juifs ont été considérés comme « coupables de tout les maux » et accusés de s’attaquer à la pureté des jeunes orléanaises. 50 ans après, l’émotion et les souvenirs de cette période sont toujours vifs dans l’esprit des orléanais venus en nombre pour se souvenir et partager leur expérience.

La rencontre s’est terminé par un débat le caractère finalement très contemporain de cette rumeur dans un monde connecté où les fake news et les thèses du complot visant les « boucs-émissaires »de la société se propagent à une vitesse folle.

Zoé Falliero

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