Parachath Bechala’h

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«L’Éternel dit à Moché : «Je vais faire pleuvoir pour vous une nourriture céleste, le peuple ira en ramasser chaque jour sa provision et J’éprouverai de la sorte s’il obéit à Ma foi ou non» » (Chemoth/Exode 16,4).
Les Bené Israël ont été témoins d’un miracle : leur unique moyen de substance provenait du ciel. Le Ibn Ezra (Chemoth 16,35) explique qu’il s’agit même du plus grand de tous les prodiges, surclassant même la traversée de la Mer rouge puisqu’il a été prodigué pendant quarante ans, jour après jour sans exception alors que les autres miracles étaient des phénomènes isolés.

Quelle était la nature exacte de ce miraculeux moyen de subsistance ?
Selon rabbi ‘Akiva, il s’agit ni plus ni moins de la nourriture des anges, un éclat de la Présence divine (ziv ha-Chekhina) revêtu d’une enveloppe matérielle afin d’être comestible aux êtres humains. D’après rabbi Yichma’ël, sans être l’égale des denrées angéliques,
elle était tout de même si sublime que toute sa substance était assimilée par le corps sans
produire le moindre déchet (Yoma 75b).
Cette discussion métaphysique dont les tenants et aboutissants nous dépassent nous indique que cette nourriture n’a rien en commun avec toute autre forme d’alimentation que nous connaissons.
Néanmoins, quelle bénédiction avait-on l’habitude de prononcer avant de se délecter de ce « pain venu d’ailleurs » ?
Pour l’auteur du Birkath Aharon (Berakhoth 85) ainsi que le Bené Yissakhar (Maamar Chabbatoth 3), aucune bénédiction ne peut s’appliquer à un tel régime alimentaire.
En effet, nous louons Hachem avant de profiter des délices de ce monde (Berakhoth 35a), or la manne n’a rien d’une nourriture terrestre ; donc elle échappe à une telle obligation.
Par contre, pour le Rama Mipano ainsi que pour le Zohar (parachath Bechala’h), il est inconcevable de se délecter d’un tel mets sans en remercier au préalable son Créateur selon l’énoncé suivant : « Hamotsi lé’hem min hachamayim ».
Au sujet de la bénédiction d’après le repas, le Talmud (Berakhoth 48b) dit que l’usage était de réciter le « birkath hamazon ».
Par ailleurs, rav Moché Shapira zatsal explique pourquoi la manne était un aliment qui ne déclenchait aucun excrément. Lorsqu’Adam a fauté, la confusion est devenue un
élément intrinsèque au monde, et les données de bien et de mal ont été brouillées. Avant la faute, le mal existait uniquement comme une donnée objective, extérieure à
l’homme. Après avoir goûté au fruit défendu, le mal s’est intériorisé en lui, il ne put plus agir en toute neutralité.
Dans chaque situation, il faut toujours déterminer d’une part la flamme de la passion, les intérêts matériels, de l’autre s’assurer de l’authenticité de nos motivations.
De même, dans notre propre corps, le système de digestion trie les éléments nutritifs des déchets. Ainsi, durant ces quarante ans dans le désert, cette génération avait atteint
un haut niveau spirituel, de sorte que le processus de séparation devint superflu. Face à de tels miracles, les masques de la vérité tombent.
Néanmoins, le mal n’a pas disparu du monde, il était juste étranger au peuple d’Israël, puisqu’à la même époque la Tora évoque le culte de Baal Pe’or qui consistait à rendre hommage à l’idole avec des excréments !
Toutefois, puisque la manne pouvait prendre tous les goûts possibles en fonction du désir
de celui qui en mangeait, que dire si quelqu’un pensait à un aliment non cacher, si quelqu’un désirait du pain céleste au gout de porc, mets céleste à la saveur douteuse ?!
Le ‘Hida, en s’appuyant sur le Talmud (‘Houlin 109b), constate qu’à chaque interdit il existe une alternative permettant de retrouver un plaisir équivalent. Par exemple, à l’interdit de consommer du porc correspond un poisson du nom de chibota dont la cervelle a un goût
identique à celui du porc.
Ainsi, à l’image du chibota, le plaisir gustatif n’est pas prohibé, mais c’est l’aliment qui l’est. Par conséquent, si la même saveur peut être trouvée ailleurs il n’y a pas lieu d’y voir un interdit. La Tora ne veut pas restreindre l’homme dans ses plaisirs, elle le guide à les gérer afin de ne pas être l’esclave de ses envies, mais le maitre de ses pulsions.

Par rav Jonathan Sandler zal הי »ד

Kountrass 151 – Chevat 5772 / Février 2012

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