Cette annexion dont personne ne veut

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Palestinian militants of Fatah's al-Aqsa Martyrs Brigades take part in a military show as they protest against Israel's plan to annex parts of the occupied West Bank, in Nablus June 7, 2020. REUTERS/Mohamad Torokman TPX IMAGES OF THE DAY

Chronique de Michèle MAZEL

         Le président Trump avait jeté le pavé dans la mare – une nouvelle fois diront certains – en annonçant la fameuse «affaire du siècle» qui devait mettre fin une fois pour toute au conflit palestinien. Avant même d’en connaître les détails, les médias du monde entier se sont déchainés, faisant écho à l’Autorité palestinienne qui le rejetait d’un bloc. Le volet économique du plan, présenté il y a tout juste un an, qui évoquait des investissements se montant à cinquante milliards de dollars, a été également rejeté malgré l’intérêt que lui portaient les pays arabes réunis à Bahreïn.

            Ce n’est qu’en janvier de cette année que les détails du plan intitulé [1] «De la paix à la prospérité, une vision pour améliorer les vies des Palestiniens et des Israéliens»  pour lui donner son vrai nom ont été rendus publics. La France et l’Angleterre lui ont apporté alors un soutien prudent. A priori, il semblait bénéfique pour les deux parties. Certes, Israël conserverait une partie des implantations en Cisjordanie mais un État palestinien verrait le jour sur une surface équivalente à celle de la bande de Gaza et de la Cisjordanie d’avant la guerre des Six jours, grâce au transfert de territoires situés dans le Néguev.

            Les modalités d’exécution de ce plan devaient être définies dans des négociations directes entre les parties ; toutefois si les Palestiniens maintenaient leur refus de négocier, Israël pourrait alors, après avoir obtenu le feu vert de la Maison Blanche, annexer unilatéralement les implantations comprises dans le plan. On en est là aujourd’hui. Les Palestiniens se cantonnent dans un refus obstiné et ne veulent en aucun cas envisager un plan qui leur offre pourtant une chance d’avoir leur propre État. En ce qui les concerne, il n’est pas question de reconnaître qu’Israël est un État juif et que Jérusalem est sa capitale, sans parler du renoncement à leur exigence du retour de millions de réfugiés.

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            Quant aux Israéliens, si une majorité n’approuve pas le plan, c’est pour des raisons bien différentes. La gauche israélienne traditionnelle, ou ce qu’il en reste, s’oppose en bloc à «l’occupation» et aux implantations. Le centre ne veut pas d’annexion unilatérale et demande une solution négociée. La droite, qui s’était réjouie au départ de cette occasion historique de voir le pays s’agrandir s’entredéchire aujourd’hui. Les éléments les plus durs rejettent l’idée même d’un État palestinien quelles qu’en soient les frontières. Les plus modérés voudraient bien voir les implantations intégrées au pays mais craignent les répercussions d’une annexion unilatérale et les réactions de la communauté internationale.

            Quant aux résidents des implantations, ils constatent que le plan ne les concerne pas toutes et s’inquiètent de voir qu’un certain nombre d’entre elles devraient passer sous le contrôle de l’Autorité palestinienne. Enfin de façon générale personne en Israël ne souhaite vraiment perdre une partie du Néguev, si petite soit-elle. Ce qui explique pourquoi le premier ministre israélien vient de déclarer que la date qu’il s’était fixée pour présenter au parlement le projet d’annexion serait reportée sin die, le soutien ferme de Donald Trump n’étant pas acquis.

            À l’aube d’une campagne de réélection qui s’annonce difficile, le président américain qui avait rêvé de voir l’Affaire du Siècle affirmer sa stature internationale et peut-être lui voir décerner le Prix Nobel de la Paix a d’autres chats à fouetter. Ce sont là des faits bien connus des chancelleries occidentales, qui vont pourtant continuer à faire pression sur Israël pour qu’il abandonne une mesure qu’il ne semble pourtant pas disposé à adopter.

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[1] « Peace to Prosperity: A Vision to Improve the Lives of the Palestinian and Israeli People »

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