Cette « Dina » qui a dérobé le programme nucléaire iranien

Cette « Dina » qui a dérobé le programme nucléaire iranien

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La nuit où « Dina » permit à Israël de dérober le programme nucléaire iranien.

Téhéran (notre photo), 2018. Une agente israélienne infiltrée est chargée de photographier un bâtiment qui semble à l’abandon

Au début, dans les années 1950, elles faisaient le café ou tapaient à la machine à écrire. Jusqu’au jour où les chefs du service secret israélien ont compris que les femmes pouvaient accéder à des endroits inaccessibles aux hommes tout en passant inaperçues. Car «  si vous voyez un homme seul, la nuit, au coin d’une rue, vous le trouverez suspect, raconte l’une d’elles. Mais si c’est une femme, vous aurez surtout envie de l’aider. » Aujourd’hui, elles composent plus de 40  % des unités opérationnelles du Mossad, sont cybernéticiennes, cryptologues, cheffes de division, voire elles participent à des assassinats ciblés. Au point que le service est devenu l’institution la plus féministe d’Israël, selon l’historien Michel Bar-Zohar.

Cet ancien député travailliste publie un livre Les Amazones du Mossad (écrit avec Nissim Mishal, éditions Saint-Simon) dans lequel il retrace les agissements de ces espionnes, devenues au fil des ans l’une des armes les plus redoutables des services secrets israéliens. Le Point publie en exclusivité les bonnes feuilles de cet ouvrage et dévoile les destins de quelques-unes des plus secrètes « amazones du Mossad ».

Épisode 1. La nuit où « Dina » permit à Israël de dérober le programme nucléaire iranien

« Cette nuit de décembre 2018, Sammy et Dina, deux jeunes guerriers du Mossad, se mirent en route pour une mission extrêmement dangereuse à Téhéran. Ils sortirent d’une voiture dans les faubourgs de la ville et arpentèrent les rues sombres de Shurabad, un des quartiers les plus négligés de la capitale iranienne.

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Ce n’était pas la première fois que Dina était envoyée dans le secteur. Elle lança un regard à Sammy, qui avait l’air d’un Iranien avec sa courte barbe et sa chemise sans col. Il portait une veste élimée et un jean délavé. Dina était impeccablement vêtue d’amples vêtements noirs et d’un tchador. Elle parlait plusieurs langues, y compris le persan. Ils avaient mémorisé une explication logique à leur présence dans ce quartier, au cas où ils seraient interrogés par la police. […]

Comme lors de chaque mission dans ce quartier, Dina sentait la tension monter. À tout moment pouvait surgir un peloton de pasdarans, une équipe de gardiens de la vertu, ou peut-être même une patrouille de nuit de la police ou de l’armée. Elle sentait qu’un terrible danger planait au-dessus de leurs têtes et que la moindre erreur pourrait se terminer d’une seule façon : la pendaison en public du haut d’une grue en plein cœur de la ville.

Elle se souvenait de la première fois où elle avait vu la structure que ses amis appelaient «  l’entrepôt  », un immeuble délabré aux murs sales, dont la peinture jaune avait passé depuis longtemps. Son toit était légèrement bombé, et sa porte faite de tôle ondulée. À sa droite, un parking mal ombragé pouvait contenir tout au plus deux véhicules. En été, le gardien avait l’habitude de venir s’y protéger de la chaleur torride. Elle ignorait ce que renfermaient ces murs. Mais chaque fois qu’elle rentrait de ses tournées ici et remettait ses clichés à son supérieur, elle devait tout noter : les portes du bâtiment sont-elles ouvertes  ? Y a-t-il des gens qui entrent et qui sortent  ? Et si oui, quand  ? Chargent-ils et déchargent-ils des équipements dans et hors de véhicules garés à l’extérieur  ? Combien de gardes sont disposés sur le site en permanence  ? Des soldats ou des policiers patrouillent-ils dans le quartier  ? […]

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Dina et Sammy atteignirent le mur d’enceinte de la maison abandonnée. Par des mouvements rapides et experts, Dina sortit le matériel de prise de vue. Après avoir effectué de longues études d’ingénieur, elle appréciait de travailler avec des équipements électroniques numériques. Son cœur battait dans sa poitrine comme un marteau-piqueur, mais ses mains restaient fermes. Ils finirent leur travail sans délai et s’éloignèrent en empruntant les ruelles et les contre-allées. La voiture les attendait au carrefour, comme convenu. L’adrénaline coulait dans les veines de Dina, et le goût du succès l’enivrait. Ils étaient entrés dans la gueule du lion et ils avaient survécu. Le chauffeur du Mossad qui les avait attendus leur adressa un bref sourire et démarra. […]

L’intervention commença à 22 h 30, après le départ des derniers travailleurs et des gardiens. Les guerriers et les agents du Mossad s’approchèrent discrètement du bâtiment de toutes les directions. D’après l’ordre du ramsad [le directeur du Mossad, NDLR], ils disposaient de six heures et vingt-neuf minutes pour accomplir leur tâche. Ils devaient avoir quitté les lieux à 5 heures du matin, soit deux heures avant l’arrivée des gardiens et le début des rondes des voitures de police. […]

En quelques heures, l’équipe du Mossad prit des centaines de dossiers, renfermant quelque cinquante mille pages, ainsi que cent quatre-vingt-trois CD contenant cinquante-cinq mille autres fichiers électroniques. Le matériel, pesant environ une demi-tonne, fut empaqueté et chargé à bord de camions. Selon divers rapports, les camions réussirent à franchir la frontière iranienne avec leur précieux chargement puis furent transportés par bateau en Israël. […]

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Le «  grand mensonge  » des Iraniens fut mis au jour presque aussitôt. Le projet d’armements nucléaires avait démarré par un autre projet, baptisé «  Amad  ». Celui-ci avait été arrêté en 2003, et les Iraniens avaient présenté des indices tangibles de ce fait devant les organisations internationales. Ce qu’ils avaient omis de préciser était qu’ils avaient lancé, immédiatement après l’arrêt d’«  Amad  », un nouveau projet, appelé «  Spand  », avec les mêmes matériels, les mêmes personnes et les mêmes objectifs. L’opération du Mossad à Shurabad apportait la preuve que l’Iran avait poursuivi son projet nucléaire au cours des années suivantes. »

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