Désinformation au sein des organisations juives américaines

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Par Francis MORITZ

La grande nation américaine est coutumière des sondages ethniques et religieux, qui sont interdits en France. On peut donc être plus que surpris par la tournure très controversée prise par un récent sondage réalisé par GBAO Stratégies (notre photo : J. Gerstein, son prédient). On est curieux et on veut rester factuel, alors on s’informe. On découvre que cette société a comme client majeur, le parti Démocrate et ses affiliés. Ce sera le fil rouge de notre recherche. En y regardant de plus près, on apprend que le sondage a été commandé par le Jewish Electorate Institute.

 Cette société a été consultante de J. Street qui a développé depuis 2008 le concept de critique dissociée d’Israël que les antisémites ont repris à leur compte. Elle a également travaillé pour le New Israël Fund et le Centre pour la Paix & la Coopération Économique au Moyen Orient. Ce dernier est dirigé par Jim Gerstein, l’ancien directeur de GBAO Stratégies, devenu par la suite consultant de J. Street, qui fut également conseiller d’Ehud Barak.

Parmi les autres clients on trouve diverses organisations de gauche, traitant notamment de l’avortement, de l’écologie, des syndicats d’enseignants et d’autres organisations progressistes. En clair, on est ici devant une caisse de résonnance du parti Démocrate. On dira un faux nez. Ce que met en avant le résultat du sondage frise le sensationnel et c’est le but ! Il «révèle» que 22% des Juifs américains pensent qu’Israël est coupable de «génocide» contre les Palestiniens ! Comme résultat on ne fait pas plus simpliste et plus catégorique. On imagine sans mal la tempête d’indignations et de controverses déclenchées au sein notamment des organisations juives de la gauche américaine, qui n’est en aucun cas la gauche française. Comme si ça ne suffisait pas, Israël pratiquerait l’apartheid, selon un quart des sondés. Le dessous des cartes révèle bien d’autres choses troublantes.

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Le Jewish Electorate Institute ? Ses activités-clés sont multiples : c’est une organisation «indépendante» pour mobiliser les Juifs américains, les encourager au civisme et à voter les lois proposées par Joe Biden. Ledit sondage précise également que les Juifs ont voté à 80% pour Biden. C’est manifestement un outil politique de manipulation voire de désinformation sous couvert de sondages.

Comment passe-t-on d’un sondage à une manipulation ? Voici la méthode utilisée par GBAO. D’abord on réduit l’échantillon au minimum crédible, en l’occurrence 800 personnes dites «représentatives». Ensuite on choisit soigneusement la répartition en calibrant les sensibilités en fonction du résultat qu’on veut obtenir. En l’occurrence, selon le site même, la ventilation s’est faite à raison de 37% de réformistes, 17% de conservateurs, 9% d’orthodoxes et 31% de non affiliés. Autant dire que ce choix est arbitraire et ne tient pas compte de l’évolution actuelle des différentes branches. De plus, affirmer sérieusement que cet échantillon reflète les 7,6 millions de Juifs américains est partisan et erroné. Ne devrait-on d’ailleurs pas écrire «Américains juifs» plutôt que «Juifs américains» à la lecture de cette répartition partisane ?

Ensuite, GBAO poursuit en élaborant des questions à caractère subtilement tendancieux. Le sondage démarre sur la question suivante : «Vous trouverez ci-après une liste des problèmes auxquels notre pays est confronté. Veuillez indiquer les deux problèmes sur lesquels vous souhaitez voir le président Biden et le congrès se concentrer». Que croyez-vous qu’il advint ? Les deux sujets retenus furent : le changement climatique et les droits de vote. Suivent l’emploi et l’économie en troisième position. L’immigration arrive en septième position. Israël est en treizième position juste avant la question iranienne en quatorzième.

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La structuration des questions est habile. On alterne des questions négatives et positives. Lorsqu’il est question de l’attachement à Israël, arrive la question suivante : «Peut-on être pro-israélien et critiquer la politique de ses gouvernements ?». C’est légitimer sans le dire ce que J. Street a instauré comme son fond commerce. On se donne le droit à la critique et une forme d’approbation sur les choix du gouvernement américain.

L’exemple suivant vient compléter les questions précédentes : «Quid de l’importance de l’aide financière ?» Oui, la majorité des sondés pense qu’elle est importante, mais ne doit pas être utilisée pour financer l’expansion des colonies en Cisjordanie. En revanche, une majorité soutient l’aide aux Palestiniens ainsi que la solution à deux États. Le questionnaire comporte des sujets mettant clairement en balance l’action de Donald Trump avec celle, récente, de Joe Biden. L’objectif inavoué est de mettre en avant le fait qu’une majorité soutient évidemment beaucoup plus le nouveau président et accorde sa confiance au parti Démocrate.

On n’en attendait pas moins. Le questionnaire se poursuit : une majorité est très préoccupée de l’antisémitisme qu’elle qualifie de phénomène de droite. Elle affirme également, en tant que Juif, se sentir plus en sécurité aux États-Unis qu’en Israël. Cerise sur le gâteau, pour clore l’exercice, les meilleurs sujets arrivent en queue de peloton :

« Israël n’a pas le droit d’exister

« Israël est un Etat d’apartheid

« Israël traite les Palestiniens comme les racistes aux États-Unis

« Israël pratique le génocide contre les Palestiniens»

Comment peut-on oser poser une telle question ?  Les Juifs qui votent Démocrate ne sont pas loyaux envers Israël.  On voit bien ce qu’induit la question.

Qui est aux commandes du Jewish Electorate Institute ? Ce sont des professionnels qui ont tous occupé des postes importants dans la communauté juive. La plupart ont également un parcours personnel associé au parti Démocrate, notamment la directrice exécutive Halie Soifer, responsable de la partie fiscale qui est un aspect majeur pour les ONG.  Elle a été fonctionnaire dans l’administration Obama et a travaillé pour l’actuelle vice-présidente Kamala Harris. Elle est aussi présidente du Jewish Democratic Council qui s’est fait le relais de ce sondage. Petite coïncidence, les deux organisations, JDC et Democratic Council, ont la même adresse à Washington.

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On peut en tirer qu’il s’agit d’une opération à caractère politique. La méthode avait été inaugurée sous l’ère d’Obama dont est issu le tandem actuel de la Maison Blanche. Ce sondage qui se veut unique ne l’est pas. Il y a d’autres sources et sondages très détaillés sur les diverses branches de la grande communauté juive américaine. Cette communauté en pleine mutation voit apparaitre de nombreux problèmes du fait d’options sociétales différentes et de la volonté d’une partie, croissante, celle des plus jeunes, à s’agréger à la vie américaine. L’objectif ici est d’amplifier et de magnifier les réalisations et qualités du parti démocrate pour les Américains juifs, tout en créant ou en suscitant des fractures au sein des diverses sensibilités de la vie juive américaine.

Pour ces raisons, il s’agit bien d’une manipulation à caractère politique. De plus, comme pour la calomnie, il y aura nécessairement des retombées auprès des médias et ne doutons pas que les anti israéliens et antisémites de tous poils en tireront profit à l’appui de leur démonstration. Il suffit d’entendre et d’en lire certains pour constater les raccourcis qu’ils prennent. C’est de la désinformation inspirée.

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