Le rabbi de Kalov : la valeur protectrice du rapprochement des Juifs au judaïsme

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«Quand tu feras le dénombrement général des enfants d’Israël, chacun d’eux paiera à D’ le rachat de sa personne lors du dénombrement, afin qu’il n’y ait point de maladie » (Chemoth 30,12).

J’ai entendu un jour l’Admour de Klausenbourg raconter une anecdote survenue chez son oncle, le rabbi et auteur du Divré ‘Haïm de Sanz, qui nous renseigne sur l’obligation primordiale d’œuvrer en faveur du rapprochement des Juifs éloignés du judaïsme.

Un jour, à l’issue de la fête de Chavou’oth, immédiatement après la Havdala, avant l’accueil du public venu passer la fête sur place, le rabbi de Garlitz se rendit chez son frère, le rabbi de Shinawa et auteur du Divré Yé’hezkel, qui fut très surpris de sa visite à cette heure-là.
Le rabbi de Garlitz déclara alors à son frère : « Mon frère, j’ai remarqué qu’un nombre très important de Juifs partaient en Amérique, et ce mouvement est impossible à arrêter. Or, à leur arrivée aux États-Unis, leur situation spirituelle se dégrade et ils s’assimilent. J’ai eu l’idée que nous fassions ensemble le voyage, et nous ferons venir également des rabbanim et des dayanim (juges rabbiniques), enseignants de Talmud Tora et abatteurs rituels. Nous y construirons des bases solides du judaïsme. Je ne peux m’y rendre seul, car on pourrait s’imaginer que je suis motivé par l’argent. » Le rabbi de Shinawa répondit : « J’ai déjà pris de l’âge et je ne peux voyager, vas-y toi. » Le rabbi de Garlitz lui répéta : « Seul, ça ne sera pas possible. » Le satan réussit à entraver la réalisation de ce noble projet.

Lorsque le Rabbi de Klausenbourg finit son récit, il soupira et déclara : « S’ils avaient alors entrepris ce voyage, leurs fils et petits-fils les auraient accompagnés et l’Amérique aurait eu un autre visage. »

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Lorsque l’Admour de Klausenbourg prononça ses propos à son époque, vers 1953, on ne comprit pas encore l’ampleur et la profondeur de ses propos stipulant que l’Amérique aurait été différente. De nos jours, nous le comprenons davantage, car à notre grand regret, il reste très peu de descendants de Juifs installés en Amérique avant la guerre, car une grande partie d’entre eux s’est assimilée. Or, si des dirigeants juifs avaient réussi, à l’aube du vingtième siècle à s’y installer, il y aurait eu peut-être aujourd’hui des dizaines de millions de Juifs.

D’un autre côté, dans les pays européens, dans les lieux où affluèrent les élèves du Ba’al Chem Tov – qui renforça beaucoup l’idée du rapprochement des Juifs au judaïsme – on constata que des Tsadikim avaient réussi à transformer des nations entières en Bené Tora et en hommes dotés de crainte du Ciel. Ils déployèrent d’intenses efforts pour conférer des mérites au peuple juif dans tous leurs lieux d’habitation, afin de les sauver de la faute. À cet effet, ils se chargèrent de nommer des rabbanim, des dayanim et des abatteurs rituels dans toutes les régions, afin qu’ils puissent rapprocher les Juifs et les renforcer en Tora et en Mitsvoth.

Ensuite, après la Shoah, à New York, le judaïsme était très en déclin. J’observai par exemple, à mon arrivée de Roumanie en 1948, que la vie juive dans le quartier de Borough Park était très réduite. Par la suite, la situation s’est améliorée, à la venue de grands maîtres en Tora et de Tsadikim qui créèrent des institutions de Tora et redonnèrent une vie spirituelle à la population juive.

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Ces Tsadikim, qui se consacrèrent à enseigner la Tora aux Bené Israël, réussirent à les tirer, ainsi que leurs descendants, du filet du Yétser Hara’. Ils réalisèrent de grands prodiges pour leurs frères juifs, dans la veine indiquée par nos Sages (Baba Metsia 85a) : toute personne qui enseigne la Tora au fils d’un ignorant, même lorsque D’ a décidé d’un décret, Il l’annule en sa faveur, comme il est dit (Yirmiyahou 15,19) : « Et si tu extrais ce qu’il y a de précieux de ce qui est méprisable, tu Me serviras encore d’interprète.»

À ce sujet, un long passage dans le Zohar de la parachath Terouma (128-129), vante les mérites de rapprocher les Juifs du Créateur : « Le Tsadik doit poursuivre le mécréant et faire tout ce qui est en son pouvoir afin de supprimer l’impureté qui lui est attachée. Toute personne qui s’occupe d’un mécréant et tente de lui faire abandonner sa voie perverse, monte de trois niveaux, ce dont aucun autre homme n’est capable. Il parvient à subjuguer le Yétser Hara’, le mauvais penchant. Il rehausse l’honneur de D’, et participe au maintient des mondes inférieurs et supérieurs. »

Même si quelqu’un n’a pas la possibilité d’enseigner lui-même la Tora et le judaïsme aux autres, il pourra au moins y contribuer par un soutien financier. Ainsi, le ‘Hafets ‘Haïm écrit dans son ouvrage ‘Homath Hadath : lorsqu’un homme voit un individu se noyer dans un fleuve, même si lui-même n’est pas capable de plonger dans l’eau pour le sauver, il a l’obligation de faire appel à des sauveteurs pour le tirer de l’eau ; de la même façon, lorsqu’il voit d’autres personnes se noyer dans l’océan des passions qui détruisent la vie de l’homme dans ce monde-ci et dans le Monde à venir, il faudra payer des gens qui savent rapprocher les Juifs de leur Père céleste, afin de les sauver de la chute.

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Celui qui enseigne la Tora aux Juifs les incite à s’extraire de la matérialité. En effet, la Tora enseigne à l’homme à ne pas se conduire comme un animal, dont la tête est toujours inclinée vers le bas, occupé à chercher de la nourriture et des désirs matériels. Il se conduira comme un homme dont la nature est de marcher debout, avec la tête en haut du corps, qui par la force de son intellect, pourra supprimer ses désirs afin de mener à bien sa mission dans ce monde-ci, accéder à la satisfaction et à la joie de vivre authentique et éternelle.

Nous pouvons interpréter notre verset dans cet esprit : « Quand tu feras le dénombrement général des enfants d’Israël » : lorsque tu relèveras la tête des Juifs qui étudieront et se conduiront selon les prescriptions de Hachem, et pour celui qui ne peut enseigner par lui-même : « chacun d’eux paiera à D’ le rachat de sa personne lors du dénombrement » : il s’acquittera en donnant de l’argent afin que d’autres étudient la Tora, et par ce mérite : « afin qu’il n’y ait point de maladie » : l’épidémie n’aura pas d’emprise sur eux, comme l’explique le Arizal (dans Cha’ar Hakavanoth) : en période d’épidémie, il faut inciter les Juifs à se repentir : ainsi, on soumet l’écorce responsable de la venue de la maladie, et on échappe ainsi à beaucoup de nuisances.

Chabbath Chalom !

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