Le rabbi de Kalov : L’union au sein du peuple juif

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Lorsque les Bené Israël arrivèrent au mont Sinaï dans le but de recevoir la Tora, il est dit (Chemoth 19,2) : « Israël campa devant la montagne. » Rachi commente : pourquoi le singulier est-il employé ? Pour nous signaler que l’ensemble du peuple d’Israël y stationna dans l’union, comme un seul homme, d’un seul cœur.

Une explication est de mise : pourquoi était-il indispensable de se renforcer dans cette vertu de l’union avant le don de la Tora ?

Nous pouvons l’expliquer de la façon suivante : certains considèrent les Tsadikim et les érudits en Tora qui étudient dans les Yechivoth et les Kollélim, comme des profiteurs, car ils reposent sur les autres pour leur parnassa. Mais en vérité, ils donnent plus que ce qu’ils reçoivent : en effet, toute la bénédiction dont bénéficient les hommes qui travaillent arrive par leur mérite. Nos Sages (Vayikra Rabba 34,8) affirment à ce sujet : « Lorsqu’un homme soutient un pauvre, c’est en réalité le pauvre qui agit davantage à l’égard de cet homme. »

À ce sujet, l’Admour Rabbi Chlomo de Babov m’a raconté un récit extraordinaire sur Reb Eizik Lefkovitch de Marguereten : reb Eizik possédait conjointement avec un ami une grande forêt en Roumanie, qu’ils avaient achetée à un non-Juif. Dans les sombres années, lorsqu’un ennemi des Juifs monta au pouvoir en ce lieu, le non-Juif, ancien propriétaire de la forêt, vint les trouver et exigea de la lui revendre au même prix qu’ils avaient payé plusieurs années plus tôt. Mais à ce moment-là, compte tenu de la baisse de la valeur de la monnaie, cette somme était dérisoire face à la valeur réelle de la forêt, et les partenaires refusèrent cette proposition. Le non-Juif partit et les assigna en justice.
Reb Eizik envoya un message à rabbi Chalom Eli’ézer de Ratspert, où il décrivit leur danger de se retrouver dans la misère, démuni de tout. Le rabbi envoya une réponse à reb Eizik, dans laquelle il lui demandait, ainsi qu’à son associé, de lui envoyer un wagon rempli de bois, et par ce mérite, ils seraient sauvés.

L’associé, qui ne respectait pas vraiment la Tora et les Mitsvoth, et n’avait pas de foi dans les Tsadikim, refusa catégoriquement d’envoyer sa part, se justifiant ainsi : « Ma situation financière est si difficile, si j’achète maintenant un wagon de bois pour envoyer au rabbi, je vais certainement m’effondrer. » Seul reb Eizik envoya sa part, un demi-wagon de bois, à Ratspert.

Au cours du procès, le juge apprit que reb Eizik était un commerçant en bois depuis des générations, et qu’il n’avait aucune autre activité, tandis que son associé, également commerçant en bois, exerçait d’autres activités commerciales. Le juge déclara alors à reb Eizik : « Toi, qui t’es toujours consacré au bois et aux forêts, la loi stipule que tu conserveras ta part » mais, en revanche, il dit à son associé : « Tu es un simple spéculateur et tu as la possibilité de te consacrer à d’autres activités. » Le tribunal prononça son jugement : l’associé devait revendre sa part au non-Juif, tandis que reb Eizik conservait sa part dans la forêt.

Ce récit est la preuve d’un principe figurant dans les ouvrages saints : l’homme qui étudie la Tora, qui absorbe toujours des paroles de Tora, ressemble à une Arche de l’alliance du Beth Hamikdach, dans lequel on déposait les deux Tables de l’Alliance. Nos Sages (Sota 35a) affirment que l’arche portait ceux qui la portaient. C’est seulement en apparence que les Cohanim semblaient portaient les tissus de l’arche, qui était elle-même très lourde, mais en réalité, l’arche était portée toute seule, de manière miraculeuse, et portait ceux qui la portaient. Le même principe est valable pour les Talmidé ‘Hakhamim : ils portent réellement ceux qui les soutiennent, car par le mérite de ce soutien, l’argent se déverse sur ces bienfaiteurs.

De ce fait, il vaut la peine pour les hommes actifs dans le monde du travail de déployer un effort en soutenant ceux qui étudient la Tora de sorte qu’ils bénéficient d’une généreuse Parnassa, et puissent étudier sereinement. Il faut ancrer en nous l’idée que par ce biais, de bons influx se déverseront généreusement sur le monde.

Un homme s’étonna des importants travaux d’agrandissement qui avaient lieu dans la cour du rabbi de Rouzyne. Le rav de Rouzyne lui dit : « La Guemara (Berakhoth 17b) dit : chaque jour, une Bath Kol (voix céleste) sort du mont ‘Horèv et dit :  » Le monde entier est nourri pour mon fils ‘Hanina et ‘Hanina se contente de se nourrir de caroube. » Cela veut dire qu’en langue sainte, trois mots sont employés pour décrire la Parnassa : Mazone, Parnassa et Calcala. Mazone désigne le niveau inférieur, car il vise une subsistance étroite, boire et manger uniquement pour survivre ; le terme Parnassa désigne une subsistance plus large, et la Calcala désigne un niveau encore supérieur. C’est le message envoyé du ciel à l’époque de rabbi ‘Hanina : le monde entier se nourrit (Nizoun, de la même racine que le terme Mazone), c’est-à-dire qu’il reçoit une abondance limitée. Pourquoi ? Afin que mon fils ‘Hanina subsiste modestement, uniquement avec de la caroube, ce qui n’est pas le cas lorsque les hommes se préoccupent de l’honneur à accorder à la Tora : le foyer d’un érudit en Tora doit bénéficier d’une Parnassa abondante, et il induit ainsi en retour une grande abondance dans le monde entier. »

Dans le même esprit, on relate qu’un jour, lorsque rabbi Yissakhar Dov de Belz se rendit en visite à Kalov, il vit une lettre écrite par mon ancêtre, rabbi Yits’hak Eizik de Kalov, adressée aux chefs de communauté de la localité de Kalov, demandant une augmentation de salaire, sachant que son salaire ne lui suffisait pas à pourvoir aux besoins de sa famille. Le rabbi de Belz déclara alors qu’il comprenait désormais pourquoi il manquait de bons influx à cette époque, lorsque le rabbi commença à exercer la fonction de rav à Kalov. En effet, lorsqu’un Tsadik a une bonne Parnassa, c’est un bienfait pour lui, ses enfants et pour le monde entier, et si, que D’ préserve, il n’a pas de Parnassa, c’est nuisible pour lui, ses enfants et le monde entier.

Le soutien apporté à ceux qui étudient la Tora est indispensable au maintien du monde. En effet, le monde a été créé pour la Tora, comme il est dit (Yirméyahou 33,25) : «Si Mon pacte avec le jour et la nuit pouvait ne plus subsister,  Je cesserai de fixer des lois au ciel et à la terre » : le monde ne peut tenir sans travail et Parnassa. Hachem créa un système de partenariat entre ceux qui étudient la Tora, qui consacrent exclusivement leur temps à l’étude de la Tora, et ceux qui se consacrent à une activité professionnelle. Par le biais de cette association, le monde peut se maintenir. Mais lorsque l’association se dissout, le résultat, c’est l’ébranlement du maintien du monde, que D’ préserve, comme l’affirment nos Sages : « Si vous voyez des localités qui ont été éradiquées, sachez que cela tient au fait qu’elles n’ont pas dû payer de salaire aux Avrékhim. »

Nous comprenons désormais pourquoi il était si indispensable que le Klal Israël se renforce dans la vertu de l’union avant le don de la Tora : pour le maintien de la Tora et du monde, l’union au sein du peuple juif doit prévaloir. Que ceux qui sont engagés dans le monde du travail soutiennent joyeusement les étudiants en Tora, les institutions de Tora, les Yechivoth et Kollélim, afin qu’ils aient la sérénité pour étudier la Tora et attirent sur le monde entier de bons influx.

‘Hag Saméa’h !

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