Le rabbi de Kalov, par. Ki Tétsé : la vision de la Tora du rapport des riches aux pauvres

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«Ne cause point de tort au journalier pauvre et nécessiteux » (Devarim 24,14).

Un jour, les élèves du Maguid de Mézéritch débattaient de la question suivante: s’ils étaient à la place de Hachem, comment dirigeraient-ils le monde ? Un élève répondit qu’il enrichirait tous les habitants de la planète, afin qu’ils puissent pratiquer les commandements avec largesse. Le second déclara au contraire qu’il les rendrait tous pauvres, du fait que la richesse détourne l’homme de son objectif véritable.

Le Ba’al Hataniya prit la parole : « J’aurais agi de la même façon que le Saint béni soit-Il, car on ne peut faire mieux que Lui, loué soit-Il. S’Il a agi de cette façon, c’est le signe que c’est la meilleure façon, même si nous ne le comprenons pas. »

Le ‘Hafets ‘Haïm relate à ce sujet une belle parabole : un invité se rendit dans une synagogue et remarqua que le Gabaï distribuait des Aliyot (montées à la Tora) ainsi : le Cohen et le Lévi assis au côté sud, le troisième homme situé au mizra’h (Est), le quatrième, à l’Ouest, et les cinquième et sixième, au Nord. L’invité, surpris, interrogea le Gabaï : « Pourquoi as-tu appelé ces hommes situés du côté Sud, alors qu’il y a des hommes honorables situés du côté du mizra’h ? Pourquoi avoir choisi le troisième homme au mizra’h et non au Sud ? Pourquoi as-tu sélectionné ces hommes en fonction de leur emplacement ? »

Un homme perspicace, qui était à côté de lui, répondit à l’invité : « Vous venez de prendre place parmi nous et vous tentez de connaitre la distribution des ‘Aliyot dans cette synagogue. Si vous aviez fréquenté ce lieu depuis plusieurs semaines, vous auriez remarqué la distribution du Gabaï qui se déroule dans un ordre bien précis. Chaque Chabbath, il passe ceux qui ont déjà été appelés à la Tora, et appelle d’autres hommes à leur place. »

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Ainsi, pour revenir à notre sujet : l’homme fait un court séjour dans ce monde, et aimerait obtenir des réponses à toutes ses questions : pourquoi untel est-il pauvre, et untel autre, riche ? Parfois, l’homme pauvre a à son actif plus de bonnes actions que le riche. S’il avait vécu plusieurs centaines d’années, il aurait vu que cent ans plus tôt, l’âme de ce pauvre homme se trouvait dans le corps du riche, tandis que le riche était pauvre. Les deux hommes furent mis à l’épreuve, l’un à l’épreuve de la richesse, et le second, à celle de la pauvreté. Leur sort était désormais inversé pour que chacun d’eux soit également testé sur l’épreuve inverse. Il existe encore de nombreuses autres épreuves dans le ciel, dans le but d’effectuer des Tikounim (rectifications) aux âmes, et qui s’ajoutent au système de récompense et punition, qui s’étalent sur de longues années.

De ce fait, l’homme dont la vie est brève, ne voit pas la vie dans sa globalité et dans toute sa perspective, et ressemble à un invité qui séjourne d’un endroit à l’autre ; de ce fait, il ne doit pas s’interroger sur la conduite de Hachem. Il doit Le suivre avec intégrité et croire que tous les événements sont pour le bien.

Les fondateurs du communisme et du socialisme reniaient la Providence du Créateur : ils considéraient que ceux qui s’enrichissaient sur le dos des autres commettaient une injustice. Munis de cet argument, ils confisquaient les fonds des riches pour les redistribuer aux pauvres.

Cette méthode trouve sa source chez les habitants de Sodome, qui reniaient aussi la Providence divine, et décidèrent de suivre cette conduite, comme l’indique la Guemara (Sanhédrin 109a) : lorsque les habitants de Sodome apprenaient l’existence d’un résident riche, ils prenaient diverses mesures pour découvrir les trésors enfouis chez lui. Ils lui confisquaient ses biens et se les partageaient.

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Même Lot, le neveu d’Avraham, croyait à cette idée. Il autorisait donc ses bêtes à brouter dans les champs des riches, sans leur demander leur autorisation. Lorsqu’Avraham s’aperçut que Lot avait été surpris à pratiquer cette méthode qui renie la Providence du Créateur, il lui demanda de se séparer de lui, et Lot s’installa alors à Sodome où cette pratique était courante.

Cette idée est aujourd’hui répandue dans le monde entier ; même dans les pays fortement opposés au communisme qui impose aux riches de partager leur richesse avec les pauvres, une large portion de ses citoyens, pas forcément les pires, défendent et justifient les pauvres qui volent aux riches et appellent à ne pas les sanctionner.

Mais d’après la Tora, l’argent du riche lui a été octroyé du Ciel en fonction de calculs divins, et cet argent lui appartient à juste titre, tout comme celui du pauvre. Il vaut la peine pour l’homme aisé d’offrir, de son propre gré, une partie de sa fortune, et d’accomplir ainsi la Mitsva de Tsedaka, de ‘Hessed et d’autres Mitsvoth. Mais il dispose du choix et on ne peut lui imposer de donner de force. Si on lui confisque ses biens sans son accord, on est un voleur au même titre que celui qui vole un pauvre.

C’est pour cette raison que le Saint béni soit-Il nous a mis en garde à deux reprises dans Sa sainte Tora : le juge ne fera pas pencher le jugement de sorte que l’argent du riche soit donné au pauvre. Nous trouvons une première occurrence de ce sujet dans la paracha de Michpatim, où il est dit (Chemoth 23,3) : « Ne sois point partial pour le pauvre, dans son procès.» Et Rachi commente : « Ne lui accorde pas d’égards pour lui faire gagner son procès, en te disant que du moment qu’il est pauvre, il mérite d’être favorisé. » Seconde occurrence dans la paracha de Kedochim (Vayikra 19,15) : « Ne montre ni ménagement au faible » et Rachi commente : « Ne te dis pas : « Celui-ci est pauvre, et le riche est tenu de le nourrir ! Je vais donc lui donner raison, de sorte qu’il sera nourri dans la dignité. » »

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Nous pouvons affirmer que ce point fondamental est mentionné ici en allusion. Nous pouvons commenter le verset en expliquant que D’ dit au journalier pauvre : « Ne cause point de tort,» même si tu es un journalier pauvre et indigent, en ayant recours à la notion que les pauvres ont le droit de voler aux riches qui possèdent beaucoup, et de duper leurs maîtres qui les paient peu. En effet, cette manière d’agir appartient à ceux qui renient le Maître du monde et Sa Providence, et va à l’encontre de la sainte Tora.

Chabbath Chalom !

Illustration : Shutterstock

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