Le rabbi de Kalov, par. Yayétsé, la mitsva de rachat des captifs

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«Ra’hel déroba les pénates de son père » (Beréchit 31,19).

Les décisionnaires nous indiquent que lorsqu’il est impératif de sauver des Juifs d’un danger certain, comme libérer des captifs aux mains de terroristes, il est permis dans ce but de prendre le risque d’encourir un danger potentiel.

Lorsqu’un Juif accomplit une Mitsva de sauver des vies de cette manière, selon l’avis de la Tora, le mérite de la Mitsva le protège, comme l’indiquent les Écritures (Kohélet 8,5) : « Celui qui observe une Mitsva n’éprouvera rien de fâcheux.»

Nous retrouvons ce principe chez Avraham Avinou, Lorsque Loth fut pris en captivité, il pressa les enfants de son foyer de se mettre en danger pour réaliser la Mitsva de Pidiyon Chevouyim, la libération des captifs, et il partit en guerre contre les quatre rois pour libérer Loth de leur emprise. Par le mérite de cette Mitsva réalisée dans la foi et la confiance en D’, il mérita l’éternité au-delà des voies de la nature. Nos Sages (Béréchit Rabba 41,1) affirment que c’est à ce sujet que le verset (Tehilim 112,7) dit : « Il n’appréhende pas de mauvaise nouvelle, son cœur est ferme, plein de confiance en l’Éternel. »

Nos ouvrages sacrés relatent que même si dans de rares cas, la Mitsva de sauver des vies a nuit à un homme, il faut savoir que ce tort qu’il devait subir avait été fixé auparavant, et même s’il n’avait pas réalisé cette Mitsva, il aurait été affecté d’une autre manière, et au contraire, il est possible que le mérite de la Mitsva l’ait protégé d’un dommage plus important ou de la mort, que D.ieu préserve.

Nos Maîtres (Taanit 18b) nous enseignent qu’un jour, on retrouva la fille d’un roi romain, assassinée. On accusa les Juifs de l’avoir tuée, et les Juifs du pays furent condamnés à mort. Lorsque le ministre des armées s’apprêta à les tuer, ils lui répliquèrent sereinement : « Nous sommes condamnés à mort du Ciel, et si tu ne nous mets pas à mort, D’ a d’autres moyens de le faire, Il a beaucoup d’ours et de lions qui peuvent nous blesser et nous tuer. »

C’est la raison pour laquelle, à toutes les époques, les Juifs s’efforcent plus que les autres de sauver des vies, même dans des situations difficiles, car ils savent qu’ils ne seront pas perdants. On a vu ce principe à l’œuvre pendant la Shoah, lorsque des Juifs comme rabbi Michaël Ber Weissmandel zatsal, œuvrèrent avec abnégation pour sauver leurs frères, en plaidant leur cause auprès des ennemis, et en organisant des franchissements illégaux des frontières, etc.

Il faut cependant réfléchir à l’idée que si c’est une Mitsva de déployer d’intenses efforts pour sauver un captif emprisonné chez les non-Juifs, c’est à plus forte raison une Mitsva de délivrer un Juif captif chez les envoyés du Satan.

Le sauvetage d’âmes est encore plus important que le sauvetage de corps, comme l’indiquent nos Sages (Bamidbar Rabba 21,5) : la faute d’un homme qui incite son prochain à fauter est supérieure à celle d’un homme qui le tue. Par la faute, on porte atteinte à la Nechama, et la part essentielle de l’homme est son âme éternelle, et non le corps créé uniquement pour servir de réceptacle à l’âme le temps fixé pour son séjour dans ce monde. Le Zohar, dans la paracha Terouma, nous dévoile que l’on est plus largement récompensé lorsqu’on sauve des âmes que lorsqu’on sauve des corps.
Chez les décisionnaires, nous trouvons que dans le cadre de la Mitsva générale de sauver des captifs, on n’est pas obligé de les libérer, mais si l’on craint que les captifs soient soumis à un traitement visant à déraciner leur foi, c’est alors une Mitsva de les libérer immédiatement. Il faudra alors accorder la préséance à l’homme par rapport à la femme, du fait qu’il est tenu d’accomplir toutes les Mitsvot (Pit’hé Téchouva). C’est même une Mitsva de payer pour leur libération plus que le prix de leur valeur. La raison en est qu’il ne s’agit pas simplement d’une libération de captifs, mais d’une libération de leur foi.

Nous pouvons apprendre ce principe de Ra’hel Iménou : lorsque Ya’akov et Ra’hel pressentirent que Lavan voulait les tuer ainsi que toute leur famille, comme nous l’affirmons dans la Haggada de Pessa’h : « Lavan voulut tout déraciner», ils comprirent qu’il fallait s’enfuir immédiatement. Bien que le nombre important des personnes rendît cette fuite difficilement praticable, ils décidèrent de ne pas fuir seuls et se dévouèrent pour emmener avec eux tous les garçons, les filles, les serviteurs et les servantes, afin qu’aucun d’entre eux ne reste captif chez Lavan.

Ra’hel Iménou considéra la situation : si elle se mettait en danger pour un sauvetage matériel, à plus forte raison était-il souhaitable de se mettre en danger pour une libération spirituelle. Elle se mit aussitôt à l’œuvre, comme il est dit : «Ra’hel déroba les pénates de son père » : Rachi commente que c’était dans l’intention de détacher son père de l’idolâtrie.

Lorsque Ra’hel prit les objets d’avoda zara de Lavan, elle augmenta ainsi le risque qu’il coure après elle pour la tuer. Mais son but était de tenter de sauver l’âme de Lavan, car lorsqu’il partait en guerre et que la peur était logée dans son cœur, comme c’est le cas des hommes en période de guerre, et s’il ne trouvait pas ses objets d’idolâtrie volés, il aboutirait à la conclusion qu’il convient de s’adresser à une force suprême, le Maître du monde, à qui il convient d’adresser exclusivement nos prières.

C’est un enseignement pour toutes les époques : s’efforcer de toutes nos forces de nous consacrer à la libération des captifs sur le plan spirituel, en particulier à notre époque où il est aisé de rapprocher de nombreux Juifs qui sont des Tinokoth chénichbou, en les encourageant à assister à des cours de Tora, etc. Il n’y a pas de plus grande Mitsva que celle-là.

Chabbath chalom !

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2 Commentaires

  1. Comment est-il possible de sacrifier des soldats pour sauver des captifs qui ont transgressé chabat en public, même question pour les goyims ?

    • La plupart des Juifs non pratiquants sont des tinokoth chénichbou, des personnes qui dès leur jeunesse ont été éloignées du Judaïsme, voire n’y ont jamais été éduqué, et l’on conserve l’obligation de tout faire pour les sauver, d’autant plus que dans la période actuelle, un certain mouvement de retour est sensible un peu partout.
      Si l’on suivait votre approche, on devrait mettre à l’entrée des hôpitaux dépendant de directions orthodoxes des blocages face à des Juifs non pratiquants… Ou encore les médecins orthodoxes devraient refuser des patients qui ne soient pas pratiquants comme eux… Or c’est l’évidence-même que l’on n’agit pas comme cela, et que l’on doit aider tout Juif, quel qu’il soit.
      Pour les non-juifs, c’est différent, bien que même pour eux nous ayons une obligation mise en place par nos Sages de darké Chalom, de conduite de paix – car évidemment ils ne pourraient pas accepter qu’on se refuse de les soigner le Chabbath par exemple.
      Mais il est évidemment conseillé à un praticien orthodoxe d’éviter une branche dans laquelle il se devrait de profaner le Chabbath de cette manière.

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