Le rabbi de Kalov : percevoir le bien dissimulé

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Paracha Vaéra

« J’ai apparu à Avraham, à Yits’hak, à Ya’akov… » (Chemoth 6,3).

Je me suis rendu un jour dans une école juive laïque en Argentine, et après ma deracha, lorsque le moment est venu généralement de poser des questions, le directeur m’a demandé deux fois s’il était possible d’adresser des questions. Cette question reflétait en réalité l’idée que chez les religieux généralement, il est interdit de poser des questions pour la bonne raison qu’il faut croire sans raison, tandis que les laïcs, n’accomplissent que ce que leur raisonnement explique, et en conséquence, ils n’accomplissent pas les mitsvoth. Et ils ont beaucoup de questions qui restent sans réponse.

Je lui répondis : « Bien entendu, il est permis de poser des questions. Pose toutes les questions difficiles. » En effet, le Saint béni soit-Il veut que nous posions des questions et connaissions les réponses, et non que nous vivions avec la foi sans connaître la raison d’être des choses, comme il est écrit : « Connais ton D’, ton Père et sers-Le. » En conséquence, D’ nous a donné la fête de Pessa’h au cours de laquelle nous effectuons dès le départ toutes sortes de changements pour que les enfants posent des questions, pour leur enseigner à se renseigner sur la raison de chaque chose, et nous leur répondons pour leur montrer qu’il y a réponse à tout. Et nous avons l’obligation d’enseigner et d’éduquer chacun : le sage, le mécréant, le simple et celui qui ne sait pas interroger. Ceci se produit dès le début de la fête, lorsque nous célébrons la naissance de notre peuple, pour nous enseigner à poser des questions et à recevoir des explications.

La Tora est bien entendu plus vaste que l’océan, et chaque question a beaucoup de réponses. À l’instar d’un simple médecin qui n’a pas de réponse à nos questions, on se tourne vers un professeur, quand on a une question difficile, il faut s’adresser à un érudit qui a beaucoup étudié, ou chercher dans les livres saints. Aucune question ne reste sans réponse. Et de même, lorsqu’on interroge un médecin, on se conforme d’abord à ses instructions, puis on cherche la justification, de même le Saint béni soit-Il veut que nous Le servions avec émouna même avant de connaître les motifs, et en s’adonnant ensuite à l’étude de la Tora, on trouve les réponses.

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Le directeur en question posa la question classique des laïcs liée à la Shoah : où se trouvait le Gardien d’Israël pendant cette période ? Je lui répondis par le biais d’une parabole : un homme avait eu un fils unique à un âge avancé et il éprouvait un amour immense pour son fils. Le père avait mis en garde son jeune fils de ne pas manger ou de faire une quelconque action qui le mettrait en danger. Or, le fils n’écouta pas son père et consomma un aliment dangereux. Le médecin expliqua qu’il y avait deux possibilités : soit une opération, soit l’enfant mourrait, que D’ préserve. Le père choisit bien entendu l’opération, mais l’enfant pleurait et se débattait en prétendant qu’il allait bien et que son père le détestait, qu’il était méchant, etc. Mais le père n’allait pas entraver l’opération sous prétexte que son fils n’en comprenait pas la nécessité.

De même, le Maître du monde, un Père miséricordieux dont la compassion et l’amour pour nous sont infinis, nous a mis en garde dans la Tora d’accomplir les mitsvoth, car tel est le but de la création de l’homme. Si l’homme ne les accomplit pas, les malédictions mentionnées dans la Tora se réaliseront. Parfois, le Saint béni soit-Il met le corps à rude épreuve pour purifier et soumettre l’aspect matériel de l’homme, au profit de la vie éternelle de l’âme. La partie essentielle de l’homme est en effet la nechama, la parcelle divine qui vit dans ce monde-ci et dans le Monde à venir, et non le corps qui est uniquement une enveloppe de l’âme. Et même un Juif qui n’a jamais fauté subit parfois des épreuves envoyées par le Saint béni soit-Il, le médecin fidèle, pour redresser un tort de son âme lorsqu’elle se trouvait dans le corps d’un autre dans une réincarnation précédente, ou pour d’autres raisons.

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Et par la force de cette émouna que tout provient du Ciel, quelques survivants se sont renforcés après la Shoah et ne se sont pas écartés de la voie divine, car grâce à la foi, on est en mesure d’accepter tout avec amour, de chanter et de se réjouir même dans les situations les plus difficiles. Même dans le cas de la mort de proches, on sait que le Saint béni soit-Il, qui a le pouvoir de faire mourir et de ressusciter, aurait pu les laisser en vie, et que ceci aussi est pour le bien. J’ai entendu le rabbi Aharon de Belz s’exprimer à ce sujet : lorsqu’on lui relata, pendant la guerre, que son fils aîné, Moché, avait été jeté dans les flammes, il répondit : « Grâce à D’, j’ai moi aussi apporté un Korban (sacrifice) à D’. » Un jour, un survivant lui avait relaté sa détresse pendant la Shoah et avait commenté : « Le rabbi a également souffert pendant la Shoah », le rabbi lui saisit alors la main et répondit : « Reviens sur ce que tu as dit, car je n’ai pas souffert. »

Nous avons observé ce phénomène en Égypte. Lorsque Moché Rabbénou voulut saisir la raison de l’esclavage, il posa une question à D’ : « Pourquoi as-Tu rendu ce peuple misérable ? Dans quel but m’avais-Tu donc envoyé ? Depuis que je me suis présenté à Pharaon pour parler en Ton nom, le sort de ce peuple a empiré.» À cet argument, D’ lui répondit : « C’est à présent que tu seras témoin de ce que Je veux faire à Pharaon. Forcé par une main puissante, il les laissera partir ; d’une main puissante, lui-même les renverra de son pays. » Il ne leur donnera pas l’autorisation de sortir, mais du Ciel, on orchestrera les événements de sorte qu’il veuille les chasser sur le champ, pour éviter qu’ils ne restent en Égypte un instant de plus que le temps décrété par D’ et annoncé à Avraham Avinou, lors de la Brit ben Habetarim (l’Alliance entre les morceaux). En effet, chaque instant d’affliction est décrété du Ciel avec précision. Ainsi, D’ indiqua à Moché Rabbénou le bien dissimulé sous le mal de la difficulté de l’esclavage, qui entraîna leur sortie 190 ans avant la période des 400 ans fixée au départ.

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Et à ce sujet, D’ poursuit : « J’ai apparu à Avraham, à Yits’hak, à Ya’akov, comme Divinité souveraine ; ce n’est pas en Ma qualité d’Être immuable que Je me suis manifesté à eux » : tous les patriarches ont traversé de grandes épreuves, lorsqu’ils virent la présence d’un D’ Qui semblait se manifester avec l’attribut de rigueur et non l’attribut de compassion. Mais ils se renforcèrent et surmontèrent les épreuves en sachant que tout est pour le bien, et de ce fait, ils méritèrent de grandes bénédictions sur le plan spirituel et matériel. En suivant cette voie initiée par nos ancêtres, nous aurons aussi droit à tous ces bienfaits.

Chabbath Chalom !

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