Le rabbi de Kalov : Ticha Beav, une réprimande adressée avec amour

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Rabbi Efraïm Zalman Margaliot était le beau-père de rabbi Pin’has Horowitz, le Ba’al Hahaflaa. Une grande affinité s’était développée entre les deux hommes et il portait une grande affection aux enfants du Ba’al Hahaflaa, qui étaient très précieux à ses yeux, et il les soutenait financièrement.

Un jour, l’un des petits-enfants revint du Talmud Tora en pleurs, et son grand-père l’interrogea sur la raison de sa conduite. L’enfant répondit que l’enseignant l’avait humilié et l’avait traité de sheigetz (vilain garçon). Le rav Zalman s’enquit auprès de l’enseignant de la raison de ce traitement. L’enseignant s’excusa et expliqua que l’enfant ne voulait pas étudier, et que toutes ses manigances pour le faire reprendre son étude n’avaient pas porté leurs fruits, il l’avait donc traité de la sorte afin qu’il se replonge avec assiduité dans son étude.

Le rav Margaliot lui répondit : « Tu n’as pas trouvé d’autre mot pour faire souffrir l’enfant que de le traiter de la sorte, tu aurais pu lui dire quelque chose de bien plus élevé, qu’il est le petit-fils du Ba’al Hahaflaa, et qu’il ne convient pas à un fils de grands hommes de se conduire de la sorte…»

C’est dans cet esprit que les Tsadikim interprètent le verset (Hochéa 2,1) : « Et au lieu de s’entendre dire : « Vous n’êtes point Mon peuple », ils seront dénommés « les Fils du D’ vivant ». » Lorsqu’on veut adresser une réprimande, il faut le faire en rapprochant notre interlocuteur, et plutôt que de lui dire : « Vous n’êtes point Mon peuple », ils seront dénommés : « Les fils du D’ vivant », il n’est pas digne de fils du Roi de se conduire de cette façon.

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De même, le roi David ne réprimanda pas son fils Adoniyahou, comme il est dit (Melakhim I, 1,6) : « Jamais son père ne l’avait contrarié en disant : « Pourquoi agis-tu ainsi ? » » C’est étonnant : comment le roi David se soustrayait à son obligation d’éducation qui devait orienter son fils dans la voie de la Tora ? Rabbi Méir de Premishlan explique qu’il va de soi qu’il le réprimandait pour ses actions par des propos de remontrance qui brisent le cœur. Le verset indique qu’il ne le réprimanda pas de la manière susmentionnée, afin qu’Adoniyahou déduise que ses actions n’étaient pas à la hauteur du fils de David, roi d’Israël. De ce fait, Adoniyahou n’accepta pas le reproche. Or, si David lui avait expliqué que ses actions n’étaient pas dignes de lui, il n’aurait pas repris ses méfaits.

Dans la Guemara (Baba Metsia 85a), nous découvrons qu’après la mort de rabbi Elazar ben rabbi Chimon, son fils quitta la voie de la Tora et commit de terribles actions. Lorsque rabbénou l’apprit, il l’appela pour lui rappeler son illustre ascendance, et lui accorda beaucoup d’honneurs, lui offrit une tenue en or et le qualifia de « rabbi. » Ainsi, le fils jura de ne plus reprendre ses méfaits, fit Techouva et devint un grand homme de Tora.

Dans cette perspective, les Admourim de Slonim interprètent ce verset (Michlé 3,11) : « Mon fils, ne rejette pas l’admonestation de l’Eternel », les termes de discipline adressés par Hachem à un Juif s’entendent ici : tu es Mon fils, un fils de Roi, le fils du D’ vivant, et de ce fait : «ne rejette pas » en te rabaissant jusqu’à l’avilissement, car cette conduite n’est pas digne de toi.

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Rabbi Chlomo de Karlitz déclara également : « Le plus grand Yétser Hara’ est lorsque l’homme oublie qu’il est fils du Roi.»

Nos ouvrages sacrés expliquent que le terme « Israël » est composé des mêmes lettres que les termes « Li Roch » (à moi la tête) : chaque Juif est tenu de savoir qu’il est la couronne de la Création. Ainsi, Rachi, dans son commentaire sur le début de la Tora (Beréchith 1,1), écrit : « Le monde a été créé pour la Tora qui est appelée le “commencement” et pour Israël qui est appelé le “commencement.” » Lorsque des actions inconvenantes se présentent à un homme, il ancrera dans son esprit l’idée qu’elles ne conviennent pas à un homme de sa stature et de son niveau.

Même lorsqu’il est indispensable d’adresser à un Juif des propos de Moussar (éthique juive), il faudra tenter de s’exprimer sur un ton affectueux, en les enrobant de compliments, comme par exemple : « Il ne convient pas à un garçon aussi intelligent et important de se conduire de la sorte », etc. On applique ainsi les propos du verset (Kohélet 9,17) : « Les paroles des Sages dites avec douceur sont mieux écoutées. »

Le Chla Hakadoch (parachath Devarim 19) interprète le verset dans Michlé (9,8) : « Ne morigène pas le railleur, car il te haïrait ; fais des remontrances au sage, et il t’en aimera davantage.» Un homme ne réprimandera pas son prochain en disant : tu es idiot de te conduire de la sorte, «car il te haïrait », car un tel reproche ne servirait qu’à engendrer de la haine et non à améliorer sa conduite, mais plutôt dans cet esprit : « Tu es intelligent et cette conduite n’est pas de ton niveau » et de ce fait : « Il t’en aimera davantage. »

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C’est dans cette ligne de pensée que nos Maîtres interprètent ce passage de nos Sages (Avoth 1,12) : « Aharon Hacohen aimait les créatures et les rapprochait de la Tora » : les deux choses allaient ensemble. Du fait de son amour pour les hommes, il avait la faculté de les remettre sur la bonne voie, car il manifestait à leur égard de l’amour, ses propos étaient écoutés et ils se rapprochaient de la Tora.

Nous voyons dans la Guemara que d’une part, il est dit (Yoma 9b) que le second Temple fut détruit en raison de la haine gratuite, tandis qu’à un autre endroit (Chabbath 119b), il est dit que la raison de sa destruction tient au fait que les hommes ne s’adressèrent aucun reproche. Ces deux affirmations paraissent contradictoires.

Or il apparaît que ces deux affirmations concordent : comme la haine gratuite régnait parmi les enfants d’Israël, ils n’étaient pas en mesure de s’adresser des réprimandes de manière à pousser l’autre à rectifier ses actes. En effet, ces propos étaient dénués d’amour, condition essentielle pour que la réprimande fasse son effet sur la personne à qui elle est adressée.

Nous devons nous renforcer en cette période lorsque nous prenons le deuil de la destruction du Temple et prions pour la Gueoula : en nous renforçant pour rapprocher d’autres Juifs de Hachem, par l’action de l’amour, nous réparons ainsi le tort qui provoqua sa destruction, et nous aurons droit à la Gueoula, bientôt et de nos jours, Amen.

Chabbath Chalom !

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