Les pommes de premier choix…

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Cette histoire se déroule en 1950, à l’époque de la post-Shoah en Europe : la majorité des survivants cherchaient à se créer une nouvelle vie dans d’autres pays, surtout en Erets Israël et aux États-Unis. À cette époque, le rav Avraham Erenberg voyagea en Pologne et rassembla quelques effets personnels. Avec les quelques économies qu’il avait accumulées depuis la fin de la guerre, en compagnie de son épouse et de ses deux enfants, il prit place dans un bateau en direction de l’Italie.

À l’instar de nombreux survivants de l’époque, le rav Erenberg avait prévu de se rendre en Italie puis de partir en bateau pour Erets Israël. D’après les rumeurs, une grande pauvreté régnait en Erets Israël, et de ce fait, ceux qui avaient de la chance exploitaient l’escale en Italie pour acquérir diverses marchandises vendues à prix bas en Italie, dans le but de les importer en Israël. Ces marchandises étaient vendues en Erets Israël au prix fort, et ces survivants pouvaient ainsi commencer une nouvelle vie en Terre sainte.

Le rav Erenberg et sa famille arrivèrent en Italie un vendredi soir, et on leur annonça que la suite du voyage pour la Terre sainte aurait lieu le lendemain soir, à l’issue du Chabbath. Le rav Erenberg se réjouit de ne pas se trouver à bord du bateau le Chabbath, rassembla rapidement ses quelques effets et accueillit avec sa famille le Chabbath sur la plage. Au terme de la nuit, le lendemain matin, une grande agitation eut lieu : des marchands venus de toute l’Italie débarquèrent au port, désireux de vendre leur marchandise à des marchands « officiels » dont les bateaux avaient ancré au port, ainsi qu’à des commerçants non-officiels, c’est-à-dire des passagers qui avaient fait escale en Italie en route pour d’autres pays. Toutes les personnes rassemblées sur la plage se lancèrent dans des négociations interminables. Pendant toute la durée du Chabbath, la plage ressemblait à un marché en pleine ébullition, alors que malheureusement, des Juifs effrayés par la famine régnant en Erets Israël, transgressèrent le Chabbath, que D’ préserve.

Le rav Erenberg était présent sur la plage, prenant son maigre repas du Chabbath, et chantonnait les zemiroth du Chabbath en présence de son épouse et de ses enfants, indifférent à toute l’agitation autour de lui. Il ne s’intéressait pas à la marchandise vendue ni aux tarifs pratiqués. « C’est Chabbath aujourd’hui en l’honneur de Hachem ! » proclamait-il par ses chants, sans regarder autour de lui !

L’un de ses compagnons de voyage le remarqua et eut pitié du rav Erenberg qui arriverait en terre d’Israël démuni de tout. Il lui proposa un prêt, pour qu’il puisse acheter quelque marchandise, pour l’aider dans ses premiers pas en Erets Israël. Le rav Erenberg lui répondit aussitôt : « Que D’ préserve ! C’est Chabbath aujourd’hui, on ne s’occupe pas de commerce ! J’ai suffisamment d’argent avec moi, et le Chabbath, je ne me consacre pas au commerce, je m’investis dans le respect du Chabbath ! »

La nuit tomba, les commerçants quittèrent les lieux, tout le monde se dépêcha de monter sur le bateau, y compris le rav Erenberg, avec le même petit sac qui s’était encore un peu vidé lors de cet arrêt. Il n’avait rien acheté. En effet, à la sortie du Chabbath, il faisait nuit et le marché était désert. Il n’eut d’autre choix que de monter sur le bateau, espérant arriver aussi vite que possible en Erets Israël.

Tous les passagers s’installèrent dans leur cabine, dont certains avec une marchandise très
importante… seul le rav Erenberg était monté dans une cabine vide. Le navire devait lever l’ancre au cours de la nuit en direction d’Erets Israël.

Le lendemain matin, les passagers ouvrent les yeux et espèrent apercevoir le ciel bleu et se trouver en pleine mer vers Erets, mais ils découvrent qu’ils sont encore sur le rivage italien…Le capitaine italien a décidé de patienter encore ; le bateau ne prendra son départ que dans l’après-midi du dimanche. Les passagers ont passé la nuit dans leur cabine en vain. Le rav Erenberg se réveille, procède à l’ablution des mains et prie la prière de Cha’harith sur le bateau, puis descend au marché…

Le dimanche, l’offre est importante tandis que la demande est faible. La majorité des passagers du bateau n’ont plus d’argent dans leur portefeuille, et le rav Erenberg se promène au marché avec une bourse bien remplie – et les commerçants tentent à tout prix de lui vendre leur meilleure marchandise à un prix dérisoire… il profite de l’occasion et achète de belles pommes de qualité, à un prix très réduit ; c’est une marchandise très prisée en Erets Israël…

Il a du temps devant lui, personne n’est pressé, le marché n’est pas bondé. Il choisit chaque pomme avec soin, l’emballe soigneusement et fait monter un carton après l’autre dans sa cabine sur le bateau. Les acheteurs s’étaient dépêchés la veille de faire leurs achats compte tenu du choix réduit et de l’abondance des acheteurs, et furent contraints d’acquérir des cartons entiers dont une partie des fruits étaient pourris ou de qualité inférieure – tandis qu’il prenait son temps pour choisir soigneusement de belles pommes. Il travailla ainsi toute la matinée du dimanche, jusqu’au départ du bateau…

Le vendredi qui suit, le bateau jette l’ancre dans le port de ‘Haïfa, et tout le monde se presse de descendre, émus d’être arrivés en terre promise. Ils sont intégrés dans un camp de nouveaux immigrants, et le dimanche, chacun emporte sa marchandise achetée en Italie au marché de Haïfa…

Comme prévu, la belle marchandise du rav Erenberg, de grande qualité, est vendue à prix fort, et donne à son propriétaire une marge bien plus élevée que prévu. En revanche, la marchandise de ses compagnons, restée une journée de plus dans le bateau, et qui comprenait également des pommes pourries, et surtout, qui n’a pas bénéficié de la Brakha du Chabbath, est partiellement vendue à prix bas…

Cette histoire était relatée par le rav Erenberg lui-même. Il précise que ce récit est un puissant témoignage de la bénédiction du Chabbath : elle apporte une grande abondance à ceux qui le respectent ! Plus on s’efforce dans ce domaine, plus la Berakha et l’abondance sont redoublées ! En effet, cet homme qui avait respecté le Chabbath selon la Halakha, fait l’effort de ne pas le transgresser, qui avait offert au Chabbath sa digne place et exploité ce jour pour effectuer des repas de Chabbath dans une atmosphère d’exaltation, et évité de se livrer à du commerce interdit le Chabbath – avait gagné des marges doubles. En effet, le Chabbath est la source de la Berakha, qui apporte aussi bien l’abondance spirituelle et matérielle !

Mes chers frères ! Parfois le respect du Chabbath selon la Halakha exige des efforts. Mais le
Chabbath en vaut la peine, il nous offre tant. Respectons le Chabbath selon la Halakha, emplissons-nous de joie, exploitons-le autant que possible pour nous blottir auprès de Hachem, et nous pourrons bénéficier de ses trésors !

Rapporté par le rav Acher Kowalski chlita.

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