L’histoire de ‘Hanoucca

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La fête de ‘Hanoucca1 n’est pas liée à une péripétie ponctuelle qui serait advenue durant la période du second Temple. Elle s’inscrit au contraire dans un enchaînement couvrant une bonne partie de son histoire.

Il nous a semblé intéressant de rappeler les grandes lignes de ce chapitre glorieux de l’histoire de notre peuple, même si la dynastie des ‘Hachmonaïm, une fois au pouvoir, donnera les plus mauvais rois qui aient régné sur le peuple juif. Cette dynastie disparaîtra après que ces derniers monarques se soient alliés à des esclaves d’origine non-juive…

La dynastie des ‘Hachmonaïm marque en fait une bonne partie de la période du Second Temple : fondée après la période des soixante dix ans de l’exil de Babel, en 3412/-3482, ce Temple s’est maintenu durant 420 ans (Yoma 9a). Le début de la révolte des ‘Hachmonaïm date de -167, et se termine avec la mort d’Antonigus et la montée au pouvoir d’Hérode, en -40. Leur histoire se déroule donc pendant 120 ans sur les 420 qu’a existé ce Temple. Nous n’en verrons ici que l’âge d’or marqué par Yehouda haMaccabi.

Les débuts de la période :’Ezra, Ne’hémia et les Hommes de la Grande Assemblée

Le Second Temple a été construit par le mérite de ‘Ezra, qui était digne que l’on donne la Tora par son intermédiaire (Sanhédrin 21b). Ce Temple n’a cependant pas eu l’éclat et le prestige du premier, dont il n’a pas toutes les caractéristiques (Yerouchalmi Horayoth chap. 3). Son histoire humaine est elle aussi marquée par une continuelle dégradation du niveau moral et spirituel.
Cela commençait pourtant bien : ‘Ezra, remontant de Babylonie reprend la direction religieuse du peuple et lui offre une nouvelle organisation, nommant des maîtres dans chaque ville appelés Sofrim. Ne’hémia suivra son exemple treize ans plus tard. Il était un haut dignitaire de la cour du roi Darius, qui l’a nommé gouverneur de tout Israël. Il dirigea la reconstruction du Temple et des murailles de Jérusalem, lui assurant une meilleure défense contre les non-juifs et les Samaritains3 autochtones qui voulaient empêcher le retour des Juifs.

Afin de renforcer le niveau spirituel du peuple, en cette période de fin de la prophétie,’Ezra et Ne’hémia réunirent une assemblée dénommée « Knesseth haGuedola », la Grande Assemblée formée de 120 membres, dont 40 prophètes. Cela se passe 38 ans après la première montée de Babylonie, et 13 ans après la construction du Temple.

L’une des premières actions de cette assemblée a été de réunir le peuple et de le rapprocher de la pratique religieuse – en particulier, de faire en sorte qu’ils abandonnent leurs concubines issues d’autres peuples. Ce fut l’occasion d’une prise de conscience et d’un grand retour à la Tora et aux Mitswoth de manière volontaire et décidée4.

Les membres de la Grande Assemblée prirent aussi d’autres initiatives, qui permirent d’assurer une bonne transmission de la Tora aux générations suivantes : ils fixèrent le texte de la tradition orale, les premiers textes de la Michna5, codifièrent définitivement le texte des prières et définirent leur cadre (trois prières quotidiennes, les bénédictions autour du Qiriyat Chema’, le Kidouch et la Havdala, etc…). Ils fixèrent quels étaient les vingt-quatre textes prophétiques à introduire dans le canon biblique et les traduirent en araméen.’Ezra lui-même imposa de lire la Tora le lundi et le jeudi, et de réunir les Bathé Dinim ces jours-là.

Ces grands maîtres ont mis sur pied la vie juive telle que nous la connaissons et la pratiquons jusqu’à ce jour, et l’avenir du judaïsme semblait bien assuré sur le plan de la pratique.

La génération suivante est marquée par le premier grand maître cité dans la Michna, Chim’on haTsadiq. Il fut l’un des principaux grands prêtres de la période du Second Temple, et a rempli ces prestigieuses fonctions durant plus de quarante ans ; il sera l’un des derniers membres de la Grande Assemblée. Il a profondément marqué le peuple juif de sa génération, dont il dirigera l’ensemble des institutions.

Alexandre le Grand et ses successeurs

A l’époque de Chim’on haTsadiq, le monde est en pleine mutation : Alexandre le Grand, le grand conquérant grec, défait l’empire perse et assure à son pays la domination du monde civilisé. L’hellénisme l’emporte partout, et son influence va également faire des ravages chez les Juifs.
Nos Sages rapportent une rencontre6 qui eut lieu entre Alexandre et Chim’on haTsadiq à la porte de la ville de Jérusalem en 3448/-312. Lors de sa conquête du Liban, l’empereur grec rencontra une grande résistance à Tsour, et réclama l’aide d’Israël pour emporter la ville. Les Juifs refusèrent, liés aux Perses par des accords stratégiques, et seuls les Samaritains acceptèrent. Ils demandèrent en récompense que le Temple de Jérusalem soit détruit, car ils voulaient que le leur, situé à Chekhem/Naplouse, reste le seul du pays… A l’approche d’Alexandre, les Juifs de Jérusalem eurent peur ; le Grand-prêtre délégua alors son petit-fils, Chim’on haTsadiq, pour accueillir l’empereur grec et tenter de calmer sa colère. A la grande surprise de sa cour, Alexandre se prosterna devant Chim’on haTsadiq, car il reconnut en lui l’image qui lui apparaissait régulièrement lorsqu’il menait ses guerres. Les Juifs et le Temple furent épargnés grâce à ce miracle : « Se peut-il que le Temple, dans lequel on prie pour ton succès, soit détruit sous l’influence de quelconques païens ? » Cette rencontre eut lieu le 25 Téveth, qui fut fixé alors comme jour de joie…

Alexandre voulait être à la tête d’un grand empire, et œuvra à la diffusion de la culture grecque dans le monde entier.

Quand Alexandre meurt et que son empire est déchiré entre trois de ses généraux7, Chim’on haTsadiq reste la figure emblématique du peuple juif, placé sous le joug de la Tora.

Mais dès l’époque de son successeur, Antigonous8 Ich Sokho (3460/-300), pourtant l’un des plus importants maîtres de la Michna et contemporain de la seconde génération des Tanaïm, pointera déjà la première école mécréante, sous l’influence de deux de ses propres disciples, Tsadoq et Boetus. De cette branche hérétique seront issus les Saducéens, secte politique faisant croire qu’elle conserve le respect de la Loi écrite pour éviter d’être en conflit avec les ‘Hachmonaïm9, mais qui rejette en réalité toute la Tora. Le pouvoir ne sera plus exclusivement entre les mains d’Antigonous ; il le partagera désormais avec El’azar le Grand-prêtre, responsable de la direction séculaire du peuple.

C’est de cette époque que date également un autre événement négatif aux yeux de nos Sages, qui est d’ailleurs l’une des raisons du jeûne du 10 Téveth : la traduction de la Bible en grec des Septantes10, commandée par le roi égyptien Talmaï/Ptolémée II.

L’influence grecque se fit alors sentir de plus en plus en Terre Sainte, marquant particulièrement les Saducéens.

Les Ptoléméens11 font construire dans tout le Moyen Orient des villes hellénistiques d’une grande beauté, avec toutes les institutions qui permettent le jeu et les sports, ainsi que le culte païen et des bibliothèques profanes. La jeunesse fréquente les divers lieux de rencontre et les terrains de sports, refuse la circoncision et abandonne la Tora.

Le pouvoir s’effrite également : sous Chim’on haTsadiq, le pouvoir était entre les mains du Grand-prêtre, qui était, entre autres, responsable des impôts que les Juifs devaient acquitter à l’Egypte. Mais son successeur, Onias/’Honio12, refuse de continuer relever l’impôt, et entre en conflit avec Talmaï/Ptolémée III, qui a régné entre -246 et -222. Ce dernier menaçant d’intervenir militairement. Yossef ben Touvia13, l’un des principaux piliers de l’assimilation des Juifs à l’hellénisme, proposera au Grand-prêtre d’aller en Egypte pour calmer le roi. Il profitera de son déplacement pour proposer sa propre candidature au poste de percepteur. Achkelon est la première ville qu’il visitera à ce titre ; l’accueil réservé étant plutôt froid, il prend alors vingt notables en otage, les fait exécuter et s’empare de leurs biens. Le peuple prend peur de lui, et accepte de se soumettre à son imposition, qui deviendra rapidement démesurée. C’est à cette époque que ses enfants et lui-même adhéreront ouvertement à l’hellénisme et entraîneront avec eux de nombreux Juifs.

A partir de Yossef ben Touvia, les Grands-prêtres perdront de leur prestige et de leurs prérogatives. Les chefs spirituels sont moins liés au pouvoir séculier.

Sur le plan de l’étude juive, c’est le début de la période dite des « Zougoth » : ce seront désormais deux grands maîtres qui formeront le directoire de chaque génération. Le premier couple sera formé de Yossi ben Yo’ézer, comme directeur14 du Sanhédrin et de Yossi ben Yo’hanan, en tant que Av Beth Din. L’étude de la Tora perdant de son impact, c’est avec eux que commence la première discussion entre des Sages, à propos de la conduite à suivre les jours de fêtes quant à l’imposition des mains. Mais, paradoxalement, c’est à cette époque des ‘Hachmonaïm, et grâce à leur immense abnégation pour la Tora, que sera redonné un nouvel essort de l’étude de la Tora !

Sous le règne de Ptolémée IV, les hostilités reprirent avec les Séleucides. Ptolémée IV en sorti vainqueur, et voulut triompher à Jérusalem, et même entrer dans le Temple. Les prêtres tentèrent de l’en empêcher – car l’endroit était interdit aux non-Juifs – mais en vain. Le roi pénétra dans la partie interdite, et perdit connaissance.

Revenu en Egypte, il voulut se venger des Juifs, réunit toute la communauté juive d’Alexandrie dans un cirque, et fit charger des éléphants. Il y eut un miracle : ces animaux se retournèrent vers ceux qui les avaient envoyés, et massacrèrent des Grecs.

Ptolémée IV mourut en laissant un héritier encore jeune ; le roi de Syrie Antioche, un Séleucide, envahit l’Egypte et Erets Israël en -202 et succéda à Ptolémée à la tête de cette région du monde. En -190, il sera défait par les Romains, qui commençaient alors à s’installer sur tout le pourtour de la Méditerranée.

Le début du règne d’Antioche a été positif pour les Juifs : il exempte Jérusalem de tout impôt durant trois ans, afin de permettre à la ville de se reconstruire, après les multiples guerres qu’elle a subies. Il fournit avec largesse le vin, le blé et l’huile nécessaires au culte. Mais après sa chute devant les Romains, il chargea les Juifs de lourds impôts. Son fils, Séleucis IV, continua sur cette lancée. A cette période, les Juifs étaient encore maîtres de leur pays. C’est à l’arrivée de son frère Antiochus IV, dit Epiphane ou l’Illustre15, que les Grecs et leurs complices juifs hellénisants prendront le pouvoir en Judée. C’est là que commence l’histoire de ‘Hanouka proprement dite.

La dégradation de la situation sous Antiochus Epiphane

Antiochus Epiphane se considérait comme un dieu, et ordonna à tous les peuples de son empire d’ériger dans leurs temples une statue à son effigie et de se prosterner devant elle. Il organisa partout des festins et des réjouissances dans la meilleure tradition grecque, et voulut également y inviter les Juifs. Si les Juifs déjà gagnés par l’hellénisme acceptèrent volontiers, d’autres refusèrent.
Durant la première partie du règne des Séleucides, le service du Temple était assuré par le Grand-prêtre Yo’hanan. Il résista contre la moindre influence étrangère, réussit à maintenir la pureté du lieu et parvint, au moyen de grands efforts, à sauvegarder le culte de toute intrusion hellénistique. Mais les Hellénistes qui vivaient en Syrie profitèrent de l’arrivée au pouvoir d’Antioche Epiphane pour tenter d’affaiblir le Grand-prêtre. Un frère de Yo’hanan, Yehochoua’ devenu Jason, faisait lui-même partie des hellénisants : il proposa au roi une grande somme d’argent pour être nommé à la place de son frère. Antiochus accepta volontiers, comprenant que Jason l’aiderait à détourner le peuple de la Tora ; son programme incluait notamment l’érection d’un stade à proximité du Temple !

Jason put, en l’espace de trois ans, provoquer une véritable révolution à Jérusalem. Son cirque attirait même les prêtres qui abandonnaient le culte divin et venaient s’ébaudir dans l’enceinte du cirque, nus comme l’exige la pratique grecque.

Ménélas reçut la « grande prêtrise » à la suite de Jason, car il proposa à Antiochus de meilleures conditions de collaboration. Ce nouveau fonctionnaire n’hésita pas à se servir des trésors du Temple pour acquitter sa dette, et à vendre des objets du culte. Les Juifs pensèrent avoir trouvé une occasion de se débarrasser de lui, au moment où Antiochus menait une guerre victorieuse en Egypte. Malgré sa victoire, les représentants de Rome lui interdirent de soumettre l’Egypte et le bruit courut alors qu’Antiochus était mort durant les combats ; les Juifs en profitèrent pour chasser Ménélas qu’ils détestaient.

« Lorsque ces faits furent portés à la connaissance du roi, celui-ci en conclut que la Judée faisait défection. Il sortit l’Egypte, furieux comme une bête sauvage, et entra dans Jérusalem. Il ordonna ensuite aux soldats d’abattre sans pitié ceux qu’ils rencontreraient et d’égorger aussi ceux qui se seraient réfugiés dans leurs maisons. On extermina jeunes et vieux, on supprima femmes et enfants, on égorgea jeunes filles et nourrissons. Il y eut quatre-vingt-mille victimes en ces trois jours, dont quarante-mille tombèrent sous les coups et autant furent vendus comme esclaves. Non content de cela, il osa pénétrer dans le sanctuaire le plus saint avec pour guide Ménélas, qui finit par trahir les lois et la patrie. Il prit de ses mains impures les vases sacrés et rafla de ses mains profanes les offrandes que les autres rois y avaient déposées pour l’accroissement, la gloire et la dignité du saint lieu (Maccabées II,5,11-15 – traduction éd. du Cerf)16. »

Le Temple fut profané, les pires des abominations furent faites dans la ville et dans son Sanctuaire, le Chabbath et les fêtes furent abandonnés, et on avait même honte d’avouer qu’on était juif…

« Le roi envoya aussi, par messagers, à Jérusalem et aux villes de Juda, des édits enjoignant de suivre des coutumes étrangères au pays, de bannir du sanctuaire holocaustes, sacrifice et libation, de profaner Chabbath et fêtes, de souiller le sanctuaire et tout ce qui est saint, d’élever autels, lieux de culte et temples d’idoles, d’immoler des porcs et des animaux impurs, de laisser leurs fils incirconcis, de se rendre abominables par toute sorte d’impuretés et de profanations, d’oublier ainsi la Loi et d’altérer toutes les observances. Quiconque n’agirait pas selon l’ordre du roi serait puni de mort. Conformément à toutes ces prescriptions, le roi envoya des inspecteurs dans tout le royaume et enjoignit aux villes de Juda d’obéir à leurs ordres. Beaucoup de gens du peuple se rallièrent à eux, pour abandonner la Loi. Ils firent des ravages dans le pays. Ils obligèrent Israël à se cacher dans tous ses lieux de refuge. Le quinzième jour de Kisslew en l’an -145, le roi construisit l’Abomination de la désolation sur l’autel des holocaustes et on éleva des autels dans les villes de Juda voisines. Aux portes des maisons et sur les places, on brûlait de l’encens. Quant aux livres de la Loi, ceux qu’on trouvait étaient jetés au feu après avoir été lacérés. Découvrait-on chez quelqu’un un exemplaire de l’Alliance, ou quelque autre se conformait-il à la Loi, un décret du roi le mettait à mort (Maccabées I,I,44-57). »

Ce fut une période terrible pour les Juifs restés fidèles à la Tora et à D’. Ils durent fuir les villes et se réfugier dans les campagnes, pour fuir la cruauté des envoyés d’Antiochus et pouvoir continuer à pratiquer les mitsvoth.

Certains parmi ces Juifs furent éprouvés dans leur chair, telle ‘Hanna et ses sept enfants, ou encore les ‘Hachmonaïm eux-mêmes. Le mérite de ces Tsadikim permit que le Créateur leur accorde ensuite la victoire sur leurs persécuteurs, et délivre le peuple juif.

Une fois la ville de Jérusalem soumise, les émissaires du pouvoir élargirent leur rayon d’action et poursuivirent les Juifs restés fidèles dans les campagnes. Ils eurent vent d’une caverne où s’étaient réfugiés des centaines de Juifs, et projetèrent de l’attaquer le saint jour du Chabbath. Les Juifs jugèrent impensable de prendre les armes le jour de Chabbath, pensant que leur sort était scellé ; ils ne se défendirent donc pas, et furent abattus jusqu’au dernier !

«Les envoyés d’Antiochus arrivèrent ainsi à Modi’in. Ils y érigèrent une statue, exigeant que les habitants lui apportent une offrande, et proposeront à Matitiahou, fils du Grand-prêtre Yo’hanan, d’être le premier à le faire. Ce dernier leur répondit :

– Quand bien même toutes les nations établies dans l’empire du roi lui obéiraient, chacune désertant le culte de ses pères, et se conformeraient à ses ordonnances, moi, mes fils et mes frères, nous suivrons l’alliance de nos Pères. D’ nous garde d’abandonner Loi et observances ! Nous n’écouterons pas les ordres du roi. Nous ne dévierons pas d’un pouce de notre tradition (id. 2,19-22).

L’un des habitants de la ville s’avança pour apporter un sacrifice, mais Matitiahou l’abattit, et aussi tua un soldat grec, avant de saccager l’autel. Puis il lança son appel à tout Israël : « Quiconque a le zèle de la Loi et maintient l’alliance me suive ! » Il fut rejoint par ses enfants, et par de nombreux Juifs exaspérés par cette situation.

Un autre groupe de Juifs réfugiés dans une caverne connut le même sort que le précédent. Il fut assailli par les Grecs un Chabbath, et furent tous tués sans pouvoir se défendre.

« Lorsqu’ils l’apprirent, Matitiahou et ses amis les pleurèrent amèrement et se dirent les uns aux autres : « Si nous restons passifs comme l’ont fait nos frères, si nous ne luttons pas contre les nations pour notre vie et nos observances, ils nous auront vite exterminés de la terre ». Ils prirent alors la décision suivante : « Tout homme qui viendrait nous attaquer le jour du Chabbath, combattons-le, et ainsi nous ne mourrons pas tous comme nos frères dans les grottes » (id. 2,39-41). » Ce n’est pas que les premiers Juifs avaient eu tort, ni que les amis de Matitiahou ne dévoient la loi. L’heure avait sonné de lever le fanion de la révolte, et de ce fait la Halakha changeait : il était dorénavant légitime de se défendre, même le Chabbath, parce qu’une issue positive était susceptible de déboucher de cette réaction17.

A partir de cette déclaration, le mouvement de résistance s’organisa : « Alors s’adjoignit à eux la congrégation des ‘Hassidim, hommes valeureux d’entre Israël et tout ce qu’il y avait de dévoué à la Loi. Tous ceux qui fuyaient les persécutions vinrent grossir leur nombre et leur fournir un appui. Ils composèrent une armée puissante, frappèrent les pécheurs dans leur colère et les mécréants dans leur fureur ; le reste se dispersa parmi les nations pour y trouver sauvegarde. Matitiahou et ses amis firent une tournée pour détruire les autels et circoncire de force tous les enfants incirconcis qu’ils trouvèrent sur le territoire d’Israël. Ils chassèrent les insolents et l’entreprise prospéra entre leurs mains (id. 42-48). »
Mais les jours de Matitiahou touchaient à leur fin. Il convoqua ses enfants, les encouragea à continuer, et nomma son fils Yehouda comme chef de la révolte. Ce dernier fut nommé « Yehouda haMaccabi », selon l’acrostiche du verset « Mi Kamokha baElim Hachem », « qui est comme Toi parmi les Puissants, ô D’ ». Son frère Chim’on, plus âgé que lui, fut désigné comme étant son tuteur.

Les guerres de Yehouda haMaccabi

Yehouda se lança dans une guerre qui l’opposa aux Grecs, ainsi qu’à ses frères hellénisants. Il entreprit d’isoler Jérusalem du reste du pays afin de la purifier. Apolonius, le dirigeant syrien de la Judée, tenta de briser cette sécession. Il lança ses troupes à travers la plaine à l’assaut de Jérusalem, mais elles furent repoussées par les troupes de Yéhouda aux environs de Chekhem. Une seconde confrontation eut lieu à Beth ‘Horon, au nord de Lod, et la victoire des troupes de Yehouda fut encore plus écrasante.
Antiochus envoya alors une armée forte de quelques 47.000 soldats pour soumettre les Juifs. Il promit à ses soldats d’énormes sommes d’argent s’ils emportaient le combat, et partit collecter l’argent nécessaire dans ses comptoirs en Asie. Il confia l’armée au commandement de Lysias. Cette grande armée se dirigea vers Jérusalem, grossie par de nombreux non-Juifs appâtés par le butin qui semblait prometteur.

Les Juifs ne perdirent pas courage, et à défaut de pouvoir se rendre au Temple pour y prier, se réunirent à Mitspa, le site où le prophète Chemouel jugeait le peuple juif et avait été enterré.

Les Syriens tentèrent d’assiéger les Maccabées en se divisant en deux groupes : l’une, dirigée par Gorgias, s’engagea dans les monts de Judée au Nord de Jérusalem, et l’autre plus bas, par le Sud. Yehouda réussit à échapper au premier groupe, et défit le second aux environs de Emmaüs, près de Latroun. Le premier, s’étant perdu dans les montagnes, finit par apercevoir l’autre armée en déroute, et perdit courage.

Après ces échecs, Lysias décida de diriger personnellement l’armée, et partit au combat avec soixante-mille soldats contre les Juifs à partir de ‘Hévron. Cette fois-ci encore, D’ accorda la victoire aux Juifs à Beth Tsour, au nord de Hévron.

Yehouda Maccabi se dirigea vers Jérusalem, pour la libérer.

Le miracle de ‘Hanoucca

Le spectacle que les Maccabées découvrirent à Jérusalem était terrifiant : le Temple était abandonné, l’autel profané, les portes brûlées, des plantes sauvages avaient eu le loisir de pousser dans l’enceinte du Temple et les diverses dépendances étaient dévastées. Yehouda et les personnes qui l’accompagnaient déchirèrent leurs vêtements et prirent le deuil.

Yehouda choisit ceux parmi les Kohanim qui étaient restés fidèles pour démonter les pierres de l’autel qui avaient été profanées et en construire un nouveau. Pour remplacer la Menora que les Grecs avaient volée, ils en construisirent une en bois – ils n’avaient pas les moyens de faire mieux.

Exactement le 25 Kisslew, soit trois ans après la profanation du Temple, les ‘Hachmonaïm parvinrent à y restaurer le service divin. Mais leur joie n’était pas complète, car ils ne trouvèrent qu’une seule fiole d’huile préservée de l’impureté grecque. Elle pouvait offrir la flamme d’une seule journée ; or il fallait compter huit jours pour presser une nouvelle huile pure. C’est alors qu’advint le grand miracle : l’huile brûla huit jours entiers. Les insurgés juifs y virent le signe d’un accord total du Créateur avec tout ce qu’ils avaient fait jusqu’alors, et ils fixèrent la fête de ‘Hanoucca, l’an d’après, sur ce miracle.
Yehouda haMaccabi mit à profit le calme provisoire pour restaurer le Temple. Mais d’autres péripéties l’attendaient : il restait directement menacé par les troupes de Lysias qui attendaient le moment opportun pour attaquer de nouveau, et les Juifs tant de Guil’ad (l’actuel Nord de la Jordanie et territoire du Golan), que de Galilée, de la plaine du Jourdain, de la plaine côtière, ou du Sud du pays, restaient harcelés par les ennemis, agacés par les succès militaires que le Créateur accordait au peuple juif. Il décida de dépêcher trois troupes à l’aide de ses frères : Chim’on et Yonathan ont été expédiés en Galilée, lui-même est parti au secours des gens de Guil’ad, et un troisième groupe est resté à Jérusalem. Hachem leur accorda là aussi la victoire, mais du fait du petit nombre de ‘Hachmonaïm, Yehouda incita les gens du Nord du pays à se regrouper en Juda, afin de pouvoir mieux assurer leur protection.

Il dut également lutter contre les Eduméens situés au Sud du pays, à qui il reprit notamment ‘Hévron.

Pendant ce temps, la main du Créateur frappa Antiochus, qui avait défié les Perses en Asie. Il fut tenu au courant des grandes réussites des Juifs, et, en son lointain exil, fut frappé par diverses maladies desquelles il ne se remit pas ; il reconnut du reste là la Main de D’, Qui lui faisait payer ses fautes.

Les nouvelles guerres contre les Syriens

Les Juifs hellénisants n’hésitèrent pas à s’attaquer à nouveau à leurs frères : réfugiés à ‘Haqra, ils prirent contact avec Lysias, régent de la Syrie, pour le supplier de venir les aider. Ce dernier accepta volontiers, et en -164 fondit à nouveau sur Jérusalem, accompagné du fils du roi précédent, Antiochus V. Il attaqua la ville par le Sud du pays, à la tête d’une armée d’une taille exceptionnelle. L’originalité de cette armée était la présence d’éléphants sur lesquels étaient juchés quatre soldats. Ces imposants animaux donnaient une supériorité marquante aux troupes grecques du fait de leur relative invulnérabilité, d’autant plus qu’une dizaine de soldats à cheval les entouraient, ainsi qu’une centaine de fantassins.

La situation était très critique pour Yehouda et ses hommes. Durant la bataille de Beth Zacharia, El’azar, pour tenter de sauver la situation, se glissa sous l’éléphant le plus haut, pensant qu’il était conduit par Lysias, et frappa l’animal au ventre ; mais celui-ci s’affaissa sur lui et le tua.

L’armée syrienne conquit Beth Tsour, vainquit l’armée de Yehouda, et se dirigea vers Jérusalem. La situation dans la ville était désespérée. C’était l’année de Chemita ; de ce fait, il n’y avait pas beaucoup de réserves en nourriture. Les habitants furent pris d’effroi en voyant l’immensité de l’armée syrienne qui les menaçait. Il semblait déjà que la ville allait tomber entre les mains des Syriens et des Hellénisants, mais la Main de D’ n’abandonna pas les Juifs : Lysias fut informé d’une tentative de coup d’Etat dans son propre pays et décida en conséquence d’abandonner le combat, de signer la paix avec Yehouda et abolir officiellement les décrets d’Antiochus – que les ‘Hachmonaïm avaient déjà rendus caduques sur le terrain. Cela ne l’empêcha pas, après la signature de ces accords, d’ordonner à ses hommes de détruire les murailles de la ville…

Mais le calme fut de courte durée. En -162, Démétrios, un neveu d’Antiochus IV, prit le pouvoir. Les Hellénisants prirent à nouveau contact avec le pouvoir en Syrie, et demandèrent de faire nommer Grand-prêtre l’hellénisant Alcimos. L’armée syrienne encercla Jérusalem, pendant qu’Alcimos tentait de convaincre le peuple, fatigué des multiples guerres, de se soumettre aux Syriens. L’acte de reddition conclu, les armées syriennes pénétrèrent dans Jérusalem, et Alcimos dévoila son véritable dessein : il fit tuer soixante des principaux Sages juifs, dont son oncle, rabbi Yossi ben Yo’ézer, président du Sanhédrin.

Le peuple, devant la cruauté des exactions d’Alcimos, se rapprocha de Yehouda et de son armée. Alcimos, qui savait qu’il ne pourrait pas longtemps leur résister, fit à nouveau appel aux Syriens. Cette fois-ci, c’est avec Nicanor à leur tête que les troupes syriennes se rendirent à Jérusalem. Lors du siège, ce vil personnage se tint chaque jour face à la ville, demandant quand elle tomberait entre ses mains pour qu’il puisse la réduire en poussière. L’Eternel entendit les paroles profanatoires de Nicanor, et accorda à nouveau Ses miracles au peuple juif : ils réduisirent les troupes syriennes, et tuèrent Nicanor. Ce jour-là a été fixé alors à titre de « jour de Nicanor », comme jour de joie pendant lequel on ne jeûne pas ni ne prononce d’oraison funèbre.

Un Midrach18 dénonce la cruauté d’Alcimos face à son prestigieux oncle :

Le jour même du Chabbath, Alcimos était sur son cheval, tandis que rabbi Yossi ben Yo’ézer marchait devant lui, avec la croix sur laquelle il devait trouver la mort. Alcimos se vanta : « Vois combien je vais bien, et toi, tu vas mal… « Rabbi Yossi, qui ne perdit pas sa confiance en D’ même à un tel moment, rétorqua à Alcimos : « Si les personnes qui passent outre Sa parole ont droit à un bon sort, à plus forte raison que D’ accordera Ses bienfaits à ceux qui respectent Sa volonté ! » Ces paroles transpercèrent le cœur de cet homme, qui mit fin à ses jours.

La fin de Yehouda – et de la période glorieuse qu’il a marquée

Les remarquables Kohanim ont donc ainsi réussi à sauver le peuple juif, contre toute attente, et ont permis qu’ils retrouvent son indépendance de tout joug étranger et de toute influence culturelle étrangère. Le Temple et son culte étaient restaurés. L’immense dévouement de ces hommes fidèles à la Loi de leur D. aura une influence déterminante pour l’avenir du peuple juif, en particulier dans le domaine de l’étude de la Tora.

Mais l’histoire des ‘Hachmonaïm connaîtra un tournant fatidique, qui mènera finalement le peuple juif à sa perte, le Temple à sa destruction et provoquera l’exil du peuple juif sous la domination d’Edom !
C’est Yehouda lui-même qui en est à l’origine : usé par les guerres, il chercha un appui extérieur et conclut un accord militaire avec les Romains. C’était l’erreur à ne pas commettre : il permit de la sorte à Rome de mettre un pied en Terre sainte. Rome aura tôt fait de s’immiscer dans la vie politique du pays, et de lui confisquer son indépendance avant de détruire le Temple. Le Ramban, sur la parachath Wayichla’h, établit un parallèle entre la conduite de Ya’akov notre ancêtre, envoyant inutilement des émissaires auprès d’Essaw, et celle de Yehouda, faisant appel aux Romains – selon le principe « Ma’assé avoth siman labanim » (la conduite des ancêtres crée un précédent pour leurs descendants).

Pour cette génération non plus la tentative de pacte n’eut pas d’effet bénéfique : quelques semaines après la victoire contre Nicanor, les Syriens envoyèrent une nouvelle armée. Seuls huit cents hommes prirent les armes aux côtés de Yehouda. Ce dernier ne se découragea pas, et affronta l’armée syrienne. Il parvint au début à défaire son aile droite, mais l’aile gauche les prit en tenailles, et Yehouda tomba au cours des hostilités.

Sa disparition tragique fut très mal supportée par les Juifs, et marqua le début d’une périodenéfaste, pendant laquelle le nombre de Juifs renégats ne fit qu’augmenter, même au sein de la famille des Maccabées, ce qui mena le peuple juif à sa perte.

L’histoire de la fête de ‘Hanoucca symbolise une période remarquable, durant laquelle le peuple juif sait recevoir l’Aide divine tout en usant d’efforts militaires. C’est leur profond désir de maintenir le respect de la Tora et de repousser l’assimilation qui lui a valu les victoires inattendues devant l’éminent agresseur gréco-syrien.

Note générale :

Evidemment, nous suivons la chronologie toranique : l’exil de Babel commence en 3338/-422, et s’achève 70 ans plus tard en 3408/-353. Le Second Temple est détruit en 3828/68, donc 420 ans plus tard.

Ce ne sont pas du tout les dates qu’avance l’histoire officielle : le Premier Temple est détruit selon elle entre -597 et -586, l’exil en Babylonie a lieu jusqu’en -539. D’après ce calcul, le Second Temple aurait tenu entre 580 et 607 ans. Seule la date de destruction du Second Temple reste établie d’après tous en 68 ou 70 de l’ère actuelle, date à laquelle tous les écarts sont comblés.

Selon la tradition juive, Pourim est un événement qui a lieu en -355 à Suze, à la fin de l’exil juif en Babylonie, et Mordekhaï, qui fait partie des membres de la Grande Assemblée, y participe comme on le sait. En revanche, pour la chronologie officielle, Pourim a lieu en -539 (il faut bien que cet épisode ait lieu durant l’exil du peuple juif en Babylonie – alors que nous disions dans le numéro 2919 du magazine que pour les historiens « civils » il avait lieu durant la période du Second Temple)…

Le numéro 29 de Kountrass a abordé le riche sujet du débat entre la science et la Tora, y compris au plan de l’Histoire, et signalait une thèse d’un chercheur israélien, ‘Hayim Héfets, selon laquelle les scientifiques auraient simplement fait une erreur d’identification de certains rois anciens – ce qui n’est pas surprenant, vu la complexité de ces dynasties et la redondance des noms perses…

Rappelons que ce sont nos Sages, ayant vécu dans les quelques siècles suivant la destruction du Temple, qui ont fixé cette durée de 420 ans – il serait surprenant qu’ils aient commis de telles erreurs, à si peu de temps des événements…

Mais consolons-nous ! D’autres ont poussé la chose plus loin encore : dans le Coran, Haman est un collègue du Pharaon qui a permis aux Juifs de sortir d’Egypte !

(1) Nous avons suivi en grande partie le Divré Yémé Bayith Chéni, de Yeqoutiel Friedner, éditions Yéchouroun, Jérusalem, 5749/1989, qui a l’avantage de présenter l’histoire du Second Temple à la lueur des sources toraniques.

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(2) Voir « note générale », plus haut.

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(3) Les Samaritains sont appelés Chomronim en hébreu, et Koutim dans le langage de nos Sages. Ils se sont installés en Erets Israël dans le cadre d’une entreprise de repeuplement de la Terre d’Israël après l’exil des Juifs à la fin du Premier Temple, ainsi que rapporté dans le livre des Rois (Malakhim) I 17,24-41. Ces non-Juifs ont souffert dès leur arrivée en Terre Sainte d’attaques d’animaux sauvages tels des lions. Il s’est avéré que la raison de leur problème était leur culte païen, qui les fragilisait en danger en Erets Israël – alors que ce n’était pas le cas chez eux, à l’étranger. Ils furent pris d’une grande peur de D’ et acceptèrent la foi juive, mais ne parvinrent jamais à se débarrasser de leurs cultes anciens, qu’ils mélangeaient au culte juif. Nos Sages sont en discussion au sujet de leur statut face au judaïsme, bien que déjà Ezra les ait repoussés. Leur culte était situé à Chekhem/Naplouse, où ils étaient près d’un million au début de l’ère actuelle ; de nos jours, quelques 450 membres de cette communauté vivent toujours à ‘Holon.

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(4) Alors que celle du Mont Sinaï fut imposée – Chabbath 49 : « Il les menaça avec la montagne comme on le fait avec un tonneau ».

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(5) Bien qu’en vérité, l’enseignement oral commence dès le don de la Tora, car une Loi orale a été donnée en même temps que la Loi écrite.

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(6) Yoma 69a ; Séfer Doroth sur la cote Chim’on haTsadiq, cf. les diverses références talmudiques qu’il rapporte.

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(7) Il n’eut qu’un fils, né après la mort de son père. Durant vingt-cinq ans, ces généraux luttèrent les uns contre les autres, sans parvenir à une conclusion. Finalement, ils décidèrent de partager l’empire. La Macédoine et la Grèce revinrent à Antigone, la Babylonie et la Syrie furent dirigées par Sélécus, et l’Egypte ainsi qu’Erets Israël furent attribués à Ptolémée, bien que la domination d’Erets Israël fut marquée par de nombreuses luttes intestines : en -312, une première guerre aux alentours de Gaza accorda le pouvoir à Sélécus sur la Terre Sainte, mais un second conflit en -301 offrit à Ptolémée la domination du pays, qui restera lié un siècle durant à l’Egypte. Après cela, ce fut un Séleucide qui reprit le pouvoir.

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(8) A remarquer que le nom de ce Sage essentiel, l’un des transmetteurs de la Tora, est grec…

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(9) Doroth Richonim (cf. Rambam Avoth I,3), alors que les historiens présentent les Saducéens comme une secte religieuse, ce qui n’est pas exact.

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(10) Le Séfer haDoroth (cote année 3515) précise que les Grecs ont modifié des éléments de cette traduction, volontairement ou sans y prendre garde, laquelle ne peut donc plus faire référence.

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(11) L’Egypte connaît à partir de -323 et jusqu’à 30 de l’ère actuelle une série d’une dizaine de rois nommés Talmaï – Ptolémée en français, et quelques reines nommées Cléopâtre (c’est seulement la septième portant ce nom qui était affligée d’un nez célèbre, et qui fera parler d’elle dans l’histoire de Rome).

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(12) Il y a deux ‘Honio : le père de Chim’on haTsadiq, et son fils. Ce dernier est connu pour avoir fui en Egypte et construit un Temple parallèle à celui de Jérusalem (Mena’hoth 109) – selon Tossafoth, seuls des sacrifices apportées par des non-Juifs y étaient acceptés. D’après Flavius Josèphe, ce ‘Honio qui refuse de continuer à payer les impôts au roi d’Egypte est le père de Chim’on haTsadiq (Antiquités 12,4,3).

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(13) Un neveu de Honio, selon Flavius Josèphe (id.).

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(14) Il fut nommé, vingt ans après la mort d’Antigone, pour contrer l’influence de Yossef ben Touvia, qui prélevait dorénavant les impôts et précipitait le pays dans l’hellénisme (Doroth Richonim).

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(15) Bien que, derrière son dos, ses proches l’appelaient « Epimane », le fou, surnom qui lui convenait mieux, ainsi que son histoire le prouvera…

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(16) Les Rouleaux d’Antiochus et le Livre des Maccabées sont des ouvrages qui n’ont pas été inclus dans le canon juif des ouvrages saints, mais qui ont l’avantage d’exister et d’apporter un témoignage sur cette période lointaine. Les Rouleaux d’Antiochus ont été rédigés à la période talmudique, donc quelques deux siècles après la période qu’ils décrivent, en araméen au départ, puis traduits à Salonique en hébreu, et, de là, ont été imprimés dans divers livres de prière. Le Livre des Maccabées date certainement d’une période plus ancienne, et, à titre de source historique, il est probable qu’il est plus digne de confiance (cf. le problème de la date de la mort de Mathitiyahou, avant les événements selon les Rouleaux, et pendant les premiers affrontements selon le Livre des Maccabées).

Il faut ajouter que ces livres n’ont pas été rédigés sous inspiration prophétique, et sont même dus à des non-Juifs ! La première partie du livre des Maccabées est citée par des grands auteurs de la période médiévale (dont le Ba’al Hilkhoth Guédoloth). La seconde en revanche est d’inspiration hellénistique, le nom de son auteur étant connu : il s’agit de Jason de Cyrène, un Juif qui a vécu vers le 1e siècle avant l’ère actuelle.

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(17) Cf. Kountrass Magazine nº 80 – Elloul 5760/septembre 2000, (Dossier « Chabbath », article « L’ancienneté du Chabbath ») où nous rapportions la thèse du rav Rabinovitz, l’auteur du « Doroth Richonim » : les Juifs faisaient alors l’objet d’une véritable persécution religieuse. Il s’agissait donc d’une période de chemad : si un non-Juif vient exiger d’un Juif qu’il profane le Chabbath, non pour son propre intérêt mais pour lui faire abandonner sa foi, la Halakha exige, si toutefois cela se passe devant dix Juifs, qu’il se laisse tuer plutôt que de transgresser Chabbath (cf. Rambam Yessodé haTora 5,2). Et près d’un millier de Juifs étaient réunis dans ces cavernes, ils étaient donc tenus de se sacrifier ainsi que le veut la Halakha.

De plus, il était militairement inutile de se conduire autrement : ces Juifs formaient un petit groupe incapable de s’opposer aux Grecs, ni d’élaborer la moindre stratégie de défense. Pourtant les ‘Hachmonaïm décidèrent de changer de tactique car l’objectif des Grecs était sur le point d’être atteint ; il ne resterait bientôt plus de peuple juif, à D’ ne plaise. Alors, perdus pour perdus, autant prendre les armes et se défendre. On passait donc là d’une situation de chemad, où le peuple juif se voit attaqué dans sa foi et est dans l’obligation de se faire tuer plutôt que de transgresser la Tora, à un autre cas d’espèce, celui d’une guerre classique, où l’on applique alors la loi générale, à savoir défendre sa vie coûte que coûte, même le Chabbath. C’est ce qu’ont dit les ‘Hachmonaïm: « Et nous ne mourrons pas comme nos frères dans les grottes », par le fait que la loi leur permettait de prendre les armes !

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(18) Dans le Midrach Béréchith Rabba 65,22, où Alcimos est dénommé Yaqim Ich Tsrida.

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(19) Voir dossier « Chronologie de l’histoire du monde selon la Tora »

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Présenté par le rav Henri Kahn

Magazine numéro 116

 

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