Roch haChana

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Roch hachana

De rav Chimchon Refaël Hirsch : Commentaire sur la Tora, Wayiqra/Lévitique 23,25

La Halakha nous apprend que les deux « sonneries » du mois de Tichri évoquées dans la Tora – celles du premier du mois ou Roch haChana, comme celle du dix du même mois, en l’année du Jubilé – doivent être exécutées au moyen d’un chofar – instrument identique pour un appel identique.

La sonnerie du Jubilée concerne pourtant le domaine des liens sociaux qui régissent les rapports de l’homme à ses biens matériels ; tandis que la sonnerie de Roch haChana s’adresse aux liens spirituels unissant l’homme à son Créateur.

Par la sonnerie de Roch haChana, D’ pénètre en effet dans notre monde en tant que maître, dispensant ses ordres pour tout ce qui concerne nos vies et nos biens. Le chofar nous invite en ce jour à sortir de notre indifférence, à cesser de nous consacrer à tout autre que D’ au mépris des décrets de Sa volonté. La sonnerie annuelle de Roch haChana décrète alors un Jubilée spirituel, tout comme la sonnerie de la cinquantième année appelle à un Jubilée social. Elle nous convoque à un retour à D’ et à une authentique liberté spirituelle ; à nous réapproprier les biens spirituels qui, bien que nôtres depuis toujours, avaient été négligés du fait de nos fautes (…). Elle nous exhorte à un combat contre tout ce qui s’oppose à notre libération spirituelle ; mais elle nous assure aussi d’une aide divine dans ce combat.  » …Vous sonnerez des trompettes avec fanfare … et vous recevrez assistance contre vos ennemis  » (Bamidbar/Nombres 10,9). (…) Dans Bamidbar/Nombres 10,7, la Tora établit une distinction entre deux sortes de sons : « … Vous sonnerez, mais sans fanfare. » Il convient donc de distinguer entre la racine de Teko’a (sonner) et la racine de Lehary’a (sonner fanfare). Et de là s’impose à nous une distinction non seulement au niveau du son, mais encore au niveau du sens. La Teqi’a appelle à se rassembler devant Moché. La Terou’a annonce le départ pour une nouvelle marche dans le désert. Il n’est pourtant pas écrit, aux versets 5 et 6, que le signal du départ serait : « Et vous ferez une fanfare … une fanfare ils feront .. », nous avons bien au contraire : « Et vous sonnerez une fanfare … une fanfare ils sonneront ». De là que le signal du départ est donné sous le double signe de la Teqi’a et de la Térou’a, une Teqi’a précédant et suivant la Teoua : vous sonnerez (Teqi’a) une fanfare (Terou’a) … une fanfare (Terou’a) ils sonneront (Teqi’a).

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Le signal du rassemblement se différencie en cela par une injonction catégorique : « Vous sonnerez, mais sans fanfare. » Autrement dit, aucune Térou’a ne doit accompagner la Téqi’a.

Mais que signifie donc la racine de Taqa’ ? Faire pénétrer par la force, enfoncer solidement. (…) Ainsi, souffler dans une trompette revient à y insuffler de l’air avec force, pour la faire émettre une sonnerie continue. C’est là la sonnerie de l’appel au rassemblement.

Terou’a par contre, provient de la racine de Ro’a, ébranler, briser. Faire une Terou’a signifie donc émettre des sons brisés et plus ou moins prolongés (Terou’a ou Chevarim).

C’est là l’invitation pressante à se mettre en marche. Et l’on comprendra par là le sens de la double sonnerie, Teqi’a et Terou’a. La Teqi’a invite le peuple à se rassembler auprès de Moché. Si la Terou’a n’intervenait pas après elle, cela signifierait que les Hébreux sont appelés à venir entendre les instructions de leur chef. Mais la Terou’a intime l’ordre de se mettre en marche. Et la Teqi’a finale annonce le repos qui viendra au terme de la marche. Ces trois sonneries successives qui président à la levée du camp se retrouvent dans les lois concernant les sonneries de Roch haChana et du Jubilée.

Les deux sonneries de Teqi’a qui précèdent et suivent la fanfare (Terou’a) du Jubilée sont indiquées en allusion dans le verset suivant : « Puis tu feras circuler la sonnerie du chofar dans le septième mois, le dixième jour du mois … vous ferez sonner le chofar à travers tout votre pays » (Wayiqra/Lévitique 25,9). « Faire circuler » un son, une sonnerie, ne peut se rapporter qu’à un appel lancé à un vaste public. La voix qui appelle ne s’arrête pas aux premières oreilles atteintes, mais « circule » d’un auditeur à un autre. Ce qui définit bien là la Téqi’a, la sonnerie qui va se prolongeant sans interruption.

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Et si nous appliquons ces notions à la sonnerie de Roch haChana, nous obtiendrons l’indication suivante : la Teqi’a vient en premier lieu inviter à écouter la parole divine, à entendre les impératifs propres à ce jour. Puis la Teroua nous exhorte à déraciner tout ce qui en nous est source de mal aux yeux de D’, à nous délivrer de tout lien nuisible, de toute attache aliénant notre nature spirituelle.

La Teqi’a finale appelle enfin à nous établir sur de nouvelles fondations, à nous engager résolument dans la réalisation de la volonté divine … en d’autres termes, la première Téqi’a est l’expression d’une autorité transcendante ; la Terou’a invite à l’introspection la Téqi’a finale appelle à suivre les voies de D’.

 

Kountrass Magazine nº 6 – Elloul 5747 / Septembre 1987

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