La route vers la Tora

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Autant la ville de Modi’in est proche de « Modi’in ‘ilith », autant elle est éloignée sur le plan spirituel : fondée entre Tel Aviv et Jérusalem, sur la route 443, elle se destine à un public éloigné de la pratique – contrairement au projet de Qiryat Séfer, auquel s’est greffé celui de M. Méïr Brachfeld zal, ce Juif d’origine belge qui a rêvé de construire un quartier dans le pays et de laisser derrière lui un quartier portant son nom – et y est parvenu.

Or, que faire pour Modi’in, la ville ? Le rav Yits’haq Semiatitski se sentait particulièrement interpellé par cette question, et il s’y est mis. Avec le temps, des cours ont été organisés, une structure pour les jeunes filles, des activités… « Nous avons été amenés à constater que les jeunes de la ville ne manquaient pas d’argent, mais alors, vraiment pas ! Ils étaient en déficience totale d’écoute. Il fallait juste leur montrer que nous les aimions tels qu’ils sont pour qu’ils ouvrent leur cœur en retour… »

Quel est le rapport entre l’argent et l’écoute ? Voyons plus loin…

Voici 18 ans, quand Modi’in faisait ses premiers pas, on ne pouvait pas y trouver de grandes traces de pratique religieuse : une synagogue, un miqwé, une école toranique… Hors sujet. Toutefois, avec la venue du rav David Lau – depuis lors Grand Rabbin d’Israël –, la situation a commencé à évoluer. Il avait entendu parler d’initiatives américaines consistant à envoyer des avrékhim – des pères de famille étudiant la Tora – dans des quartiers sans pratique religieuse afin d’y éveiller cet aspect de la vie juive (c’est du reste l’un des grands pans d’action du fonds Wolfsohn, dans de nombreuses villes d’Erets Israël). Cela lui plut. Il chercha une personne capable de développer cela dans la ville où il officiait, et trouva de la sorte le rav Semiatitski, alors âgé de 44 ans. C’est ainsi que ce projet se mit en route : s’approcher des jeunes, souvent identifiés avec les franges de la société, pour les ramener à la Tora.
Les éléments étaient en place : le rav Semiatitski s’y rendait régulièrement. Il fit appel à des avrékhim de la ville voisine, Modi’in ‘ilith. Le rav Lau dégagea une partie de la synagogue sous sa présidence pour commencer les activités… mais le public de la ville se montrait vraiment très loin d’apprécier ce genre d’ingérences orthodoxes. Les journaux locaux prirent le flambeau de la lutte contre cette initiative, et il n’y eut pas de forum dans lequel elle n’était pas critiquée. La ville de Modi’in et le « missionarisme » orthodoxe qui s’y développaient étaient devenus le sujet commun à tous. « Les non-religieux ont monté contre nous une opposition sérieuse. Ils espéraient nous contrer dès le départ, quitte à verser des larmes de crocodile – tout cela, afin de nous évincer de leur ville.

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Qu’avez-vous fait ?

« C’est justement le truc : nous n’avons pas réagi. Nous savions que les media allaient tenter de noircir notre face. La seule solution : se taire, et attendre que la vague passe. Avec le temps, quand les gens ont constaté que nous ne voulions rien de mal, ni ne tentions d’avoir une influence négative, ils nous ont laissés faire. »
Voilà déjà 17 ans que le rav Semiatitski agit sur le terrain pour remplir cette mission. Il effectue le chemin Jérusalem-Modi’in depuis lors, non sans se demander, dix années durant, si tout cela en valait bien la peine. « Longtemps, j’ai vécu avec ce sentiment – à quoi bon me rendre dans une ville qui ne veut pas de moi ? Et les avrékhim qui venaient, trouvant souvent une synagogue pratiquement vide… »
La route vers la toraPourtant, voici tout juste sept ans que le changement s’est produit. Un groupe de ce genre de jeunes, bruyants, passa devant la synagogue. L’un des avrékhim se trouvait justement devant l’immeuble. Il leur proposa de rentrer boire quelque chose. Ils étaient sous le choc : « C’est quoi, ce religieux qui s’adresse à nous ? » C’était pour eux une raison de se moquer, mais les avrékhim n’ont pas perdu de temps : ils ont amené toutes sortes de gâteries. « Nous avons un peu papoté avec eux, et ils sont repartis », explique le rav. Pourtant, le lendemain, la surprise était grande : ils sont revenus, amenant même d’autres jeunes. Là, la muraille a commencé à se fendre, et ils ont trouvé chez les avrékhim non seulement une oreille attentive, mais aussi un monde entier et fascinant – celui de la Tora. Avec le temps, chaque jeune s’est vu attribuer un tuteur, qui s’occupait de lui de a à z.
« Nous cherchions à rapprocher des jeunes qui ne savaient rien, pas même Chema’ Israël, et à leur apporter des valeurs qui non seulement leur donnent un goût à la vie, mais encore restent avec eux pour le restant de leurs jours.
« Plus nous avons avancé avec eux, plus nous sommes arrivés à prendre conscience d’un point très important : ces jeunes ne manquent pas d’argent, mais énormément d’attention ! Une partie de leurs parents sont riches, mais veulent avoir la paix. Ils leurs donnent en conséquence autant d’argent qu’ils veulent, et leur souhaitent de bien profiter de la vie. Toutefois, le message qui passe est terrifiant : « Fais ce qui te chante, mais laisse-moi vivre. » Personne ne s’intéresse à ce qui leur arrive, et c’est la raison pour laquelle la délinquance est très élevée dans cette ville. »

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Qu’est-ce qui a changé depuis que vous êtes présents ?

« Nous ne leur avons rien demandé – aucun changement. Nous voulions juste les inciter à faire avec perfection et respect ce qu’ils font déjà, à leur permettre d’accéder au monde comme des gens construits, avec des valeurs, des souhaits et un projet.
« Les changements essentiels nous ont été décrits par les parents : l’effronterie qui a disparu, les enfants qui commencent à aider à la maison, qui savent dire merci pour ce qu’on leur donne, etc. Ces conduites n’existaient pas chez eux auparavant. Certains parents nous ont demandé : « Que leur avez-vous dit de plus que nous ? » Notre réponse était simple : « Outre les incidences directes des Halakhoth du respect des parents, vos enfants ont compris que nous les aimons comme ils sont. Nous n’attendons rien d’eux, ni ne voulons qu’ils deviennent ce qu’ils ne sont pas. »
« Grâce à cette conduite de notre part, des dizaines de jeunes quasi délinquants ont déjà repris le droit chemin et sont devenus la fierté de leurs parents et de leurs enseignants. Cependant, ce n’est pas tout : nous avons également mis sur pied un centre pour jeunes filles, comprenant déjà 60 étudiantes. Nous nous chargeons également, le jour venu, de les marier. « Diverses jeunes filles orthodoxes et rabbanioth viennent leur enseigner la Tora, et les préparer à un avenir clair et serein. »

Que conseillez-vous à d’autres qui veulent se lancer dans une telle œuvre ?

« De mon expérience, le message primordial doit rester de donner aux jeunes le sentiment que nous sommes là pour eux, à tout prix, quoi qu’il arrive. Même en cas de chute, même après une dégringolade. Un jeune qui constate que l’on se tourne vers lui avec humanité en fera de même, plus tard, à l’âge adulte. Par exemple, si un de « nos » jeunes se retrouve sans argent, ou coincé quelque part, il n’hésitera pas à téléphoner à son tuteur, à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit. Pourquoi ? Parce qu’il sait que sa situation compte pour nous. Il est important pour nous qu’il apprenne de ses erreurs, à prendre des responsabilités, à se donner un but positif dans la vie.
Le côté spirituel forme un élément de plus que nous tentons de leur accorder, et si nous y parvenons, c’est encore un point à ajouter à notre palmarès. » •

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