Une civilisation angoissée ?

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Le présent article a été publié voici quelques années dans Kountrass, puis dans « Ouvrons les yeux », l’ouvrage dans lequel son auteur, le rav Lionel Cohn (Yehouda Arié ben Miryam Margot), que l’Eternel lui apporte une refoua cheléma parmi les autres malades actuels du peuple d’Israël, décrivait une situation alors surprenante de l’humanité. Prémonition ? En tout cas, le présent article prend à présent toute son ampleur et toute son importance !

Une civilisation angoissée ?

Le titre de cette chronique peut apparaître indu dans un journal a pour vocation d’inviter les lecteurs à croire en une évolution l’Histoire dans une orientation positive, il semble, cependant, qu’il faille s’éveiller à penser la situation de nos contemporains, face à une société en proie à une triple crise : sociale et morale, dans une époque qui s’est débarrassée de ses repères, idéologiques comme religieux, crise économique, dont les effets sont ressentis aussi bien dans les régimes libéraux que dans les sociétés dirigistes, en particulier les dernières décennies, et enfin et surtout crise existentielle, alors que l’humanité s’interroge sur son devenir, face aux bouleversements écologistes, climatiques, dus à l’intervention de l’homme dans les cycles de la nature, c’est ce troisième aspect de l’angoisse de notre époque que l’on va essayer de comprendre, pour tenter de le réintégrer dans une perspective optimiste.

Constatons, d’emblée, les données fondamentales un célèbre biologiste américain, Paul Ehrlich, membre à plus de 80 ans du Département de Biologie d’une université de Californie, ne cesse, depuis quarante ans, de poser la question suivante : « Un effondrement de la civilisation globale peut-il être évité ? », et il explique que si, dans le passé, un effondrement a pu entraîner la disparition de civilisations marginales, actuellement, les données du problème sont différentes, du fait de sa dimension globale. « Aujourd’hui, pour la première fois, une civilisation humaine globale – la société technologique de plus en plus interconnectée dans laquelle nous sommes tous embarqués à un degré ou à un autre – est menacée d’un effondrement par un ensemble de problèmes environnementaux… » Ces problèmes sont dus, selon ce savant (dans un exposé fait à l’Ecole des Mines de Paris, le 31 janvier 2013), a une utilisation excessive des ressources naturelles et donc à la surpopulation : « Erosion rapide de la biodiversité, exploitation irraisonnée et acidification des océans, réchauffement climatique… » et bien d’autres fadeurs liés à des perturbations introduites dans l’utilisation des systèmes de production, toutes ces données contribuent à une inquiétude croissante sur le maintien de la situation actuelle.

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Selon cette vue pessimiste, « l’effondrement, c’est d’abord la faim » due au déclin des ressources agricoles, à la baisse inexorable des pêcheries, à l’accroissement de la population mondiale et donc de la consommation non durable. » Malgré un léger espoir traduit par ce même biologiste, Paul Ehrlich, d’éviter l’effondrement de la société globale, car, écrit-il, « la société moderne a montré de la capacité à traiter les menaces de long terme… », la probabilité d’éviter l’effondrement n’est que d’environ 10%, et… pour le bénéfice des générations futures cela vaut le coup de se battre pour monter cette probabilité à 11%. » Et le chroniqueur – qui a rapporté ces propos inquiétants (Le Monde du 9/2/13 – rubrique Cultures et Idées) s’interroge, pour conclure, sur le processus de cet effondrement : « La principale incertitude… tient… au fait de savoir ce qui est un « effondrement », c’est-à-dire de quelle manière les sociétés réagiront à ces changements. Appauvrissement brutal des populations ? Perte de contrôle des Etats sur leur territoire ? Incapacité à assurer les besoins de base de la population ? Généralisation de la violence ? Ou réduction graduelle et pacifique de la consommation matérielle, accompagnée d’une plus forte cohésion sociale ?» A ces questions qui nourrissent l’anxiété existentielle sur l’avenir de la planète, convient, sans aucun doute, d’apporter la réponse de la Tora, qui, évidemment, ne peut être indifférente à des problèmes cruciaux pour le devenir de la Création.

Constatons, d’abord, si nous nous référons à l’exposé magistral du rav Munk dans son livre « Vers l’harmonie », exposé consacré à une description détaillée des événements annonçant l’avènement messianique, constatons donc qu’il prévoit, lui aussi ce qu’il dénomme « un effondrement de la civilisation matérialiste technique » provoqué par « la puissance destructive terrifiante des engins de guerre » (Vers l’harmonie, p. 150). Si l’on sait aujourd’hui – soixante ans après la rédaction de ces lignes — combien la course à l’arme nucléaire inquiète nos contemporains, il est clair que ce facteur s’ajoute à l’inquiétude provoquée par la crainte d’un effondrement.

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Mais, selon la Tora, ce danger n’est pas généralisateur d’angoisse existentielle, car il annonce l’avènement d’une ère nouvelle. En effet, d’après une lecture transcendante de l’Histoire, il n’est pas question une vue vue néo-malthusianiste, pour laquelle « il y a trop de monde dans l’univers, qui, de ce fait, s’use, il faut donc limiter la population du globe « ». Selon le Judaïsme, le Tout-Puissant a créé le monde afin que les hommes puissent y vivre. Il y a textes du Talmud et du Midrach qui nous enseignent que c’est à l’homme de de parachever l’oeuvre de la Création. Cette Création, dans ces conditions, peut-elle être finie, limitée, comme l’affirment les tenants de cette thèse pessimiste ? Elle ne peut être limitée, tant qu’il y a des hommes pour en jouir.

Dans le verset de Tehilim, du chapitre 145, que l’on récite trois par jour, le Psalmiste dit : « (Tu) ouvres Ta main, et Tu donnes à chaque être vivant sa nourriture à satiété » (verset 16). Tous les commentaires sur ce verset s’accordent pour dire que ce verset énonce une vérité absolue : il y a assez de nourriture sur terre pour tous les êtres vivants. En particulier, le Maharal de Prague, dans son livre Nétsa’h Israël (chap. 13), écrit : « Puisque le Saint, béni soit-Il, a créé Tout (toute la Création), il Lui revient d’entretenir le tout (tout l’univers) d’après le principe : « Qui donne la vie, donne la nourriture » ». Il existe aussi un autre texte exprimant la même idée, dans le Birkath hamazon : « Il prépare de la nourriture pour les créatures qu’il a créées, ainsi que le dit le texte : « Tu ouvres Ta main, et Tu donnes à chaque être vivant sa nourriture à satiété » (Tehilim ibid.). »

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Et l’on pourrait citer d’autres sources rabbiniques, exprimant l’idée qu’il ne manque pas de nourriture pour alimenter l’univers. Aux questions posées plus haut sur une pénurie éventuelles des ressources naturelles, la réponse apportée se situe de la répartition des richesses, qui, elle, est totalement inégale et donc injuste. Mais ici, c’est la liberté de l’homme qui est en jeu, une liberté responsable.

Il est essentiel, cependant, pour conclure, de dépasser l’attitude inquiète pour lui subsister un regard positif et encourageant. Certes, les savants peuvent continuer à jouer le rôle de Cassandre et à annoncer toutes sortes de catastrophes, mais le Juif croyant sait qu’il y a une Providence qui dirige l’univers : l’humanité, sous peine de disparition, se doit de progresser, et pour cela, son objectif ne peut être que la spiritualité qui est, certes, un progrès dans le devenir cosmique, et c’est alors que la Providence, veillant au bien-être du monde qu’elle a créé, le transcendant retrouvera l’immanence, le miracle rencontrera le naturel, et, en conséquence à l’angoisse devant l’avenir succéderont l’espoir et le bonheur.

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