Cyberattaque sans précédent : des chaînes de télévision et de radio iraniennes ont diffusé des appels « Mort au dictateur »

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Des opposants au régime sont parvenus à pirater le satellite Badr 26E, qui constitue l’épine dorsale du système de diffusion gouvernemental iranien. Pendant une dizaine de minutes consécutives, des contenus hautement subversifs ont été diffusés sur plus de dix chaînes officielles de télévision et de radio, dont la principale chaîne d’information et la chaîne iranienne n°1. Des millions de téléspectateurs ont ainsi été exposés à des vidéos de manifestations et à des slogans contre le guide suprême Ali Khamenei.

Eli Shapira

La percée, qui a duré un laps de temps inhabituellement long d’environ dix minutes, a interrompu les programmes religieux et les journaux télévisés orientés du régime, pour présenter aux spectateurs des contenus considérés comme un « tabou » absolu en Iran. On y voyait notamment des foules marcher dans les rues de Téhéran et de Zahedan en scandant : « Mort au dictateur ». Un message direct aux soldats de l’armée est apparu à l’écran : « Soldat, tireras-tu sur ton frère ? Rejoins le peuple avant qu’il ne soit trop tard. »

Des images de Mahsa Amini et des symboles du mouvement « Femme, Vie, Liberté », devenu l’emblème de la contestation, ont également été diffusés. Sur certaines chaînes, le discours de Khamenei a même été interrompu par l’apparition d’un viseur de fusil superposé à son visage – un message brutal et particulièrement humiliant pour les dirigeants iraniens.

Le satellite Badr, exploité en coopération avec la société ArabSat, est considéré comme l’un des plus sécurisés de la région. Le fait que des opposants aient réussi à prendre le contrôle du signal pendant une période aussi longue révèle une faiblesse significative dans le dispositif de défense numérique de l’Iran.

Parallèlement à cette cyberattaque, il a été signalé que certaines restrictions sur Internet ont été levées dans les grandes villes du pays. Après des jours de « blackout » presque total, les autorités autorisent à nouveau l’accès à certains services, tout en déployant un système de filtrage plus agressif. Celui-ci permet aux Gardiens de la Révolution de surveiller le trafic de données en temps réel et d’identifier les utilisateurs qui tentent de contourner la censure.

Le rétablissement partiel d’Internet vise à soutenir l’économie iranienne en plein effondrement, dépendante du commerce numérique. Mais des sources de l’opposition mettent en garde contre un « piège au miel » destiné à démasquer les militants de la contestation.

Ces développements interviennent après une vaste vague de manifestations qui s’est affaiblie ces derniers jours, notamment en raison d’une répression d’une violence sans précédent ayant causé la mort de milliers de manifestants – selon certaines estimations, leur nombre pourrait même avoir dépassé les 5 000.

Dans le même temps, une enquête du Daily Mail a révélé des témoignages glaçants sur le sort réservé aux manifestants tombés aux mains des Gardiens de la Révolution et des forces du Basij. D’après ces révélations, nombre d’entre eux sont emmenés dans des « sites noirs » – entrepôts, sous-sols de bâtiments gouvernementaux, voire mosquées transformées en centres d’interrogatoire temporaires. Dans ces lieux, loin du regard du public et de tout contrôle judiciaire, se déploie un système rodé de sévices, surnommé de façon terrifiante : « les abattoirs du régime ».

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