Les enjeux de l’information ou de la désinformation sur Israël pour les Francophones !

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Professeur Michael Ayache
La désinformation silencieuse : quand les francophones d’Israël sont privés d’une information juste
Un vide médiatique aux conséquences lourdes
Des centaines de milliers de francophones vivent en Israël, sans compter les millions de Juifs et d’amis d’Israël dans le monde francophone. Pourtant, il n’existe aucun média francophone d’envergure, ancré en Israël, qui porte une ligne clairement sioniste, patriote et respectueuse de la tradition religieuse juive.
Ce vide n’est pas anodin : il laisse le champ libre à des rédactions parisiennes, souvent déconnectées du terrain israélien, pour façonner le regard que des centaines de milliers de francophones portent sur ce pays.
Pour les ‘olim qui ne maîtrisent pas encore parfaitement l’hébreu — c’est-à-dire une large partie des nouveaux arrivants — la seule fenêtre sur l’actualité reste la presse en français. Et cette fenêtre est loin d’être neutre.
Une couverture médiatique documentée comme déséquilibrée.
Ce n’est pas seulement un ressenti. Une étude comparative de l’Association européenne pour la démocratie locale (ALDA) sur la couverture du conflit Israël-Gaza a analysé une trentaine de sources françaises, classées de droite, centristes et de gauche. Ses conclusions sont sans détour : « Le Monde, journal de gauche modérée, publie des articles plutôt négatifs sur Israël. Marianne, une autre publication de gauche, a tendance à présenter Gaza de façon favorable », tandis que les médias situés plus à droite ont eu tendance à se montrer un peu plus favorables à la perspective israélienne (ALDA). Selon la ligne éditoriale consultée, on obtient deux réalités quasiment opposées d’un même événement — un grand écart qui désoriente le lecteur francophone d’Israël, privé du contexte sécuritaire vécu au quotidien.
Ce déséquilibre s’inscrit dans un climat plus large documenté par le rapport des Assises de lutte contre l’antisémitisme de la DILCRAH (DILCRAH) et par le baromètre de la Fondation pour l’innovation politique, qui pointent une confusion croissante entre critique légitime d’une politique et rejet de l’existence même d’Israël.
Le double discours d’une partie de l’establishment politique français
Ce déséquilibre médiatique trouve un écho au sommet de l’État. Emmanuel Macron illustre lui-même la rhétorique du « soutien de façade, critique de fond » : après avoir assuré au président israélien Isaac Herzog, dès le 24 octobre 2023, que « vous ne serez pas seuls dans cette guerre contre le terrorisme », il a ensuite qualifié la politique de Netanyahou à Gaza d’« inacceptable » et d’« une honte » sur TF1, puis suggéré en conseil des ministres que Netanyahou ne devait pas « oublier que son pays a été créé par une décision de l’ONU. »
Cette grammaire du « je soutiens Israël mais je condamne son gouvernement » n’est pas propre à un individu : elle est devenue, pour une partie de la classe politique et médiatique française, la formule qui permet de se dire ami d’Israël sans s’exposer aux accusations d’alignement avec la droite israélienne dans un establishment parisien où cette droite est mal vue. Elle a d’ailleurs fracturé jusqu’au camp présidentiel lui-même : des députés macronistes comme Sylvain Maillard ont publiquement pris leurs distances avec la ligne diplomatique de l’Élysée jugée trop critique envers Israël, tandis que d’autres ont explicitement refusé de s’aligner sur les propos du chef de l’État. Le résultat de cette gymnastique rhétorique, reprise par une partie des relais médiatiques, est un brouillage permanent : Israël y était présenté comme un allié qu’il faut sans cesse mettre en cause, jamais comme une démocratie assiégée qu’il faudrait d’abord comprendre.
Le poids d’un récit importé, déconnecté du terrain — jusqu’en Israël même
Le problème dépasse la ligne éditoriale parisienne : c’est un problème de source et, désormais, un problème qui touche aussi les médias francophones basés en Israël. Même sur place, certains organes adoptent une ligne centriste ou de gauche, proche des positions de l’opposition israélienne, qui reproduit les grilles de lecture critiques envers le gouvernement plutôt que de rendre compte de la diversité du débat sioniste et religieux. L’édition française du Times of Israel par exemple, revendique une ligne indépendante mais régulièrement critique des politiques du gouvernement en matière religieuse, sécuritaire ou territoriale.
Même i24News, chaîne pourtant fondée en Israël et souvent qualifiée de proche de Netanyahou, a fait l’objet de nombreuses critiques du gouvernement — preuve que la ligne éditoriale y est elle-même disputée en interne. Autrement dit, même depuis Jérusalem ou Tel-Aviv, le francophone qui cherche une information fidèle à la sensibilité sioniste-religieuse et patriote peine à la trouver.
Combler ce vide : une nécessité, pas un luxe
Ce constat n’est pas un appel à la propagande, mais à l’équilibre. Il manque, en français, un média qui parle depuis Israël, qui assume une ligne sioniste et respectueuse de la tradition religieuse, sans complexe ni caricature, et qui donne aux francophones les clés — sécuritaires, politiques, religieuses, sociales — pour comprendre Israël tel qu’il est vécu par ceux qui y vivent, plutôt que tel qu’il est réinterprété par un establishment parisien soucieux de sa respectabilité.
Tant que ce média n’existera pas, les francophones d’Israël continueront de recevoir leur information filtrée par des rédactions — parisiennes ou même israéliennes — qui, sciemment ou non, transforment la réalité du terrain en un récit à charge. C’est un enjeu démocratique, communautaire et, pour les élus qui représentent cette communauté à l’étranger, un enjeu de responsabilité publique.

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