Source : D. G., Kountrass 299
Le débat public en Israël s’est focalisé sur un narratif à sens unique : le monde orthodoxe (‘harédi) serait un « fardeau » économique, social et sécuritaire pour le pays. Pourtant, l’analyse factuelle des budgets de l’État, de la criminalité, du système carcéral, de l’émigration et de la fiscalité démontre une réalité inverse. Non seulement la communauté orthodoxe participe activement, mais elle finance ses propres structures et pallie quotidiennement les défaillances de l’État pour l’ensemble des citoyens israéliens.
- Fiscalité et consommation : un moteur économique invisible
L’idée selon laquelle les orthodoxes ne paient pas d’impôts est un contresens macro-économique.
- Le moteur de la TVA par la consommation : en raison d’une démographie dynamique, les familles orthodoxes consomment massivement (alimentation certifiée, vêtements, éducation, besoins du quotidien). Cette consommation de masse réinjecte en permanence des sommes colossales dans les caisses de l’État via la TVA (Taxe sur la Valeur Ajoutée), qui constitue l’une des principales recettes du budget national.
* L’émergence d’une élite entrepreneuriale : le paysage a profondément changé. Il existe aujourd’hui une classe puissante de chefs d’entreprise et d’entrepreneurs (dans le marché de l’art, de la Tech, de l’immobilier ou du commerce international) qui génèrent des chiffres d’affaires importants. Ces professionnels paient individuellement des centaines de milliers de shekels d’impôts directs (impôt sur les sociétés, impôt sur le revenu), finançant directement la défense et les infrastructures indispensables du pays.
- La réalité des chiffres : les « deux poids, deux mesures » budgétaires
Quand on pose les données budgétaires réelles de l’État sur la table, le mythe des Yechivoth qui « ruinent le pays » s’effondre. Si l’on regarde les subventions directes que l’État déploie pour financer le mode de vie, les loisirs, l’éducation et les médias du monde laïque, on dépasse les 16 milliards de shekels par an, face auxquels le budget des Yechivoth ne représente qu’une infime fraction (à peine 9 %).
- Culture et sport vs Yechivoth : l’enveloppe globale allouée aux Yechivoth et institutions religieuses (qui finance les bourses d’études des Avrékhim et le fonctionnement des institutions talmudiques) tourne autour de 1,2 à 1,7 milliard de shekels par an. En face, le ministère de la Culture et du Sport reçoit entre 2,2 et 2,5 milliards de shekels (subventions aux théâtres nationaux comme Habima ou le Cameri, aux musées, aux festivals et aux fédérations sportives). L’État dépense donc près d’un milliard de shekels de plus pour les loisirs laïques que pour l’étude de la Tora.
- Le gouffre financier des médias publics : l’État alloue chaque année environ 800 à 850 millions de shekels pour faire tourner la télévision publique (Kan) et les stations de radio laïques. Ce budget colossal est prélevé sur les impôts de tous, y compris des orthodoxes qui n’utilisent pas la télévision. À lui seul, le financement de la télévision laïque représente plus de la moitié de tout le budget des Yechivoth du pays.
- Le coût de l’Enseignement Supérieur : l’État finance les universités publiques à hauteur de plus de 13 milliards de shekels par an. Un étudiant laïque à l’université publique coûte à l’État environ 40 000 à 50 000 shekels par an en subventions. À l’inverse, un étudiant de Yechiva ne reçoit qu’une bourse moyenne de 500 à 800 shekels par mois (soit 6 000 à 9 600 shekels par an). L’État investit donc 5 fois plus pour l’éducation supérieure d’un jeune laïque que d’un jeune orthodoxe.
- Inégalités des services publics : l’exemple des infrastructures
Le monde religieux contribue pleinement au pot commun, mais reçoit une part de service public bien inférieure à ses contributions.
- Les plages séparées (‘Hof Nifrad) : alors que des centaines de millions de shekels d’argent public sont investis dans de somptueuses promenades, pistes cyclables et aménagement des plages laïques, les portions réservées au public religieux pour respecter les règles de pudeur (Tsni’outh) sont minuscules, excentrées et trop souvent délaissées ou mal entretenues par les municipalités. C’est le monde orthodoxe qui, par ses impôts, subventionne indirectement le confort des plages laïques sans pouvoir en profiter dignement.
- Logement et aménagement du territoire : les orthodoxes développent la périphérie
Un autre reproche fréquent concerne la crise du logement. Pourtant, la communauté orthodoxe est le principal moteur de la décentralisation territoriale en Israël.
Alors que la jeunesse laïque s’entasse dans le centre hyper-onéreux du pays (le Goush Dan et Tel-Aviv), faisant grimper les prix de manière artificielle, les familles orthodoxes acceptent de s’installer en périphérie et de bâtir de nouvelles villes (Elad, Beitar Illit, Modi’in Illit, Afoula, Emmanuel). En développant ces zones, le monde orthodoxe désengorge le centre du pays, valorise le territoire national et crée de la valeur immobilière là où l’État peinait à attirer les citoyens.
- Le modèle social : l’autofinancement qui sauve le pays
L’État d’Israël dispose d’un filet social minimaliste (allocations familiales très faibles, absence d’aides massives au logement pour les plus pauvres). Face à cela, la communauté orthodoxe a créé le réseau de solidarité privée le plus performant du pays, basé sur le don (Ma’asser) et le bénévolat.
- Les Guema’him (Fonds d’entraide) : des milliers de fonds privés et bénévoles prêtent de l’argent sans intérêt, distribuent de la nourriture, des médicaments et des vêtements, empêchant l’effondrement social de milliers de familles sans que l’État ne débourse un seul shekel.
- Des services d’urgence pour tous les Israéliens : les plus grandes organisations de secours du pays, qui sauvent des vies de laïques comme de religieux au quotidien, sont nées et sont gérées par le monde orthodoxe via des dons privés et le bénévolat : Yad Sarah (matériel médical), I’houd Hatzalah (premiers secours en moto), ZAKA (identification des victimes), ‘Ezer Mitzion (le plus grand registre de moelle osseuse juif au monde).
- Sécurité intérieure, criminalité et coût carcéral : où va l’argent de l’État ?
Le budget de la Police d’Israël, de la Sécurité nationale et du Service des prisons (Shabas) représente une enveloppe globale d’environ 23,5 milliards de shekels. Quand on analyse où est réellement déployé cet argent, le constat bouscule les préjugés :
- Le coût de la criminalité urbaine : l’État déploie des budgets pharaoniques pour lutter contre le grand banditisme, les réseaux de drogue, la délinquance de rue et la criminalité organisée. Ces fléaux économiques et sécuritaires se concentrent quasi exclusivement dans les milieux séculiers ou dans les zones urbaines difficiles. Les villes orthodoxes affichent un taux de délinquance violente proche de zéro, coûtant infiniment moins en police de proximité à l’État que les grandes métropoles laïques.
- Le coût du système carcéral (qui remplit les prisons ?) : le budget du Service des prisons d’Israël s’élève à environ 4,5 milliards de shekels par an, chaque détenu coûtant près de 280 000 shekels par an au contribuable. Or, les statistiques officielles montrent que le monde orthodoxe représente moins de 1 % de la population carcérale civile de droit commun. Entre 65 % et 70 % des détenus civils sont issus du secteur arabe (frappé par le crime organisé) et le reste provient presque exclusivement du monde juif séculier (laïque). Factuellement, le monde laïque et le secteur arabe absorbent la quasi-totalité du budget pénitentiaire, tandis que la communauté orthodoxe ne coûte rien sur ce plan et subventionne le système carcéral des autres.
- La manipulation des réformes médicales : sur les chiffres des exemptions militaires, 46 % des réformés viennent du monde séculier (notamment via le « Profil 21 » psychologique). L’armée sait pertinemment qu’une immense majorité d’entre eux manipule le système avec des certificats médicaux de complaisance pour éviter le service par confort personnel, ce qui nécessite ensuite des budgets publics de suivi social et de réinsertion pour ces jeunes laïques en rupture.
- Le coût post-militaire caché : les allocations d’invalidité psychologique : le coût de ce « Profil 21 » pour motif psychologique ne s’arrête pas au jour de la réforme militaire. Une part massive de ces jeunes issus du milieu séculier utilise ensuite ce statut médical comme passerelle pour réclamer une allocation d’invalidité globale auprès du Bitoua’h Leumi (Sécurité sociale). Avec des allocations oscillant entre 2 575 et 4 290 shekels par mois et par personne (selon le taux d’incapacité), ce phénomène de contournement crée une charge cumulative directe de plusieurs centaines de millions de shekels par an pour les caisses de la solidarité nationale. Pendant que le débat public s’acharne sur les bourses des Yechivoth, l’État finance en silence l’inactivité d’une partie de la jeunesse laïque en pleine santé.
- L’évolution interne : l’engagement concret sur le terrain
Le narratif laïc tente de faire croire que la communauté orthodoxe est hostile par principe à toute forme d’effort national et qu’aucun ‘Harédi ne porte l’uniforme. C’est un mensonge statistique qui occulte une jeunesse active et courageuse. Pour les jeunes qui ne s’épanouissent pas dans l’étude intensive de la Tora en Yechiva, l’enrôlement est une réalité chiffrée :
- L’engagement dans Tsahal : chaque année, entre 1 200 et 1 500 jeunes hommes orthodoxes s’enrôlent volontairement dans l’armée de manière tout à fait normale. Cela représente un contingent permanent de plus de 3 500 soldats ‘harédim en service actif.
- Les structures adaptées : ces jeunes intègrent des départements militaires strictement encadrés pour respecter leur foi, comme le célèbre bataillon d’infanterie de combat Netza’h Yehouda, les compagnies de parachutistes ‘Hetz, ou encore des programmes technologiques et d’ingénierie d’élite au sein de l’armée de l’Air et du renseignement.
- Le Service Civil (Sherout Ezra’hi) : en parallèle, environ 1 100 jeunes orthodoxes rejoignent chaque année le service national civil. Ils fournissent à l’État une main-d’œuvre vitale et gratuite au sein de la police, des services de secours (pompier, protection civile) et des hôpitaux.
Ces chiffres prouvent que lorsque l’armée et l’État garantissent des structures qui préservent l’intégrité religieuse, la pudeur (Tsni’outh) et le mode de vie de la communauté sans chercher à la laïciser de force, la jeunesse orthodoxe prend ses responsabilités et participe physiquement à la défense du pays.
- Le service militaire et la réalité globale
Le débat sur la conscription omet volontairement des pans entiers de la réalité nationale :
- Le secteur arabe israélien représente entre 2 et 3 millions de citoyens qui ne sont pas soumis à la conscription obligatoire et ne font pas l’armée, sans que cela ne suscite le même niveau d’acharnement politique au quotidien.
- Pour le monde orthodoxe, l’étude de la Tora n’est pas une fuite, c’est un bouclier spirituel historique. Penser que l’on peut démanteler ce modèle de transmission par la force est une méconnaissance totale de l’histoire et de la résilience juives.
- L’immigration négative : le véritable gouffre financier de la fuite laïque
Un autre indicateur macro-économique majeur est systématiquement passé sous silence : l’émigration définitive d’Israël (l’immigration négative ou Yerida). Les données officielles du Bureau central des statistiques montrent qu’environ 70 000 Israéliens quittent le pays chaque année, un phénomène en forte accélération qui concerne quasi exclusivement la population séculière hautement qualifiée (ingénieurs du High-Tech, médecins, universitaires).
Le système fiscal israélien étant très progressif, le départ de ces hauts revenus qui payaient le gros des impôts directs et de la TVA crée un manque à gagner colossal pour l’État, chiffré entre 4 et 5 milliards de shekels de pertes sèches chaque année. De plus, l’État perd l’immense investissement public injecté pour leur formation universitaire.
Face à cette fuite des cerveaux séculiers qui fragilise l’économie, le monde orthodoxe représente l’ancre de stabilité absolue du pays. Par conviction religieuse et attachement viscéral à la Terre sainte, la communauté orthodoxe ne quitte pas Israël, quelles que soient les difficultés économiques ou géopolitiques. Par sa démographie puissante, elle compense l’hémorragie du monde laïque et garantit, à elle seule, la pérennité et la majorité juive de l’État d’Israël pour les générations futures. Ce ne sont pas les Yechivoth qui appauvrissent l’État, c’est l’exil d’une partie de la jeunesse laïque qui lui coûte des milliards.
- Le rayonnement culturel mondial : le lien vital avec la Diaspora
Le rayonnement d’Israël dans le monde ne se limite pas à ses exportations technologiques.
- Le cœur de la légitimité juive : c’est par le maintien d’une Tora vivante et vibrante qu’Israël reste le phare spirituel de la Diaspora. Les Juifs de New York, Paris ou Londres regardent Israël comme le garant de la continuité de l’identité juive.
- Si Israël devenait un État totalement laïque, coupé de ses racines textuelles et spirituelles, il perdrait sa spécificité unique et sa raison d’être profonde aux yeux des communautés juives du monde entier, qui soutiennent économiquement, moralement et politiquement le pays depuis sa création.
Conclusion : un faux débat politique
Le conflit actuel n’est pas un débat rationnel sur l’économie ou le partage de la charge : c’est une bataille idéologique menée par une partie du monde laïc radical pour normaliser Israël, en faire un État occidental laïc comme les autres et affaiblir la place de la Tora.
Contrairement aux mouvements extrémistes religieux d’autres confessions dans le monde, le monde orthodoxe en Israël ne cherche pas à imposer son mode de vie par la force aux laïcs, ni à transformer le pays en théocratie rigide. Il cherche à préserver son mode de vie, sa foi et ses institutions. La cohabitation sur le terrain est intelligente et respectueuse dès lors qu’elle n’est pas instrumentalisée par des politiciens en quête de boucs émissaires. Rétablir les faits, c’est reconnaître que le monde orthodoxe est l’un des piliers financiers, sociaux et spirituels majeurs qui font tenir l’État d’Israël debout.



























