Une grande rectification est nécessaire à notre époque dans le domaine des relations parents enfants, comme il en ressort de mes discussions, au fil des années, avec des pères et des enfants dans le monde entier. Environ 90% des parents n’ont pas une relation adéquate avec leurs enfants.
Dans cette optique, j’œuvre depuis environ trente ans pour développer le concept essentiel du programme d’étude Avoth Oubanim (étude entre pères et fils) : dans ce cadre, pères et fils se réunissent pour étudier ensemble chaque semaine à une heure fixe. Grâce à D’, depuis lors, ce programme se développe de plus en plus dans tout le monde juif.
C’est un grand ‘Hessed du Ciel qui contribue à consolider les relations entre pères et fils, à une époque où les épreuves de la génération incitent de nombreux enfants à s’éloigner de leurs parents. J’ai rencontré de nombreux jeunes gens, parfois même des fils de rabbins et de Roch Yechivoth, qui ont fui leurs parents et se sont dégradés jusqu’à consommer des drogues et à s’adonner à d’autres activités répréhensibles.
Lorsque les enfants reçoivent et ressentent l’amour de leurs parents, ils sont moins enclins à chercher de l’affection ailleurs. Ils ne seront pas dépendants des réseaux sociaux et ne seront pas non plus tentés de suivre les agitateurs qui cherchent à pervertir leur esprit. De même, ils ne se lieront pas à de mauvaises fréquentations. Ils noueront avec leurs parents un lien durable et désireront suivre les traces de leurs ancêtres.
Il faut déployer d’importants efforts dans ce domaine aux moments où les enfants sont à la maison avec les parents, comme le Chabbath et les jours de fête, ou encore les jours de vacances. Il incombe aux parents d’exploiter ces périodes pour consolider leur relation avec les enfants, et leur inculquer avec douceur la Tora, la crainte du Ciel et les vertus.
Ce thème est lié à la Sim’hath Beth Hachoéva (fête du puisement de l’eau) célébrée au Beth Hamikdach lors de la fête de Souccoth. Pendant cette période de fête, les Bené Israël fortifiaient les liens entre générations, en se réunissant pour danser et entonner des chants et des louanges. Ils profitaient de ces moments pour prononçant des éloges sur les Tsadikim et pour dire des propos qui incitaient au repentir, comme l’indique la Guemara (Soucca 52a). L’usage était de dire : « Heureux est celui qui n’a pas fauté et celui qui a fauté se repentira et sera pardonné », ou encore des phrases qui renforçaient les jeunes gens et consolidaient leur relation avec leurs parents.
La joie lors de la Sim’hath Beth Hachoéva était particulièrement intense, car il n’y a rien de plus réjouissant que de renforcer ses liens avec ses enfants, selon l’interprétation de mon maître et rav, Rabbi Aharon de Belz, de mémoire bénie sur le verset (Chemoth 10,9) : « Nous irons jeunes gens et vieillards (…) car nous avons à fêter l’Éternel » : lorsque les jeunes gens suivent les traces des anciens, et qu’il n’y a pas de distinction entre les générations et que tous marchent ensemble pour servir Hachem, loué soit-Il, la célébration et la joie atteignent leur apogée.
Lorsqu’on voit les fils suivre la trace de leurs pères et chanter ensemble des cantiques et louanges à Hachem, les parents évitent une grande honte, comme il en ressort d’une bénédiction du prophète Yechayahou (Isaïe 29,22-23) : « Ya’akov ne sera plus mortifié, désormais son visage ne doit plus pâlir. Car, lorsque ses enfants la verront, l’œuvre des mains que J’accomplirai au milieu de lui, ils rendront hommage à Mon nom ; ils sanctifieront le Saint de Ya’akov et exalteront le D’ d’Israël. »
Cette grande allégresse se manifestait dans les paroles prononcées lors de la Sim’hath Beth Hachoéva : « Heureuse notre jeunesse qui n’a pas entraîné de la honte pour notre vieillesse » : nous nous réjouissons des enfants qui ne font pas honte, par leur comportement, à leurs ainés.
Ces propos visaient à faire l’éloge du passé et étaient également une supplique pour l’avenir. Tel était le thème de la Sim’hath Beth Hachoéva : nous ne sommes pas ingrats et nous faisons les louanges de Hachem, loué soit-Il, pour les bénédictions qu’Il nous confère, en bénissant l’année passée. Nous prions également afin que l’année à venir soit aussi bonne, ou encore meilleure. »
Cette supplique sur les enfants était dissimulée dans des cantiques de louange, comme l’explique rabbi Aharon de Belz, que son mérite nous protège : les hommes de la Grande Assemblée n’ont pas institué dans la prière du Chemona Essré une bénédiction explicite sur la réussite des enfants dans la Tora et la crainte du Ciel. En effet, comme il s’agit d’une prière essentielle, on craignait que les détracteurs ne la contestent. C’est pourquoi elle fut dissimulée sous forme d’allusion dans les termes : « D’âge en âge, nous proclamerons Tes louanges » dans la prière de Modim : il est important de se rappeler de remercier Hachem pour les bénédictions passées et de Lui adresser nos prières pour l’avenir, afin que les générations suivantes restent attachées à Hachem et continuent à Lui réciter des louanges.
Dans cette perspective, nous pouvons éclairer le sens d’un texte étrange de nos Sages (Soucca 53a) : Hillel Hazaken disait lors de la Sim’hath Beth Hachoéva : « Si je suis là, tout est là, mais dans le cas contraire, qui est présent ? » On pourrait l’interpréter comme un propos orgueilleux, alors que Hillel Hazaken était réputé pour sa grande humilité.
On raconte qu’un jour, le rav de Berditchev, de mémoire bénie, à la fin de la prière du Chemona Essré, salua un commerçant en lui disant : Chalom Alékhem. L’homme lui répondit : « Rabbi, je n’étais nulle part. » Le rabbi lui répliqua : « J’ai remarqué que, pendant la prière du Chemona Essré, tu étais absent et que ton esprit était concentré sur la foire à Danzig ou Leipzig. Tu as réfléchi à la manière dont tu pourrais réussir et trouver des stratagèmes pour tes transactions. On connaît le propos du Ba’al Chem Tov : « Là où les pensées de l’homme se trouvent, c’est comme s’il s’y trouvait entièrement. » C’est pourquoi je viens juste de te saluer. »
Dans cette optique, nous comprenons la mise en garde de Hillel Hazaken lors de la Sim’hath Beth Hachoéva : la prière adressée à Hachem pour mériter de bons enfants n’est pas suffisante et il est toujours nécessaire de déployer des efforts tangibles en ce sens, en s’assurant que les parents sont bien présents avec les enfants à la maison, et leurs pensées ne sont pas ailleurs. C’est uniquement de cette façon que l’on sera garanti qu’ils suivent la trace des ancêtres. C’est ainsi qu’il nous a enseigné à dire à la maison : « Si je suis présent, tout est là. Et si je ne suis pas là, qui est présent ?»
Les parents se doivent d’être présents à la maison avec leurs enfants, en instituant des limites et restrictions pour éviter d’être constamment occupés avec les téléphones, etc., qui détournent leur pensée ailleurs et réduisent leur présence à la maison. Ils méritent ainsi que tous suivent leur trace dans la voie du bien, dans ce monde et dans le Monde à venir.
‘Hag saméah et Chabbath Chalom !

























