Les signes d’un coup d’État silencieux

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Professeur Michael Ayache

Un coup d’État ne se fait pas toujours avec des chars dans les rues. Il peut se préparer dans des bureaux, avec des écoutes, des fuites et des formules juridiques « ambiguës ». Il ne cherche pas à prendre le pouvoir par la force : il cherche à écarter celui que le peuple a choisi. Ce qu’on entend en ce moment au tribunal de district de Jérusalem devrait alerter tous ceux qui croient à la démocratie.

Le témoin n’est ni un militant du Likoud ni un éditorialiste de droite. C’est Avichaï Mandelblit, l’ancien procureur général, l’homme qui a signé les actes d’accusation contre Benyamin Netanyahou. Ce qu’il reconnaît sous serment, jour après jour, devrait faire la une de tous les journaux.

Premier signe : une cible désignée

Jeudi, Mandelblit a confirmé l’esprit d’une phrase qui restera : « S’il ne s’agissait pas du Premier ministre, peut-être que nous n’aurions pas fait ces choses-là. » Il a reconnu qu’en juillet 2016, dans le dossier 1000, il n’existait qu’« un soupçon, pas un soupçon raisonnable », c’est-à-dire en dessous du seuil fixé par la loi pour enquêter sur n’importe quel citoyen.

Traduisons. Pour vous et moi, la loi protège. Pour le Premier ministre, elle a été mise de côté. On n’a pas cherché un crime, puis un coupable. On avait un homme, et on lui a cherché un crime.

Deuxième signe : une police hors de contrôle

Mandelblit admet qu’il n’a pas approuvé tous les actes d’enquête et qu’il a dû faire annuler une écoute qu’il n’avait jamais autorisée. Elle visait Natan Eshel, un proche du Premier ministre. Il est allé jusqu’à dire qu’il avait pensé, à un moment, que la police agissait dans son dos.

Quand des enquêteurs écoutent l’entourage d’un chef de gouvernement sans même l’accord du procureur général, ce n’est plus une enquête : c’est un pouvoir qui agit pour son propre compte.

Troisième signe : la presse aux commandes

Selon les éléments présentés au tribunal, la police avait recueilli une déposition détaillée du journaliste Ben Caspit dès avril 2016, avant même la première autorisation officielle d’examen du dossier. Le jugement de Mandelblit est accablant : « J’avais le sentiment qu’au lieu que la police enquête, c’est lui qui faisait agir la police ».

Dans une démocratie, la presse surveille le pouvoir. Ici, une partie de la presse semble avoir orienté la police contre le pouvoir élu.

Quatrième signe : la pression par les fuites

Mandelblit reconnaît avoir soupçonné des membres du parquet et de la police de fuiter des informations pour le pousser à autoriser les enquêtes. Il a qualifié de « mauvaise et inappropriée » la pression exercée sur le témoin d’État Nir Hefetz, mais il a choisi de poursuivre l’enquête plutôt que de sanctionner les responsables.

Des fuites pour faire plier le procureur, des pressions pour faire parler les témoins : ce sont les méthodes de ceux qui ont déjà décidé du verdict.

Cinquième signe : une accusation bâtie sur du sable

L’avertissement notifié au Premier ministre en 2018 a été rédigé de façon volontairement « ambiguë », « quelque part entre la corruption et l’abus de confiance », pour pouvoir enquêter plus large. Dans le dossier 4000, Mandelblit n’a pas examiné les 315 exemples de « corruption médiatique » cités dans l’acte d’accusation qu’il a lui-même porté. Il ne se souvient même pas d’avoir signé personnellement l’acte d’accusation modifié.

C’est sur cette base qu’on a paralysé un gouvernement, divisé un pays et tenté de défaire, par les tribunaux, ce que les électeurs avaient fait dans les urnes.

La vraie question

Prenons ces signes un par un : chacun peut passer pour une « erreur ». Mis ensemble, ils dessinent autre chose. Un seuil légal contourné, une police qui agit seule, des journalistes qui orientent l’enquête, des fuites pour faire pression, des témoins sous pression, une accusation floue. C’est le portrait d’un appareil qui s’est cru au-dessus du peuple.

Il n’est pas question ici d’un homme. Il est question de savoir qui gouverne Israël : les citoyens qui votent, ou une caste non élue qui se réserve le droit de choisir qui peut diriger le pays. Une démocratie où l’on peut abattre un dirigeant par une enquête lancée sous le seuil de la loi n’est plus tout à fait une démocratie.

Le 27 octobre, les Israéliens ne choisiront pas seulement un gouvernement. Ils diront si la souveraineté appartient encore au peuple.

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