À six jours de l’investiture de la 26e Knesset, aucun bloc ne dispose d’une majorité pour gouverner Israël. Gadi Eisenkot, chef de Yashar!, a fixé samedi soir quatre conditions pour toute coalition et prépare la destitution du président de la Knesset, pendant que le Likoud multiplie les appels aux élus adverses pour l’en empêcher.
Trois jours après les élections du 27 octobre, le blocage politique s’installe à six jours de l’investiture de la nouvelle Knesset, prévue le 10 novembre. Le chef de Yashar!, Gadi Eisenkot, a posé samedi soir quatre conditions pour toute coalition tout en annonçant vouloir faire destituer, dès la première séance, le président sortant de la Knesset, Amir Ohana. Le Likoud multiplie en retour les appels aux élus adverses pour empêcher cette manœuvre, dans un Parlement où ni le bloc de Benjamin Netanyahou ni celui du changement n’atteint seul la majorité de 61 sièges.
Ce blocage survient alors que la composition de la nouvelle Knesset a déjà changé de visage, avec l’entrée de figures venues des médias, de la sécurité ou de la contestation, comme l’ex-chef du Shin Bet Yoram Cohen, le général de réserve Noam Tibon ou le commentateur Yaakov Bardugo, et la sortie d’élus installés comme Vladimir Beliak ou le ministre Zeev Elkin.
Les conditions d’Eisenkot pour former un gouvernement
Dans une déclaration publiée après une rencontre avec le chef de l’opposition Yair Lapid, Gadi Eisenkot a détaillé les principes qu’il entend imposer à tout partenaire de coalition : la reconnaissance d’Israël comme État juif, démocratique, libéral et égalitaire, l’attachement aux valeurs de la Déclaration d’indépendance, un service obligatoire — militaire, national ou civil — pour tous les citoyens, et la reconnaissance du Hamas comme organisation terroriste dont les capacités militaires et gouvernementales à Gaza doivent être détruites.
« Tout député prêt à signer ces principes est un partenaire possible », a-t-il écrit, affirmant vouloir ouvrir la porte du gouvernement à tout élu qui s’y engage, au-delà de ses alliés actuels. Il a aussi promis de créer une commission d’enquête d’État, d’abroger les lois de la réforme judiciaire et d’étendre le service dans Tsahal, tout en excluant de soutenir des opérations militaires avant l’investiture, sauf en cas de menace directe et immédiate — une réserve que le site Kipa interprète comme une allusion à un possible nouvel épisode face à l’Iran.
Une Knesset sans majorité claire
Selon le dépouillement quasi complet des votes du 27 octobre, le bloc de Benjamin Netanyahou obtient 53 sièges, le camp du changement 48, et les partis arabes 19. Aucun des deux blocs n’atteint donc les 61 sièges nécessaires sans le soutien ou l’abstention de ces derniers. Les résultats officiels, incluant les bulletins sous double enveloppe, sont attendus au plus tard le 4 novembre.
Dans ce contexte, le camp Eisenkot cherche une majorité alternative auprès des partis orthodoxes, Shass et Judaïsme unifié de la Torah, pour atteindre 55 sièges sans les partis arabes. Le principal obstacle reste Avigdor Liberman, qui a promis avant le scrutin de ne jamais siéger avec les orthodoxes. Naftali Bennett partage ses réticences, tandis que Yair Golan pousse pour une coalition appuyée par les partis arabes et que Yair Lapid se montre le plus ouvert à un compromis.
Le bloc Eisenkot prépare une initiative pour destituer dès la première séance le président de la Knesset Amir Ohana, afin de prendre le contrôle de l’agenda parlementaire avant même la formation d’un gouvernement. Une décision de la Cour suprême de 2020 impose la tenue d’un tel vote sans délai dès lors que 61 députés le demandent par écrit. Orit Farkash-Hacohen, d’Yashar!, et Oded Forer, d’Israel Beytenou, sont cités comme candidats possibles, tandis que des voix de B’Yachad avancent le nom de Yair Lapid.
Le Likoud, de son côté, travaille à empêcher cette majorité de se former. Le parti conteste la légitimité de tout vote reposant sur les partis arabes et tente de convaincre des élus adverses de s’abstenir. Samedi soir, Yashar! a accusé des ministres et futurs députés du Likoud, dont Yoav Kisch, Almog Cohen et Yaakov Bardugo, d’avoir appelé ses membres pour les détourner. Le Likoud a démenti, évoquant au contraire la « panique » du camp Eisenkot face à l’échec de sa coopération avec des partis jugés proches du Hamas — une accusation portée par le Likoud et non établie. La députée Orit Strock a par ailleurs reconnu avoir appelé Tal Ohana, élue de B’Yachad, mais assuré qu’il s’agissait d’une félicitation amicale, sans motif politique.


























