Autour de la table de Chabbath, n° 564 Hayé-Sara
L’importance du Kaddish
Au début de la paracha, nous apprenons la fin de notre mère Sara et son enterrement.
C’est Avraham qui se chargera de l’acquisition d’une parcelle de terrain dans la ville de ‘Hévron/Quiriat Arba. En effet c’est là que reposent déjà Adam Harichon et sa femme. Là-bas reposeront plus tard nos saints Pères : Avraham, Yts’haq et Ya’akov avec leurs épouses. Avant d’ensevelir le corps, Avraham tiendra à acquérir en monnaie sonnante et trébuchante la grotte dans laquelle il va l’enterrer. Pour cela, il rencontre le propriétaire de l’endroit : Efron, et lui paye au total 400 pièces d’argent, somme considérable pour l’époque. L’opération s’effectuera et finalement Avraham enterrera son épouse avec tous les honneurs qui lui sont dus. Le verset indique : « Vayakam sedé Efron (…) le-Avraham » (Beréchith 23.17), c’est-à-dire que le champ d’Efron s’est « élevé » et deviendra possession d’Avraham. Rachi explique le sens de « élevé » car auparavant le champ appartenait à un simple individu (Efron) et finalement il est rentré dans la possession d’Avraham (qui avait le rang de pince). Seulement par deux fois, un peu plus loin, le verset se répète qu’Avraham a acquis le terrain. Or comme nous le savons, la Tora n’a pas d’encre en trop pour écrire des mots superflus ! Cela demande donc une explication. Le Or Ha’haim enseigne que cette redondance vient nous signifier qu’Avraham a suivi entièrement les lois d’acquisition. En effet le Rambam enseigne que lorsqu’un Ben Israël acquiert d’un gentil un bien immobilier, il y a lieu d’établir deux actes : le premier est le paiement et le suivant l’acte écrit. On s’explique. Lorsque le vendeur (gentil) reçoit l’argent de la transaction, de suite il se désistera de sa propriété. Cependant, si on s’arrête à ce stade, l’acheteur juif, par contre, n’a pas encore acquis le terrain car il manque un acte de vente. Donc, au moment où Efron reçoit l’argent, il s’est rétracté de sa propriété et le terrain sera considéré sans propriétaire (au pire, si on s’arrêtait là, une tierce personne pourrait accaparer le bien) tandis que l’acheteur (juif) ne l’acquerra que grâce à un acte écrit. Or pour Avraham, il n’y a pas eu de papier de vente mais uniquement ce qu’on appelle ‘hazaka. C’est le fait que l’acheteur va faire une action sur le terrain, comme par exemple creuser un sillon ou labourer le terrain. Ainsi le verset mentionnera par deux fois le fait que le champ est « monté » dans la propriété d’Abraham.
Une première fois il est « monté » en sortant de la propriété du gentil/Efron mais ce n’est que lorsque Abraham va enterrer Sara qu’il fera « ‘hazaka » sur le terrain. Et le Or Ha ‘Haïm poursuit que le fait d’enterrer son mort n’est pas encore suffisant pour acquérir la parcelle de terrain, car c’est profiter du terrain mais cela n’indique pas encore que l’on en soit le propriétaire. Donc certainement que lorsqu’il a préparé le tombeau de sa femme il a fait un chemin d’accès ou une amélioration quelconque du terrain pour opérer l’acquisition finale. Formidable ! Cependant le rav Feldmann zatsal pose une question sur ce commentaire du Or Ha’Haim. D’après lui, l’argent n’a pas opéré le kinian/acquisition, mais uniquement le désistement du vendeur. Or la Guemara Kidouchin (2) apprend de l’achat d’Avraham la manière dont un homme se marie avec sa femme sous la ‘Houpa. En effet, lorsque le ‘Hatan passe l’anneau de mariage à son épouse, il nous faut savoir qu’il s’agit d’un véritable KINIAN en bonne et due forme. L’homme acquiert vis-à-vis de sa femme le droit qu’elle devient dorénavant interdite à tout le monde et qu’elle lui est réservée. Or le verset dit « Un homme qui acquiert sa femme… » tandis que dans notre paracha, il est marqué : « Il (Efron) acquerra l’argent (d’Avraham)… » La Guemara apprend du fait que les deux expressions soient identiques : de la même manière qu’Avraham a acquis avec l’argent (un terrain), de la même manière l’homme pourra « acquérir » sa femme avec de l’argent, ce qu’on appelle dans le Talmud la « guezéra chava ».
Connaissant la formidable explication du Or Ha’Haïm sur notre paracha, le rav Feldmann pose une question de taille ! Voilà que pour Avraham sa véritable acquisition s’est opérée grâce à la ‘hazaka (l’action sur le terrain). L’argent a uniquement entraîné que le gentil se retire de son bien. Or, dans toute ‘Houpa il n’existe qu’un seul kinian : l’anneau que l’on passe à sa femme devant deux témoins. Donc comment la Guemara peut-elle apprendre d’Avraham et d’Efron la manière « d’acquérir » sa femme uniquement avec de l’argent (car la bague a une valeur MONÉTAIRE) sans aucun autre mode d’acquisition ? Le rav répond qu’en fait l’enseignement d’Efron est uniquement de savoir que lorsque le verset dit ki’ha/acquérir : cela se fait avec de l’argent. Cependant, la manière dont opère l’argent dans l’achat d’un terrain et celui de sa femme est différente. En effet, pour la femme l’argent opère l’acquisition elle-même, tandis que dans le terrain c’est juste un moyen de se désister de son bien. La véritable acquisition se fera grâce à la ‘hazaka ou l’acte de vente. Si nos lecteurs nous ont bien suivis, c’est formidable. Cependant on peut voir quelque chose d’intéressant, c’est que la ville de ‘Hévron, tellement contestée de nos jours, nous appartient bien. La preuve est marquée noir sur blanc : notre père Avraham l’a achetée pour 400 pièces d’argent !
LE SIPPOUR
Quand les rues de Presbourg ne ressemblent pas à celles de Paris…
Cette semaine je vous propose ce véritable sippour qui remonte à près de 160 ans en Hongrie dans la ville de Presbourg. Il s’agit d’une dame mariée de la communauté qui faisait beaucoup pour aider la Yechiva de Presbourg, on l’appellera Sara. De plus, elle joignait toujours une demande à son aide : que la direction de la Yechiva s’occupe de faire un Kaddish journalier pour les défunts de la communauté qui n’en bénéficient pas (le Kadish est la prière ne peut être dite que dans un Minian (dix personnes). Ce texte en araméen proclame la grandeur de Hachem dans le monde et il aide les âmes à monter plus haut). Tout allait bien dans le meilleur des mondes (mieux encore que ce qui se passe dans les rues de Paris où le quidam et, cette fois, pas spécialement de la communauté (comme quoi votre feuillet préféré ne fait pas dans l’égocentrisme), ne sait plus s’il se trouve sur les grands boulevards ou à Gaza la nuit avec couvre-feu imposé par les CRS / forces occupantes… et vitrines explosées ici et là… Que Hachem nous préserve et particulièrement mes lecteurs) jusqu’à ce qu’elle perde son mari. En devenant veuve, Sara avait perdu, en plus de son mari, sa source de parnassa (ses entrées financières). Elle accepta courageusement son sort. Seulement il lui restait un dernier point qui dérangeait sa conscience, c’était qu’elle n’avait plus la capacité financière d’aider la Yechiva et donc son Kaddish était remis en question. De plus ses filles étaient arrivées à l’âge du Chidoukh et elle n’avait pas le sou en poche pour les marier correctement avec des érudits en Tora. D’un pas lourd elle se rendit à la Yechiva pour rencontrer le Roch Yechiva (ndlr d’après les dates il devait s’agir du fils ou petit-fils du Gaon Ha’olam le Hatham Soffer Zhouto Yaguen Alénou) et elle lui demanda de continuer à réciter le Kadish et qu’elle allait prochainement pourvoir à son règlement. Le Roch Yechiva était impressionné par le courage de cette dame et lui promit qu’il continuerait à faire dire le Kaddish dans l’enceinte de son établissement. Sara sortit de la Yechiva avec le cœur plus léger. Toutefois, elle ne savait vraiment pas comment elle allait pourvoir aux mariages de ses filles. Elle s’arma de confiance et de foi en Hachem, le père de la veuve et de l’orphelin. Une fois dans les rues de Presbourg, alors qu’elle était soucieuse, un noble ancien avec une belle barbe blanche et de belle allure l’accosta. Il lui demanda comment il pouvait l’aider. Sara était très étonnée de cette rencontre mais le ton de l’inconnu était tellement avenant qu’elle lui ouvrit son cœur en disant qu’elle avait des filles à marier et qu’elle n’a pas le sou en poche. L’ancien lui demanda à combien elle estimait la dot. Elle indiqua son montant. L’ancien fit comme si Sara était une connaissance de vieille date : il sortit de sa veste un ordre de virement et inscrivit le montant dit. Il ajouta que la banque de la ville honorera ce document bancaire et, pour plus de sûreté, demanda à Sara de faire venir deux Ba’hourim de la Yechiva afin qu’ils se portent témoin de la signature du débiteur. Au final ces deux Ba’hourim (qui n’étaient pas jetés en prison du fait qu’ils étudiaient la Tora sous les cieux de la Hongrie, n’est-ce pas ?) furent les témoins de l’acte financier. Puis l’ancien tendit à Sara l’ordre de virement et lui dit de se rendre à la banque avec ce document. Sara était toute retournée par les événements. Elle se demandait pourquoi cet ancien qu’elle ne connaissait pas lui donnait un pareil papier. Elle rentra chez elle et, le lendemain, se rendit au guichet d’une des banques de Presbourg émettrice de ce papier officiel. Elle le tendit au guichetier de service. Dès que le secrétaire vit cet ordre de virement, une expression de grand étonnement le saisit. Il demanda à Sara d’attendre car il devait voir son responsable.
Le directeur fit appeler la veuve dans son bureau et prit en main l’ordre de virement. En scrutant la signature, le directeur devint livide et s’évanouit ! Les gardes de la banque (à Presbourg d’alors il y a un service d’ordre qui fonctionnait à merveille, pas comme ici…) saisirent Sara en la sommant de ne pas s’évader. Ils pensaient à tort qu’elle était coupable de tout le « balagane » (mot typiquement israélien qui signifie le désordre ; par les temps qui courent, il est bon de se mettre à l’hébreu). Le directeur de la banque sortit de sa torpeur et dit aux gardiens qu’elle n’y était pour rien et qu’ils pouvaient la relâcher. Le boss demanda à Sara d’où avait-elle reçu un pareil ordre de virement. Elle répondit que la veille elle avait rencontré dans les rues de Presbourg un ancien qui le lui a donné après avoir entendu toutes les misères dans lesquelles elle se trouvait.
– « Est-ce que tu peux le reconnaître ? »
– « Bien sûr ! J’avais même avec moi deux élèves de la Yechiva qui peuvent témoigner de l’identité de l’inconnu ».
Le directeur sortit de son tiroir une photo montrant un ancien. Sara dit sans aucune hésitation qu’il s’agissait de l’homme qu’elle avait rencontré la veille. Immédiatement, le directeur demanda à son secrétaire d’honorer le chèque et après lui avoir donné l’argent il lui dit avec beaucoup d’émotion : « Le vieil homme que tu as rencontré et qui t’a signé l’ordre de virement est mon père zal qui est décédé depuis fort longtemps. Hier aussi il m’est apparu en rêve en me disant avec sévérité que depuis son décès, il ne trouve pas de repos car j’ai dévié de la voie de mes ancêtres et même le Kaddish, je ne le fais pas Il me rajouta (dans le rêve) que ce n’est que grâce au mérite d’une tsadéqueth qui soutient la Yechiva et fait dire le Kaddish pour toutes les âmes, qu’il retrouve un peu de réconfort : « Le Kaddish qui est fait à la Yechiva aide mon âme. C’est pourquoi, demain lorsque cette femme viendra réclamer le paiement de cet ordre de virement, tu vas l’honorer. Aide-la de la meilleure des manières. Fin du rêve. Le matin je me suis levé et j’ai raconté à ma femme le rêve, elle m’a dit qu’il n’a aucune importance. Elle s’est même moquée de moi. J’ai donc repoussé ce rêve jusqu’à ce que tu arrives à ma banque avec l’ordre de virement signé par mon père ».
Fin de l’histoire vraie rapportée par le rav Yossef Haim Zonnenfeld zatsal, Rav de l’ancien Yichouv de Jérusalem (niftar en 1948) qui a confirmé qu’il était l’un des deux témoins avec un autre Ba’hour au nom de rav Yehouda Greenwald.
Le rav Zonnenfeld témoigne que par la suite le directeur de la banque organisa une grande Techouva et entraîna que sa femme catholique (!) fasse une guérouth en bonne et due forme (pas à la manière de Copernic) et les deux ont eu le mérite de bâtir une maison juive. Formidable !
Comme quoi, pour aider à faire Techouva, les âmes des aïeux sont prêtes à revenir sur terre !
Récit tiré du célèbre livre « L’homme sur la muraille/Ha-ich ‘al ha’homa ».
Chabbat Chalom et à la semaine prochaine, si D’ le veut.
David Gold
Tél. : 00972 55 677 87 47
E-mail : dbgo36@gmail.com
Une berakha de bonne santé à Charles Kossmann et à sa descendance dans la Tora et les Mitsvoth.
Une berakha à mon Roch Collel rav Eliahou Ulman chelita et à son épouse pour tous ses efforts dans la diffusion de la Tora à Elad au sein de son Collel (dont je fais partie).
Une berakha à Avraham-Dan Assouline et à son épouse (Strasbourg) pour le soutien au Collel du rav Ulman chelita.


























