A la guerre comme à la guerre…

0
12

Autour de la table de Chabbath, n° 516 Vaychla’h

A la guerre comme à la guerre…

Notre paracha traite dans ses débuts de la rencontre entre Ya’akov et ‘Essav. Nous le savons, Ya’akov a fondé sa famille chez son beau-père Lavan et bien que ce dernier ait tout fait pour le berner (en échangeant le jour de son mariage Ra’hel par Léa puis en modifiant une centaine de fois son salaire durant les 20 années de son labeur), malgré tout, la Providence divine protégera Ya’akov de tout dommage et il sortira vainqueur, indemne au niveau de son corps et de son âme. Seulement les épreuves de notre saint Patriarche ne s’arrêtent pas là puisqu’à son retour (en Terre sainte), il fait une très mauvaise rencontre avec son frère ‘Essav. De nombreuses années sont passées mais ‘Essav conserve une haine farouche contre Ya’akov. Pire encore, ‘Essav s’approche du campement avec 400 acolytes, prêt à exterminer le souvenir de Ya’akov sur terre. Dans cette situation tragique Ya’akov fait trois choses : la prière, l’amadouement (l’envoi de cadeaux) et enfin la guerre. Juste avant la rencontre avec le mécréant, Ya’akov divise son campement. En première position il place les servantes (Bila et Zilpa) avec leurs enfants, puis en retrait Léa (et ses fils) et enfin Ra’hel et son fils Yossef (Bynaymin n’était pas encore né). De tous ces préparatifs, nos Sages ont appris comment se comporter en cas de danger : il faut prier, amadouer et aussi se préparer à la guerre.

Et en écrivant ces lignes, cela me rappelle un fait historique qui s’est déroulé en Erets durant la dernière guerre mondiale. Lorsque l’armée de Rommel yima’h chemo s’est approché d’Israël (ils sont arrivés jusqu’en Égypte), la population juive du Yichouv était dans le plus grand des désarrois et s’apprêtait au pire (pour la petite histoire, les dirigeants sionistes avaient déjà préparé un avion au cas où…). Les Juifs orthodoxes, de leur côté, ont fait comme nos ancêtres l’ont pratiqué en faisant de grandes tefiloth dans les synagogues de Jérusalem et le reste du pays (la population juive avoisinait les 600 000). Un groupe de Tsadikim est parti sur le Mont de Oliviers pour prier sur la tombe des Rabanim et en particulier du Or Ha’Haïm. Et -si je ne m’abuse- c’est le rav Chlomké de Zvill (un grand Tsadik) qui a dit au groupe qu’il n’y avait pas à craindre car il a vu les lettres du Tétragramme (les 4 lettres du Nom Divin) s’éclairer miraculeusement depuis l’écriture de la tombe du Or Ha’Haïm. C’est le signe que Hachem protégera le Yichouv. Et effectivement les armées de Rommel rebroussèrent chemin devant l’armée anglaise à El Alamein (et j’ai aussi lu qu’un grand miracle s’est déroulé lors des combats : les armes des Allemands (pistolets/fusils, etc.) étaient brûlantes : les soldats allemands ne pouvaient pas les prendre à mains nues.) Mais revenons à nos moutons.

Le Gaon de Vilna (sur le verset du chapitre 33,2 de Beréchith) enseigne d’après un passage du Tikouné Zohar (‘Hadach 27,3) que toute la division du camp de Ya’akov est une allusion à ce qui se passera lors de l’exil de la communauté. Les fils des servantes sont en première ligne : c’est une allégorie au fait qu’à la fin des temps les chefs de la communauté feront partie du ‘Erev rav (la tourbe égyptienne – descendants des Egyptiens qui se sont agglutinés au Clall Israël lors du départ d’Égypte). Tandis que Léa et ses enfants ressemblent à toutes ces bonnes gens qui font partie de la communauté -qui ne sont pas de grands érudits- mais ils ont une certaine appréciation des Avrékhim et Bahouré Yechiva (mais sur l’échiquier politique ils sont en seconde position…). Puis en dernière place, ce sont Ra’hel, et Yossef qui symbolisent les Talmidé ‘Hakhamim. Ce sont les grands en Tora mais qui sont méprisés par le reste de la collectivité (ils sont relégués en dernier). C’est une allégorie qui décrit la situation lamentable qui existe actuellement dans la communauté : les dirigeants font partie du ‘Erev rav, tandis que les vrais Talmidé ‘Hakhamim sont conspués par le reste de la population comme parasites qui n’apportent rien à la nation. Ces paroles rapportées par le Gaon sont très intéressantes car à leurs époques reculées (le Zohar a été écrit par rabbi Chimon Bar Yo’hai il y a près de 2 000 ans et le Gaon est Niftar/décédé en 1797), les Talmidé ‘Hakhamim étaient le fer de lance de la communauté (dans toutes les familles juives l’espoir des parents étaient de voir leurs fils devenir des Talmidé ‘Hakhamim). De plus, ce commentaire nous fera réfléchir sur ce qui se passe en Erets où l’Etat fait tout pour sortir les jeunes de leurs études et touche au porte-monnaie -déjà maigre- des Avrékhim afin de leur faire changer d’occupation (s’ils ne font pas l’armée, ils n’ont pas droit à toutes sortes d’aides aux grandes familles, par exemple l’aide au paiement des crèches, etc.).

Seulement comme la Tora est grande et belle, j’ai entendu une question sur la manière dont Ya’akov a combattu ‘Essav. Comme je vous l’ai dit, Ya’akov a divisé son camp en plaçant les servantes et leurs enfants en première ligne. Or Ya’akov connaissait la volonté d’Essav d’exterminer tout ce monde. Or il existe un enseignement du Talmud (Troumoth ch. 8 Michna 12 et Tossefta Troumoth Perek 8 Michna 23) si au grand jamais des ennemis posent un ultimatum : vous nous livrez quelques personnes (et nous les abattrons) ou sinon nous exterminons toute la collectivité. La Halakha (Rambam Yessodoth HaTora 5,5) stipule que nous n’avons pas le droit de livrer une seule personne. La raison de ce refus de collaborer avec les terroristes -lo ‘alénou- c’est qu’il existe un principe : le sang de mon ami ne vaut pas moins que le mien. C’est-à-dire que dans ce cas extrême -qu’à D’ ne plaise- où on nous demande de tuer une tierce personne (innocente) ou nous serons tuées… il faudra choisir de se laisser tuer plutôt que d’attenter à son prochain. Pareillement dans le cas des terroristes, nous n’avons pas le droit de livrer des otages, même pour sauver le reste des otages (le principe est édifiant puisqu’il s’applique même si l’ennemi nous demande une seule personne contre toute la collectivité. Lorsque la personne est coupable d’un grave méfait d’après la loi du pays, les choses seront différentes).

D’après cela il faudra comprendre la démarche de Ya’akov Avinou qui a placé en premier les fils des servantes.

Cette question demande approfondissement mais je vous propose une réponse (si mes lecteurs ont une idée sur la question, qu’ils me le fassent savoir). L’interdit est de livrer à l’ennemi une personne (ou plusieurs). Or dans le cas de Ya’akov le verset (33,3) précise que Ya’akov s’est placé devant toute sa famille (devant les servantes et leurs familles). Donc il était prêt au combat. Le fait qu’il ait placé en première ligne les fils des servantes était un choix de préférence : qui d’entre tous les enfants doit être sauvé en priorité (ceux qui se trouvaient en position arrière). Or à ce sujet il existe un autre enseignement à la fin de la Michna Horayioth (pour savoir qui doit-on sauver en premier bar minan). La Michna enseigne que s’il y a un Cohen et un Israël, on préféra sauver le Cohen avant Israël car sa sainteté est plus grande (le Cohen a plus de lois à garder donc il est plus Kadoch/saint). Cependant la Michna conclut que si, par exemple, il s’agit d’un Mamzer (quelqu’un qui a le niveau le plus bas dans l’affiliation juive puisqu’il lui est interdit de se marier avec une fille d’Israël) mais par ailleurs c’est un Talmid ‘Hakham, il passera avant le Cohen gadol inculte (à l’époque du second Temple il y avait de nombreux cas de Cohen gadol ignorants). Donc lorsque Ya’akov place Yossef à la fin et en première ligne les fils des servantes, il suit cette dernière Michna qui valorise le Talmid ‘Hakham au-dessus d’Israël et des serviteurs…

A réfléchir, et je souhaite que ce ne soit jamais qu’un cas d’école.

Notre Sippour

Notre paracha parle de la rencontre entre Ya’akov et son frère ‘Essav. Comme la haine d’Essav envers son jeune frère était grande, notre Patriarche décide de séparer son camp en deux pour être sûr qu’au moins une partie de la famille restera sauve. Notre histoire illustre aussi ce point : la survie d’une famille juive authentique en opposition à l’Etat soviétique des années 30… Il s’agit de la famille Edelstein dont le père était à l’époque rav d’une ville d’URSS. C’était l’époque maudite de Staline, yimah chemo, d’avant-guerre. Dans la ville, les communistes obligeaient toute la communauté juive à placer les enfants dans des écoles de l’État. Ce qu’on appelait des skolas, où tout l’enseignement laïc visait à déraciner tout soupçon de judaïsme… Le malheur dans tout cela c’est qu’il existait beaucoup de nos frères juifs qui prêtaient main forte à cette Shoah spirituelle. Et celui qui n’envoyait pas son fils ou sa fille dans ces écoles-là se voyait exilé dans la lointaine et glaciale Sibérie ou passible d’autres sanctions pas plus sympathiques. La situation était telle que lorsque le père était encore rav de l’endroit il existait une école/’héder de 400 élèves. Et lorsque Ya’akov, le fils du rav, est arrivé à l’âge d’être envoyé à l’école, il ne restait plus que 7 élèves dans l’enceinte de l’école. C’est que la déjudaïsation battait son plein dans ces années noires, ou plutôt rouges, du paradis communiste sur terre. Et le jeune Ya’akov se souvient encore, lors de la paracha de Noa’h, les soviets sont venus dans l’école pour interdire formellement au Rebbé -instituteur- de continuer son enseignement subversif. L’année suivante le fils du rav se souvient d’avoir rencontré dans la rue un autre camarade de classe (qui faisait alors partie des 7 élèves) qui mangeait un sandwich au… jambon. La situation était tellement catastrophique que la communauté baissait complètement les bras devant le rouleau compresseur communiste. Le père de famille, le rav Edelstein, faisait tout dans son pouvoir pour insuffler un vent de courage et d’abnégation parmi les fidèles. Mais le désarroi était très grand parmi nos frères juifs. Dans ces conditions, la famille fit le maximum pour sortir des griffes de l’ours et envoyer leurs deux enfants Ya’akov et Guerchom dans des Yechivoth dignes du nom. Cependant la situation très tendue qui existait entre la Russie et la Pologne faisait qu’il était impossible d’envoyer les enfants afin qu’ils étudient dans les prestigieuses Yechivoth polonaises. La seule solution : monter à Sion. C’est que la famille Edelstein avait des proches parents déjà installés dans le nouveau Yichouv. Grâce à eux, le rav et sa famille reçurent des visas pour venir s’établir en Erets. Après de nombreuses péripéties ils prirent le bateau d’Odessa en partance pour ‘Haïfa. Le jeune Ya’akov se souvient que lors de la traversée toutes les valises étaient dans la soute, seulement le père avait gardé avec lui une petite valise où se trouvait une Guemara/Baba Kama avec laquelle le père et les enfants étudièrent tout le voyage. Arrivé dans le pays, ils furent reçus par une délégation de Rabbanim. Puis la famille s’installa successivement à Kfar ‘Hassidim, Jérusalem et Tel Aviv. Finalement en 1934 ils s’installèrent définitivement à Ramat Hacharon dans le centre du pays. L’appartement loué ne possédait aucun mobilier : ni chaises ni table et même pas de lit. Un vieux voisin américain rétrocéda ses deux vieux lits pour les parents et la grand-mère Edelstein qui les accompagnaient. La première des choses que le père fit lorsqu’il est arrivé à Ramat Hacharon c’est d’aller à la Beth Haknesset pour demander la permission de prendre deux Guemaroth afin d’étudier avec ses enfants, avant même d’avoir le mobilier. Le propriétaire de l’appartement des Edelstein possédait un verger de la ville, et donna à la nouvelle famille d’immigrants des cageots en guise de chaises et de table. Et là-dessus le chef de famille étudiait avec ses enfants la Guemara tellement importante. C’est que le rav Edelstein voulait montrer aux enfants, qu’avant tout, un Juif doit s’occuper de son âme plutôt que de son confort. Cette éducation, avec ses résultats, a porté ses fruits car le jeune Ya’akov est devenu le grand rav Ya’akov Edelstein de Ramat Hacharon, et le 2ème frère le vénérable Roch Yechiva de Poniowez à Bné Brak, le rav Guerchon Edelstein. Ces deux personnalités, décédées l’une en 2017 et l’autre en 2023, furent très importantes dans toute la communauté juive du pays. On finira, comme le dit rabbi Nahman : « Ce monde ressemble à un pont étroit : l’important c’est de ne pas avoir PEUR de le traverser. »

Veha’ikar veha’ikar…

Chabbath Chalom et  à la semaine prochaine, si D’ le veut.

David Gold

Tél : 00972 55 677 87 47

E-mail dbgo36@gmail.com

Une berakha de bonne santé et de réussite au Roch Yéchiva de Kéter Chelomo (Bené Brak), le rav Samuel chelita et à son épouse la rabnanith.

Une bénédiction à Daniel Albala et à son épouse dans l’éducation des enfants et la parnassa (Villeurbanne).

Une berakha à Israël Gold et à son épouse (Beth Chemech/Ze’h’aria) dans l’éducation des enfants et la parnassa.

Une berakha à Philippe Gold et à son épouse (Asnières) pour une bonne santé et du na’hat des enfants.

Aucun commentaire

Laisser un commentaire