
Blocus lycéens : de la colère scolaire à l’intifada des préaux ou Comment LFI et ses relais transforment la jeunesse française en masse de manœuvre au profit d’un islamisme qui avance à bas bruit.
Professeur Michael Ayache
Il y a, dans les images qui ont circulé ces dernières semaines, une scène qu’un Juif de France ne peut pas regarder comme les autres. À Beaugency, dans le Loiret, le 1er octobre, en plein blocus du lycée François-Villon, des adolescents reprennent en chœur un refrain : « À la Mohamed Merah, v-esqui’ les caméras / Bataclan, je l’ai shooté à l’œil / Chasse à l’homme, Salah Abdeslam ». Le parquet d’Orléans a ouvert une enquête pour apologie du terrorisme
Mohamed Merah. Celui qui, le 19 mars 2012, a poursuivi dans la cour de l’école Ozar Hatorah de Toulouse une fillette de huit ans pour l’abattre à bout portant, parce qu’elle était juive. Quatorze ans plus tard, son nom sert de refrain d’ambiance devant un lycée de la République. Ce n’est pas un détail : c’est un symptôme.
Il faut pourtant rester rigoureux. Une vidéo virale ne mesure pas l’ampleur d’un phénomène, et l’immense majorité des lycéens mobilisés réclament, de bonne foi, des professeurs, des surveillants, des infirmières. C’est précisément pour cela que la question mérite d’être posée froidement : non pas « que disent les images ? », mais « qui organise, qui encadre, qui récupère ? »
Une colère réelle, aussitôt captée
Le point de départ est connu. Le 17 septembre, au lendemain d’une grève des enseignants, les élèves du lycée St-Exupéry de Créteil organisent un blocus contre le manque de moyens et de personnel (franceinfo). La revendication est légitime ; le lycée a d’ailleurs obtenu un proviseur adjoint et une infirmière.
Mais le mouvement « spontané » ne le reste pas longtemps. Dès le 21 septembre, les députés LFI Louis Boyard et Clémence Guetté sont sur place ; la publication de Boyard sur X dépasse le demi-million de vues. Le message est soigneusement calibré : « Pendant qu’ils parlent d’abaya, de téléphone ou d’autorité, la jeunesse subit ». Le voile islamique à l’école est ainsi rangé, dès le premier jour, parmi les faux problèmes inventés par les « autres ». Les élèves eux-mêmes le reconnaissent : c’est la visite des députés LFI et les vidéos sur les réseaux qui ont fait « gonfler » le mouvement .
Le gouvernement a réagi sans ambiguïté. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a jugé qu’« instrumentaliser leur colère à des fins partisanes est une faute », et Matignon a qualifié le mouvement de « manœuvre organisée par La France insoumise et ses proxys de l’ultragauche », ce que Manuel Bompard a qualifié de « complotisme »
Les éléments de renseignement invoqués n’ont toutefois pas été rendus publics: il faut donc juger sur pièces.
L’USL, courroie de transmission
Les pièces, justement, mènent à l’Union syndicale lycéenne (USL). C’est elle qui, le 27 septembre, appelle au blocage de « tous les lycées de France » pour le 29 ,puis, avec l’Union étudiante, à « bloquer l’ensemble des lycées et universités » le 1er octobre, au nom de la lutte contre « la sélection sociale et raciste » En quelques jours, un mouvement local devient national, et l’USL devient l’interlocuteur obligé du ministre Édouard Geffray.
Son président, Ryad Rani, 19 ans, jure sur franceinfo que la mobilisation est faite « par les lycéens, pour les lycéens » et qu’il n’y a « pas du tout » d’instrumentalisation. Le parcours de l’intéressé invite à nuancer : stage à 14 ans auprès du député LFI David Guiraud, troisième place en mars dernier sur la liste de l’insoumis Thierry Duel aux municipales de Wattrelos, invité en août aux universités d’été de LFI. Il n’est pas encarté. Il n’en a pas besoin.
L’orientation de l’organisation n’est pas davantage un mystère. En mai 2024 déjà, l’USL appelait au blocage des lycées pour obtenir un cessez-le-feu à Gaza et la reconnaissance d’un État palestinien, tandis que Louis Boyard et Rima Hassan venaient soutenir les élèves mobilisés pour Gaza au lycée Blaise-Cendrars de Sevran. Sur sa chaîne Telegram, l’USL écrit : « En France, on interdit les lycées musulmans mais Bétharram et Stanislas restent impunis ». Une organisation lycéenne qui prend fait et cause pour les établissements confessionnels musulmans visés par l’État, au moment même où le rapport officiel sur les Frères musulmans désigne le secteur éducatif comme leur « priorité » : la coïncidence mérite au moins d’être relevée.
L’Union étudiante et le manuel du blocus
Le second étage de la fusée s’appelle l’Union étudiante, dont la porte-parole Sabrine Kharbach a accompagné Ryad Rani sur les plateaux. Les deux responsables sont intervenus aux côtés de Louis Boyard lors de l’université d’été de LFI.
L’Union étudiante a mis en ligne un véritable mode d’emploi : « Comment bloquer son lycée ou son université en 5 étapes ». On y lit qu’il faut venir à 6 h 30 pour « trouver des poubelles, barrières etc. », « filmer absolument tout et les partager », et, en cas de « répression », que se dissimuler le visage « ne peut a priori pas vous contraindre à une garde à vue », avec consigne de « garder le silence » en garde à vue (Union étudiante). Ce n’est plus du syndicalisme ; c’est une formation accélérée à l’action de rue, destinée à des mineurs.
Le résultat se lit dans les bilans officiels : 1 207 lycées perturbés ou bloqués à un moment donné, plus d’une centaine ayant subi des « dégradations sévères » ,1 747 interpellations le 2 octobre, après 1 954 la veille ; 40 proviseurs blessés selon le ministre qui ajoute que la plupart ont été confrontés à des individus qui n’étaient pas leurs élèves : le hall du lycée Mandela de Nantes détruit par un incendie ;des tirs de mortiers d’artifice dès les premiers jours.
Le drapeau, le « wallah » et le refrain
C’est dans ce cadre, construit par une gauche radicale qui fournit le lexique, le tempo et les relais médiatiques, que s’engouffrent les marqueurs identitaires. À Palaiseau, des jeunes partiellement cagoulés brandissent des drapeaux palestiniens et algériens devant un feu. Marianne rapporte un appel à venir « avec de nombreuses pierres », ponctué d’un « wlh »
À Sarcelles, selon Boulevard Voltaire, un homme en qamis s’empare du mégaphone pour rappeler aux élèves la prière du vendredi. Un jeune TikTokeur pose lui-même la question qui fâche : « Qu’est-ce que fout un drapeau de la Palestine ici ? »
Prudence de méthode : certaines de ces vidéos restent à contextualiser, et « wallah » appartient aussi au parler banal des adolescents. Mais l’accumulation dessine une grammaire. Le drapeau palestinien dans une manifestation pour des professeurs de maths n’est pas une revendication scolaire : c’est une déclaration d’appartenance. Le refrain sur Merah n’est pas une provocation adolescente parmi d’autres : c’est la banalisation du meurtre de Juifs comme culture de rue.
Les observateurs les plus avertis vont plus loin. Mohamed Louizi, ancien membre des Frères musulmans, soupçonne le collectif Génération EDR, promis à la dissolution, d’instrumentaliser la mobilisation lycéenne, et alerte sur ses passerelles avec certains Insoumis. Il décrit une méthode d’approche de la jeunesse par couches successives : humour, rap, discours victimaire sur l’« islamophobie », puis registre identitaire et religieux Ce sont là des alertes, pas des condamnations ; elles appellent une enquête, pas un procès d’intention contre tel ou tel jeune militant.
Pourquoi cela nous concerne au premier chef ?
Le rapport gouvernemental de 2025 sur les Frères musulmans l’a écrit noir sur blanc : la confrérie ne cherche pas l’affrontement frontal, elle pratique l’« entrisme », et l’école est sa cible prioritaire. La cause palestinienne y est décrite comme un levier historique de mobilisation. Or que voit-on ? Un parti, LFI, qui a fait de l’antisionisme un marqueur électoral ; des organisations de jeunesse qui reprennent son vocabulaire de la « sélection raciste » ; et, dans les interstices, des drapeaux étrangers, des références religieuses et l’éloge d’un tueur d’enfants juifs.
Nul besoin d’imaginer un chef d’orchestre secret. Le mécanisme est plus simple et plus inquiétant : l’extrême gauche fournit la structure, la légitimité syndicale et les micros ; l’islamisme fournit la ferveur, l’identité et l’ennemi désigné. Chacun croit utiliser l’autre. Entre les deux, une jeunesse de quinze ans, à qui l’on apprend que la police est l’adversaire, que la République est raciste, que le voile est une liberté et qu’Israël est le mal absolu.
Les Juifs de France et amis d’Israël, connaissent la suite de ce scénario. Nous l’avons vue dans les universités américaines après le 7 octobre, où le « globalize the intifada » est passé des campus aux synagogues. Nous l’avons vue à Toulouse, à l’Hyper Cacher. Ce qui se joue dans les préaux n’est pas une querelle sur le nombre de surveillants : c’est la formation politique d’une génération.
Ce qu’il faut exiger
Défendre la jeunesse, c’est d’abord lui rendre ce qu’elle réclame à juste titre : des professeurs, des locaux décents, une école qui instruit. C’est ensuite la protéger de ceux qui l’enrôlent.
Cela suppose :
– que les poursuites pour apologie du terrorisme, comme à Beaugency, aillent à leur terme et soient connues ;
– que les éléments de renseignement invoqués par Matignon soient, autant que possible, rendus publics, pour sortir du duel d’accusations ;
– que les responsables politiques qui encouragent des mineurs à bloquer des établissements en assument la responsabilité civique et morale ;
– que les recommandations du rapport sur l’entrisme islamiste dans l’éducation soient enfin appliquées ;
-que l’enseignement de la Shoah, du terrorisme islamiste et de l’histoire d’Israël soit défendu contre ceux qui veulent le remplacer par un récit victimaire.
La France a le droit d’avoir une jeunesse en colère. Elle n’a pas le droit de laisser cette colère devenir le terreau d’une intifada des préaux.


























