
La plainte déposée en France visant Nili Naouri-Kupfer, avocate franco-israélienne et figure associée au mouvement Israel Is Forever, marque une nouvelle étape dans la judiciarisation internationale du conflit à Gaza. Fin 2024, plusieurs associations pro-palestiniennes ont engagé des poursuites pour complicité de génocide et crimes contre l’humanité, en lien avec des actions visant à bloquer des convois d’aide humanitaire destinés à la population gazaouie.
À l’origine de la procédure figurent notamment EuroPalestine et AJPO, qui ont annoncé avoir déposé une plainte avec constitution de partie civile. Selon leur communiqué, plusieurs personnes sont visées, dont Nili Naouri-Kupfer, accusée d’avoir participé ou contribué à l’organisation d’actions entravant le passage de camions humanitaires à destination de Gaza. Ces initiatives auraient eu lieu en Israël, dans un contexte de mobilisation citoyenne hostile à l’acheminement de l’aide.
Les plaignants s’appuient notamment sur des images et des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux, dans lesquelles certaines actions de blocage seraient revendiquées publiquement. Selon les associations, ces entraves auraient été menées de manière assumée, dans un environnement sécuritaire présenté comme permissif, et s’inscriraient dans une dynamique plus large de déshumanisation des populations palestiniennes. Ces éléments constituent, selon eux, un fondement suffisant pour caractériser une possible complicité dans des crimes relevant du droit pénal international.
De son côté, Nili Naouri-Kupfer conteste vigoureusement les accusations. Elle affirme ne pas se sentir personnellement menacée par la procédure et se dit prête à faire valoir sa défense devant la justice française. Son inquiétude se situe ailleurs : elle redoute qu’une telle plainte ouvre un précédent judiciaire majeur. À ses yeux, cette démarche pourrait exposer à l’avenir de nombreux binationaux franco-israéliens, civils ou anciens soldats, ayant participé de près ou de loin à des actions liées au conflit israélo-palestinien.
Cette affaire intervient dans un climat international déjà très tendu. Les associations plaignantes rappellent que la Cour pénale internationale a récemment émis des mandats d’arrêt visant le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et son ancien ministre de la Défense Yoav Galant, pour leur responsabilité présumée dans des crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis dans la bande de Gaza. Pour EuroPalestine et l’AJPO, ces procédures doivent logiquement s’étendre aux acteurs considérés comme complices, y compris lorsqu’ils possèdent une nationalité étrangère.
Les informations relatives à cette plainte ont été relayées par de nombreux médias francophones et internationaux, ainsi que par certaines organisations de défense des droits humains, dont Ligue des droits de l’homme, qui ont évoqué le contexte juridique et politique entourant ces actions. À ce stade, il s’agit de procédures en cours ou en phase de dépôt, sans décision judiciaire sur le fond.
Sur le plan strictement juridique, le dossier soulève des questions complexes : la qualification pénale d’actes commis à l’étranger, la notion de complicité appliquée à des actions militantes, et la compétence des juridictions françaises en matière de crimes internationaux. Autant d’enjeux qui dépassent largement le cas individuel de Nili Naouri-Kupfer et pourraient peser durablement sur le traitement judiciaire des engagements politiques liés aux conflits armés contemporains.
Jérémie de Jforum.fr – Illustration : de l’eau à Gaza


























