Découvrez Moché, ce « commentateur israélien » imaginaire que le Hezbollah adore citer

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Naim Qassem a cité le « journaliste du Yedioth Moché Yaïr » dans un récent discours, reprenant une fausse source déjà largement utilisée dans les milieux pro-iraniens

Une foule de fidèles musulmans chiites regarde un discours télévisé du chef du Hezbollah, Naim Qassem, le 26 juin 2026. (Crédit : Ibrahim Amro/AFP)

Une foule de fidèles musulmans chiites regarde un discours télévisé du chef du Hezbollah, Naim Qassem, le 26 juin 2026. (Crédit : Ibrahim Amro/AFP)

S’adressant par vidéo à ses partisans ce mois-ci, Naim Qassem, chef du groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah, s’est livré à une violente diatribe contre les négociations menées depuis plusieurs mois entre le Liban et Israël en vue d’un accord permanent qui impliquerait le désarmement de son groupe, soutenu par la République islamique d’Iran.

Dans ce discours prononcé le 14 août à l’occasion du 20ᵉ anniversaire de la guerre de 2006 entre le Hezbollah et Israël, Qassem s’en est vivement pris au gouvernement libanais, lui reprochant d’avoir, selon lui, failli à son devoir de défendre le pays et cédé aux exigences israéliennes.

Même les Israéliens pensent que Beyrouth est en train de céder, a-t-il affirmé, invoquant à l’appui de ses propos l’un des journaux les plus diffusés d’Israël.

« Écoutez ce passage d’un penseur juif nommé Moché Yaïr, publié dans le journal Yedioth Ahronoth », a déclaré Qassem à ses dizaines de milliers de partisans. « Ce passage date d’après le deuxième cycle [de négociations]… ‘Heureusement pour nous [les Libanais] ont envoyé une délégation qui aime Israël et les États-Unis.’ »

Seul problème : Moché Yaïr, présenté comme journaliste et commentateur israélien, n’existe ni dans les pages du Yedioth Ahronoth ni dans aucune autre publication israélienne.

Et c’est loin d’être la première fois que cet écrivain israélien fantôme est cité dans les milieux arabophones ou pro-iraniens, où il est généralement désigné sous le nom de « Moché Meïr ».

Les premières pages de journaux israéliens, (en haut à droite) « Maariv », « Haaretz », « Israel Hayom » et (en bas) « Yedioth Ahronoth », leurs titres présentant les résultats des élections générales américaines de 2020, le 8 novembre 2020. (Crédit : Emmanuel Dunand/AFP)

Des écrits attribués à « Moché Yaïr/Meïr », décrivant des Israéliens fuyant le pays par millions ou vantant la puissance du Hezbollah, ont été cités à maintes reprises au cours de l’année écoulée par des commentateurs et des médias anti-Israël, selon un reportage de la chaîne anti-Hezbollah Al Jadeed et des recherches effectuées ensuite en ligne par le Times of Israel.

Si ces fausses attributions ont jusqu’ici surtout circulé dans certains recoins des réseaux sociaux et d’Internet, le discours de Qassem constitue sans doute l’utilisation la plus retentissante de cette supercherie à ce jour.

Rien ne permet d’affirmer que Qassem savait qu’il citait, dans un discours officiel, une phrase inventée de toutes pièces. L’épisode témoigne néanmoins d’une tendance plus générale, qui ne se limite pas au chef du Hezbollah, à recourir à des informations mensongères ou fabriquées comme outils de propagande afin d’étayer les discours servant ses intérêts et ceux d’autres groupes terroristes.

Un outil pour critiquer Israël

Des sites internet et des comptes sur les réseaux sociaux soutenant « l’Axe de la résistance » dirigé par Téhéran, dont fait partie le Hezbollah, ont à plusieurs reprises attribué des propos au prétendu journaliste israélien « Moché Meïr », cherchant ainsi à faire cautionner par une voix supposément israélienne leurs attaques contre l’État juif.

Le 4 avril, une citation du « penseur stratégique » Moché Meïr est ainsi apparue sur un compte X intitulé Al-Machhad al-Alami, qui se présente comme un média indépendant, mais diffuse régulièrement des contenus anti-Israël et anti-américains favorables au régime iranien et à l’Axe de la résistance. Ce compte ne semble avoir aucun lien avec le média Al-Mashhad, basé à Dubaï.

« Les gens [les Israéliens] fuient par millions parce que Netanyahu nous a détruits. Ce ne sont pas les missiles iraniens ni les opérations du Hezbollah qui nous ont détruits, c’est lui [Netanyahu] qui nous a détruits », affirmait la prétendue citation.

La gare de Nahariya, le 13 avril 2026. (Crédit : Yossi Aloni/Flash90)

Cette publication est venue alimenter un récit présentant Israël comme plongé dans une grave crise intérieure.

Quelques jours plus tôt, Al-Raed, un site d’information arabophone qui diffuse des contenus soutenant la République islamique d’Iran et le Hezbollah, avait publié un article citant le même prétendu Israélien. Le message était presque identique, présentant une nouvelle fois Israël comme un pays que sa population fuyait en masse.

« Les colons partent par millions, y compris l’épouse et le fils [du Premier ministre Benjamin Netanyahu], au point que la plupart des villes et des quartiers se sont vidés », affirmait la prétendue citation. « La plupart ont quitté le pays pour ne plus jamais revenir, et certains ont complètement liquidé leurs biens… Certains se dirigent vers l’Argentine afin d’y trouver un ‘État promis’. »

Al-Shiraa, un site d’information libanais sans affiliation politique claire, a également cité « Moché Meïr » dans un article du 9 août critiquant les appels au désarmement du Hezbollah. Selon cet article, même Israël reconnaissait que l’arsenal du Hezbollah constituait le seul moyen de pression dont disposait le Liban face à l’État juif.

« La seule arme dont dispose l’État libanais contre nous [Israël] est celle de la résistance, tant pour la guerre que pour les négociations », aurait écrit Meïr. « Imaginez que le gouvernement libanais inclue le Hezbollah dans sa délégation chargée de négocier à Washington. Sa position ne serait-elle pas plus forte ? »

La même citation, également attribuée à « Moché Meïr », a été publiée sur X le 31 mai 2025 par Rindala Jabbour, personnalité des médias libanais et dirigeante syndicale qui s’est prononcée en faveur du maintien de l’arsenal du Hezbollah.

« C’est l’Israélien Moché Meïr qui le dit, pas moi », a-t-elle ajouté.

Le secrétaire d’État américain Marco Rubio et d’autres personnalités assistant, assis de gauche à droite, à la signature d’un accord-cadre par l’ambassadeur d’Israël aux États-Unis, Yechiel Leiter, le conseiller Dan Holler et l’ambassadrice du Liban aux États-Unis, Nada Hamadeh, au département d’État, à Washington, le 26 juin 2026. (Crédit : Kevin Wolf/AP)

Quelques jours avant Jabbour, l’ancien ministre du Travail Mustafa Bayram, qui avait représenté le Hezbollah au gouvernement de 2021 à février 2025, avait lui aussi cité « Moché Meïr ». Cette fois, le personnage fictif servait à présenter le nouveau gouvernement libanais comme faible et l’arsenal du Hezbollah comme le seul rempart contre une prise de contrôle de l’ensemble du pays par Israël.

« Les hommes politiques et les dirigeants libanais nous rendent service par leur confusion et leurs positions contradictoires, et agissent dans l’intérêt d’Israël, consciemment ou non… surtout en ce qui concerne la question des armes du Hezbollah », avait-il déclaré en citant « Meïr ». « C’est le moment le plus propice pour que le Liban se désagrège. Personne ne pourra le défendre ni nous empêcher de l’occuper, à l’exception des armes du Hezbollah, et une fois celles-ci démantelées, il nous sera facile d’expulser tout le monde. »

Trois jours après la publication sur X du prétendu article et de sa citation, Bayram avait de nouveau partagé ces propos.

Une source possible : un faux compte X

L’origine de ces citations inventées reste incertaine. Une enquête publiée en octobre 2025 a toutefois révélé qu’un compte X, actif entre 2021 et 2025 et prétendant appartenir à un Juif d’origine yéménite, avait utilisé le nom de Yaïr ainsi que plusieurs autres identités apparemment fictives, dont beaucoup comportaient elles aussi des variantes du prénom Moché.

L’ARIJ, qui se présente comme une importante organisation à but non lucratif consacrée au journalisme d’investigation et à la vérification des faits dans le monde arabe, a établi que les publications de ce compte, rédigées exclusivement en arabe, étaient copiées à partir d’autres comptes. Les photos de profil utilisées provenaient elles aussi de comptes appartenant à d’autres personnes.

Différents noms utilisés par un faux compte X actif entre 2021 et 2025, dont « Moché Yaïr ». (Crédit : Capture d’écran/ARIJ)

Une recherche récente n’a permis de retrouver aucun compte X actif correspondant à celui décrit dans l’enquête.

Selon l’ARIJ, le compte publiait généralement des contenus pro-Israël hostiles aux Palestiniens et à « l’Axe de la résistance » soutenu par la République islamique d’Iran. Ses publications ont été reprises au fil des ans dans plus de 200 articles de médias arabes.

Parmi eux figuraient le Centre d’information palestinien, un organe de presse palestinien affilié au groupe terroriste palestinien du Hamas, ainsi qu’Arabi21, basé à Londres, qui diffuse des contenus très critiques à l’égard d’Israël et des gouvernements arabes opposés aux Frères musulmans.

Selon l’enquête, ces médias ont présenté le compte comme celui d’un journaliste israélien, donnant ainsi une apparence de crédibilité à ce personnage fictif.

À force d’être cité pendant des années, le nom pourrait ainsi avoir fini par acquérir le statut d’une prétendue voix israélienne, invoquée pour conforter le soutien au Hezbollah parmi les partisans du groupe.

Le passage de Moché Yaïr à Moché Meïr, puis de nouveau à Moché Yaïr, pourrait simplement s’expliquer par une méconnaissance des noms hébreux chez les arabophones. Ceux qui se préoccupent peu de savoir si la personne qu’ils citent existe réellement, à commencer désormais par le chef du Hezbollah, sont peu susceptibles de vérifier si son nom est correctement orthographié.

Unes de deux journaux libanais au lendemain des pourparlers directs entre Israël et le Liban, le 15 avril 2026. (Crédit : Captures d’écran)

« Il ne s’agit pas d’un internaute qui aurait partagé une information non vérifiée, mais du secrétaire général d’un groupe armé qui a mené des guerres contre Israël et infligé des ravages sans précédent à la population du Sud-Liban et à la communauté chiite libanaise », a récemment écrit la journaliste libanaise Diana Moukalled.

« Il critique un processus de négociation qui engage le sort de tout le pays, alors que les menaces israéliennes persistent. Puis il invoque un ‘témoin israélien’ pour donner du poids et de la crédibilité à sa position, alors que la source supposée comme l’article se révèlent être de pures inventions. »

« La question n’est pas ici celle du personnage fictif de ‘Moché Yaïr’, mais de ce qui se produit lorsque le récit et l’illusion prennent le pas sur les faits », a-t-elle ajouté. « Sur quels faits reposent aujourd’hui les décisions qui pourraient de nouveau mener le Liban à la guerre ? »

Si la fausse citation reprise par Qassem a suscité un large écho et de nombreuses moqueries, le Hezbollah n’a toujours publié ni explication ni réponse.

Le prédécesseur de Qassem, Hassan Nasrallah, éliminé lors d’une frappe aérienne israélienne en septembre 2024, avait lui aussi relayé de fausses affirmations dans ses discours au cours des années précédant sa mort. Celles-ci reprenaient toutefois pour l’essentiel des récits déjà largement diffusés dans les médias arabes, notamment au sujet du pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, et visaient à minimiser les atrocités commises par le groupe terroriste.

Le secrétaire-général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, lors d’un discours télévisé pendant un rassemblement marquant la journée annuelle al-Quds (Journée de Jérusalem) dans un quartier du sud de Beyrouth, le 5 avril 2024. (Crédit : Anwar Amro/AFP)

Dans un discours prononcé en novembre 2023, par exemple, Nasrallah avait cherché à attribuer aux tirs israéliens les morts du massacre, malgré les nombreuses preuves établissant que des terroristes dirigés par le Hamas avaient délibérément tué des centaines de civils.

Nasrallah s’appuyait également abondamment, dans ses discours, sur les reportages et commentaires des médias israéliens pour étayer ses affirmations sur la situation militaire, politique et sociale d’Israël.

Il n’existe toutefois aucun cas connu où il aurait tenté d’appuyer publiquement l’un de ses arguments sur des propos entièrement inventés, prétendument écrits par un journaliste israélien qui n’existait pas.

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