En Iran, le nouveau guide suprême Mojtaba Khamenei accusé d’être derrière un empire financier opaque

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Une enquête menée par « Bloomberg » révèle que le nouveau maître de Téhéran serait lié à un important réseau immobilier à l’étranger monté grâce à un intermédiaire.

Par Éva Craine
Le portrait du nouveau guide suprême iranien Mojtaba Khamenei affiché lors des funérailles des commandants du Corps des gardiens de la révolution islamique, le 11 mars 2026.

Loin d’être un « mollah » ordinaire. Le nouveau guide suprême iranien Mojtaba Khamenei, nommé le 8 mars après l’assassinat de son père au premier jour de l’offensive israélo-américaine contre l’Iran, incarne désormais l’autorité religieuse de la République islamique. Derrière ce profil discret se cache un entrepreneur richissime au bras long dans le milieu des affaires.

Une enquête de Bloomberg, publiée le 28 janvier, affirme que Mojtaba Khamenei est en effet lié à un réseau d’investissements immobiliers internationaux. Le média économique a évalué à 115 millions d’euros la valeur d’une douzaine de propriétés qu’il est soupçonné de posséder à Londres. Mais son vaste empire immobilier et hôtelier s’étend bien au-delà de la capitale britannique. Une autre investigation, réalisée par le Financial Times, évoque au moins 400 millions d’euros d’actifs immobiliers liés à Mojtaba Khamenei en Europe et en Amérique du Nord.

L’ampleur exacte de la fortune de ce religieux de 56 ans, blessé sans doute au cours de la frappe qui a tué son père le 28 février, reste toutefois difficile à établir à cause de structures opaques et de sociétés écrans.

Des sociétés écran et un intermédiaire suspect

L’enquête du média américain, s’appuyant sur des documents cadastraux et actes notariés, révèle que les millions de Mojtaba Khamenei sont surtout placés à l’étranger. Dans cet article, celui qui est connu comme « l’investisseur » de la famille Khamenei est vu comme possédant des dizaines de biens dans les rues londoniennes les plus luxueuses, ainsi qu’une villa à Dubaï, des hôtels de luxe à Francfort et aux Baléares.

Le Figaro souligne qu’aucun de ces biens ne portent pour autant le nom de Mojtaba Khamenei car le nouveau guide suprême est derrière de très nombreuses sociétés écran pour masquer la propriété de ses actifs. Pour ce faire, un intermédiaire dont le rôle est central, Ali Ansari, est vu comme un personnage clé.

Ali Ansari est présenté par Euronews comme « l’un des oligarques les plus influents d’Iran » ; il est par exemple l’un des batisseurs de l’Iran Mall, immense et incontournable centre commercial du Moyen-Orient. Son nom et celui de proches figurent aussi comme propriétaires de plusieurs actifs à l’étranger appartenant en réalité au fils Khamenei. Par exemple, Bloomberg a identifié que le Hilton Frankfurt Gravenbruch, un hôtel cinq étoiles, appartient depuis 2011 à des entités liées à un associé d’Ali Ansari.

Ali Ansari piloterait un réseau d’entreprises, à l’instar de Midas Oil Trading DMCC aux Émirats arabes unis, servant à acquérir des biens immobiliers destinés à Mojtaba Khamenei. Elles lui ont aussi « permis d’acheminer des fonds – plusieurs milliards de dollars, selon certaines sources – vers les marchés occidentaux », insiste Bloomberg.

Des fonds probablement issus du pétrole iranien

Les manigances d’Ansari et Khamenei ont, d’après les enquêtes journalistiques, fonctionné pendant une dizaine d’années. Mais le gouvernement britannique, intrigué par les propriétés de Mojtaba Khamenei à Londres, a fini par remonter la piste d’Ali Ansari, possédant la nationalité chypriote. Accusé de financer le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), l’oligarque iranien est interdit depuis 2025 de voyager au Royaume-Uni et ses avoirs sont gelés. L’intéressé nie tout lien avec les Gardiens de la révolution ou avec Mojtaba Khamenei.

Au-delà de cette architecture financière complexe, une question reste en suspens : d’où sortent tous les milliards de Mojtaba Khamenei ? Bloomberg estime que les fonds proviennent principalement de la vente du pétrole iranien, qui auraient transité par des banques en « Grande-Bretagne, en Suisse, au Liechtenstein et aux Émirats ».

Dans l’ombre, le nouveau guide suprême iranien est donc parvenu à contourner les sanctions internationales, notamment américaines, imposées depuis 2019 et ciblant principalement les exportations de pétrole du pays, son système bancaire ainsi que plusieurs entreprises liées au gouvernement et aux Gardiens de la révolution. La famille Khamenei a aussi agi en catimini pour ne pas exposer sa richesse à la population confrontée à une inflation galopante, qui atteignait 52 % en février. Mais ces révélations mettent fin à l’image de piété associée à l’ayatollah et sa famille.

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