Gaza face à une pollution incontrôlable

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À Gaza-ville, le marché de Firas illustre cette dérive. Autrefois centre névralgique du commerce local, il est aujourd’hui encerclé par des montagnes d’ordures. Les habitants décrivent un environnement saturé d’odeurs nauséabondes, infesté d’insectes et de rongeurs. Les camions de collecte, débordés, déversent quotidiennement de nouveaux déchets, faute d’alternatives viables. Selon les autorités municipales locales, plus de 100.000 tonnes de détritus se seraient déjà accumulées dans cette seule zone.

Cette situation est aggravée par l’impossibilité d’acheminer les déchets vers les sites d’enfouissement habituels, dont certains se trouvent désormais dans des zones inaccessibles. Le retour progressif des populations déplacées accentue encore la pression sur des infrastructures déjà largement détruites.

À l’échelle du territoire, le constat est alarmant. Des amas d’ordures jonchent les rues, longent les routes et s’accumulent près des abris de fortune. Les estimations internationales évoquent environ 60 millions de tonnes de débris de guerre disséminés dans Gaza, conséquence directe des combats intensifs entamés après l’attaque du 7 octobre 2023. Près de 80 % des bâtiments auraient été détruits ou gravement endommagés. Parmi ces gravats, plusieurs millions de tonnes contiendraient des matériaux dangereux : métaux lourds, plastiques brûlés, substances chimiques et résidus explosifs.

L’effondrement des infrastructures sanitaires amplifie les risques. Environ 80 % du réseau d’égouts serait hors service, laissant les eaux usées s’écouler librement dans les rues, les camps de déplacés et le sol. Chaque jour, plus de 130 000 mètres cubes d’eaux usées non traitées seraient rejetés dans la mer Méditerranée, dépassant largement les seuils de sécurité bactériologique. Les nappes phréatiques, principale source d’eau potable, sont désormais contaminées, rendant l’eau impropre à la consommation pour une grande partie de la population.

Les conséquences sur la santé se multiplient : maladies de peau, infections respiratoires, troubles digestifs et propagation de virus saisonniers. La pollution de l’air constitue un autre facteur aggravant. Avec l’effondrement du système de collecte des déchets, de nombreux habitants brûlent leurs ordures, générant fumées toxiques et particules fines. L’usage massif de générateurs électriques et la combustion de matériaux solides pour la cuisson accentuent encore les émissions polluantes.

Les décombres eux-mêmes représentent un danger immédiat. Fragilisés par les intempéries, de nombreux bâtiments menacent de s’effondrer à tout moment. Des accidents mortels ont déjà été signalés lors de collapses partiels. Par ailleurs, l’absence de tri expose les équipes de déblaiement à des munitions non explosées enfouies sous les gravats.

Malgré les efforts ponctuels des municipalités et des équipes locales appuyées par des agences internationales, l’ampleur de la tâche dépasse largement les moyens disponibles. Les projections estiment qu’il faudrait au moins sept ans pour retirer l’essentiel des débris dans des conditions optimales. La reconstruction, quant à elle, pourrait s’étaler sur plusieurs décennies, pour un coût évalué à 70 milliards de dollars.

Dans ce contexte, la population reste partagée entre l’attente, l’espoir d’une amélioration progressive et la tentation du départ, si les voies de sortie venaient à s’ouvrir.

Jérémie de Jforum.fr

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