Face à la montée des tensions entre Washington et Téhéran, un scénario alternatif à une frappe militaire directe gagne en crédibilité : celui d’un blocus imposé par les États-Unis à l’Iran. Cette hypothèse, jugée réaliste par plusieurs experts en sécurité régionale, s’inscrit dans un contexte de pression accrue mais encore maîtrisée, où l’objectif américain ne serait pas nécessairement l’escalade armée.
Selon Danny Citrinowicz, chercheur principal à l’Institut d’études de sécurité nationale (INSS), la concentration de forces navales américaines dans le Golfe ne signifie pas automatiquement une attaque cinétique contre l’Iran. Elle offre avant tout une flexibilité opérationnelle. Un blocus maritime, visant à restreindre les flux commerciaux et énergétiques iraniens, pourrait constituer un moyen de pression puissant, sans franchir le seuil d’une guerre ouverte.
Ces analyses interviennent après les déclarations du président Donald Trump, qui a confirmé l’envoi de nombreux navires américains vers la région, tout en affirmant espérer ne pas avoir à s’en servir. Cette posture ambiguë alimente les spéculations sur la stratégie réelle de Washington : démontrer sa détermination tout en laissant la porte ouverte à une désescalade.
Citrinowicz souligne qu’Israël a, jusqu’à présent, laissé aux États-Unis le rôle principal face à l’Iran, considérant qu’une action américaine serait plus efficace et légitime. Toutefois, l’objectif stratégique de Washington reste difficile à cerner, notamment en raison de signaux parfois contradictoires émanant de la Maison-Blanche. Toutes les options demeurent donc envisageables, du simple rapport de force diplomatique à des mesures coercitives plus sévères.
Dans une analyse convergente, l’ancien conseiller israélien à la sécurité nationale Eyal Hulata estime qu’une guerre régionale de grande ampleur n’est pas imminente, malgré le renforcement militaire américain. Selon lui, la pression exercée pourrait viser à contraindre les dirigeants iraniens à accepter des négociations, plutôt qu’à provoquer un affrontement direct. Dans cette optique, un blocus serait perçu comme un levier stratégique, capable d’affaiblir l’économie iranienne sans déclencher immédiatement une riposte militaire.
Un autre point central concerne la réaction potentielle de l’Iran vis-à-vis d’Israël. Pour Citrinowicz comme pour Hulata, une attaque iranienne contre l’État hébreu n’est pas automatique. Si Téhéran interprète une action américaine comme limitée ou symbolique, il pourrait choisir la retenue. En revanche, une opération perçue comme une tentative de renversement du régime pourrait pousser l’Iran à élargir le conflit, notamment en ciblant Israël afin de forcer un arrêt des hostilités.
Hulata avertit cependant qu’une telle décision serait risquée pour Téhéran. Une riposte israélienne toucherait probablement des infrastructures stratégiques et économiques majeures, infligeant des dommages durables au régime iranien. Il souligne également que, contrairement aux États-Unis, Israël pourrait user de sa puissance militaire avec moins de retenue, ce qui renforcerait l’effet dissuasif.
Dans ce climat incertain, l’Iran chercherait avant tout à gagner du temps, misant sur un épuisement de la pression américaine et un retrait progressif des forces étrangères. Côté israélien, Hulata appelle la population à faire confiance aux autorités de sécurité et au Commandement du Front intérieur, assurant que les préparatifs sont adaptés et que les décisions seront prises sans prendre de risques inutiles.
Jérémie de Jforum.fr



























