Iran, Qatar, Turquie : l’argent étranger dans nos urnes

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Professeur Michael Ayache
Lorsque le président de la Commission électorale centrale, juge à la Cour suprême, demande au Shin Bet d’enquêter sur un financement étranger du scrutin, un patriote ne demande pas d’abord quand la Knesset prêtera serment. Il demande qui a payé, combien, et pour quoi faire. C’est pourtant le réflexe qu’ont eu Gadi Eisenkot et Yaïr Golan. Leurs déclarations méritent une réponse, sereine mais ferme, au nom d’un principe simple : l’État juif ne laisse ni Téhéran, ni Doha, ni Ankara choisir ses gouvernants.
Ce qu’ils ont dit
Gadi Eisenkot, chef de Yashar, affirme qu’Israël doit « tout faire pour protéger l’intégrité des élections contre toute tentative d’ingérence » et « enquêter à fond sur chaque plainte ». Mais il ajoute aussitôt qu’il ne faut pas permettre à des acteurs politiques « d’exploiter la situation pour influer sur la date de l’investiture de la 26e Knesset » Il dit aussi être en contact avec les autorités compétentes et recevoir des mises à jour sur les soupçons d’implication étrangère
Yaïr Golan, chef des Démocrates, va plus loin. Selon lui, Benyamin Netanyahou « refuse d’accepter le verdict des électeurs » et tente de « saper les résultats par une laide campagne de délégitimation contre la volonté du public, et contre le public arabe en particulier ». Il concède que « tout soupçon réel » doit être « examiné jusqu’au bout », mais pour rappeler aussitôt que « l’implication qatarie la plus grave » s’est produite au cabinet du Premier ministre . Le même Golan appelle l’opposition à former un gouvernement avec Ra’am et la Liste commune .
Ce que révèlent les services
Ce dossier n’est pas né d’un communiqué du Likoud. Selon Walla, un mois avant le scrutin, l’appareil de sécurité craignait déjà que des sommes importantes soient acheminées par des intermédiaires liés à l’Iran, à la Turquie et au Qatar, afin de doper la participation dans la société arabe. Une équipe réunissant le renseignement militaire, le Shin Bet et le Mossad avait été constituée, et la commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset en avait débattu.
• Des « blanchisseries civiles » : des associations et institutions de la société arabe auraient servi de canaux aux fonds.
• Des canaux connus : selon Army Radio, cité par le Jerusalem Post, les circuits examinés recouperaient d’anciennes filières de financement du terrorisme et des bureaux de change.
• De l’argent liquide et des bulletins : le jour du vote, trois suspects ont été arrêtés ; des enveloppes contenant des dizaines de milliers de shekels et des bulletins de Ra’am ont été saisies. L’un d’eux serait un responsable du parti.
• Un prix par voix : des électeurs se seraient vu proposer 1 000 shekels, des bons de carburant ou d’autres avantages ; des directeurs d’école pourraient être impliqués.
Walla le précise honnêtement : il n’est pas établi que l’argent provienne effectivement de ces pays, ni qu’il ait influencé le vote, et le chiffre de plusieurs millions de shekels reste une estimation. Nous ne demandons pas de condamnation sans preuve. Nous demandons que la preuve soit cherchée, jusqu’au bout, avant que le résultat ne soit transformé en pouvoir.
Le contexte, lui, n’a rien d’anodin. L’Iran a tenté d’interférer dans ce scrutin selon le Telegraph, dont les interlocuteurs iraniens évoquent le recrutement d’agents dans les processus électoraux et le souhait de voir « un Israël divisé ». Un réseau en ligne lié à l’Iran a été identifié le jour du vote. Et au lendemain des résultats, l’ancien Premier ministre qatari Hamad ben Jassim a salué publiquement les 19 sièges arabes et « mon frère Ahmad Tibi » rentré de Doha deux jours avant le scrutin.
Réponse à Gadi Eisenkot
Le général Eisenkot a servi Israël, et nul ne lui conteste ce mérite. Mais sa priorité est mal placée. Le délai d’une semaine fixé par le juge Sohlberg découle précisément des délais légaux de recours électoral : il n’y a là aucune manœuvre, seulement le droit. Craindre un retard d’investiture plus qu’une ingérence de régimes hostiles, c’est inverser l’ordre des périls.
Il y a plus. Lorsqu’il s’agissait du « Qatargate » au cabinet du Premier ministre, Gadi Eisenkot réclamait une commission d’enquête d’État et promettait d’en faire son premier acte de gouvernement. Nous l’approuvons. Mais la même exigence doit valoir lorsque l’argent qatari est soupçonné d’avoir atteint non plus des conseillers, mais les urnes elles-mêmes. Avant le scrutin, il s’était engagé à ne pas inclure Ra’am dans un gouvernement qu’il dirigerait. Qu’il le réaffirme aujourd’hui, sans ambiguïté, tant que l’enquête n’est pas close.
Réponse à Yaïr Golan
Yaïr Golan parle de « délégitimation du public arabe ». C’est un contresens. Ce n’est pas un militant de droite qui a saisi le Shin Bet, c’est un juge de la Cour suprême, sur la base d’éléments présentés par le chef du service lui-même. Défendre la pureté du scrutin, ce n’est pas accuser plus d’un million de citoyens arabes : c’est au contraire les protéger contre ceux qui voudraient acheter leur voix ou parler à leur place, depuis Doha, Ankara ou Téhéran.
Son argument du « Qatargate » se retourne contre lui. Si l’influence qatarie est une trahison au cabinet du Premier ministre, elle l’est tout autant dans les bureaux de vote. On ne peut pas dénoncer l’une et minimiser l’autre. Et l’on ne peut pas, la même semaine, appeler à gouverner avec les partis dont le Shin Bet examine l’environnement financier.
Ce qu’exige un Israël souverain
Israël est l’État national du peuple juif. Cette vérité fondatrice n’exclut aucun citoyen loyal ; elle interdit seulement que les ennemis déclarés de l’État façonnent sa représentation nationale.
Cinq exigences s’imposent :
• L’enquête d’abord : aucun accord de coalition dépendant des listes concernées avant la remise et la publication, autant que la sécurité le permet, des conclusions du Shin Bet.
• La traçabilité totale : audit public des associations de mobilisation électorale, arabes comme juives, et interdiction absolue de tout financement venu d’États ou d’entités hostiles.
• Des sanctions réelles : poursuites pénales contre tout achat de voix, et inéligibilité pour tout élu dont la complicité serait prouvée.
• Une loi nouvelle : qualifier l’ingérence électorale d’un État ennemi d’atteinte à la sécurité nationale.
• La même rigueur pour tous : Qatargate et argent étranger dans les urnes doivent être traités avec la même fermeté, quel que soit le camp concerné.
Le peuple juif a reconstruit son État pour ne plus jamais dépendre de la volonté des autres. *Cette indépendance se défend sur les champs de bataille, mais aussi dans l’isoloir. Ceux qui, à gauche comme au centre, s’inquiètent davantage du calendrier parlementaire que de l’argent iranien, qatari ou turc se trompent de combat. Les urnes d’Israël ne sont pas à vendre. Elles appartiennent au peuple d’Israël, et à lui seul.

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