Le chercheur, expert en histoire contemporaine, attendu à Jérusalem pour une conférence, paie ses prises de position critiques sur la politique israélienne depuis le 7 octobre
Malgré une autorisation d’entrée en règle, l’historien français Vincent Lemire (notre photo) s’est vu refuser l’accès au territoire israélien ces derniers jours. Spécialiste reconnu de l’histoire de Jérusalem, ancien chercheur du CNRS en poste dans la ville, il devait intervenir lors d’une conférence organisée avec l’Institut français. Quatre jours avant son départ, son visa a été annulé. Selon plusieurs sources françaises, un responsable israélien aurait évoqué, de manière informelle, le caractère « antisioniste » du chercheur pour justifier cette décision. De son côté, l’Autorité israélienne de la population a indiqué que le refus d’entrée faisait suite à une recommandation de la police, laquelle n’a pas encore réagi, pas plus que le ministère des Affaires étrangères
Cette affaire intervient dans un contexte particulier : depuis l’attaque du Hamas du 7 octobre et la guerre à Gaza, Vincent Lemire a multiplié les prises de parole très critiques à l’égard d’Israël, dans des tribunes, interviews et débats académiques publiés en France et à l’étranger.
Parmi ces prises de position figure sa participation à des débats publics sur l’usage du terme « génocide » pour qualifier la situation à Gaza. En mai 2025, dans un entretien accordé au Nouvel Obs aux côtés de la juriste Mathilde Philip-Gay, Lemire a pris part à une réflexion intitulée « Peut-on parler d’un génocide ? », analysant les critères juridiques et historiques de cette qualification. Dans ce cadre, il n’a pas affirmé de manière univoque qu’Israël commettait juridiquement un génocide au sens strict du droit international, mais a reconnu que cette qualification faisait désormais l’objet d’un débat sérieux, porté par des ONG, des juristes et certains intellectuels, y compris israéliens.
Dans une tribune publiée ultérieurement dans Le Monde, co-signée avec l’historien Élie Barnavi, Lemire évoquait également l’ampleur de la catastrophe humanitaire à Gaza, rappelant que des acteurs de la société civile qualifiaient les actes en cours de « génocidaires », tout en appelant à une réaction politique internationale et demandant à Emmanuel Macron d’imposer des sanctions à l’Etat hébreu.
Ces positions, exprimées dans un cadre académique et médiatique, ont été perçues en Israël comme participant à une délégitimation du pays, dans un climat déjà marqué par une forte sensibilité autour des accusations portées contre l’État hébreu sur la scène internationale.
Réagissant au refus d’entrée, Vincent Lemire a déclaré n’avoir jamais appelé au boycott d’Israël ni rompu ses liens académiques avec le pays. « Je n’ai jamais boycotté Israël. C’est Israël qui me boycotte », a-t-il affirmé, dénonçant une décision destinée, selon lui, à encourager l’autocensure parmi les chercheurs et intellectuels étrangers travaillant sur le conflit israélo-palestinien.

























