Le ministre de la Défense a réagi au discours du président turc dans le contexte de la frappe sur la base d’Abou Douhour et du différend concernant la présence turque en Syrie : « Erdogan entraîne la Turquie dans des aventures dangereuses. »
JDN
Le ministre de la Défense, Israël Katz, a adressé aujourd’hui (jeudi) un avertissement direct au président turc Recep Tayyip Erdogan, sur fond d’aggravation de la confrontation entre Jérusalem et Ankara autour de la tentative turque d’étendre son influence militaire en Syrie et de la frappe israélienne sur la base aérienne d’Abou Douhour.
« Erdogan entraîne la Turquie dans des aventures dangereuses en Syrie », a déclaré Katz. « Israël ne permettra à aucun acteur de menacer sa sécurité. Il vaut mieux pour Erdogan qu’il continue à prononcer des discours creux et fantaisistes contre Israël au Parlement turc, plutôt que de mettre à l’épreuve la détermination d’Israël à se défendre. »
Le message du ministre de la Défense constitue un maillon supplémentaire dans l’échange de déclarations véhémentes entre Israël et la Turquie depuis la frappe menée mardi aux premières heures de la matinée sur la base d’Abou Douhour, dans le nord-ouest de la Syrie, à environ 70 kilomètres de la frontière turque. Selon les rapports, au moins huit bombes ont été larguées sur les pistes d’atterrissage et les hangars de la base, qui est en cours de réhabilitation. Les pistes ont été endommagées, mais aucune victime n’a été signalée.
Des sources israéliennes et américaines ont indiqué que l’objectif de la frappe était d’empêcher un enracinement militaire turc sur le site. En Israël, on craint que le déploiement de troupes, d’aéronefs, de radars ou de systèmes de défense aérienne turcs sur les bases syriennes ne réduise la liberté d’action de l’armée de l’air et ne crée une nouvelle menace sécuritaire sur le front nord.
L’inquiétude israélienne s’est accentuée après qu’une délégation militaire turque a visité la base peu de temps avant la frappe. La Turquie aide le gouvernement du président syrien Ahmed al-Charaa à reconstruire les institutions de l’État et de l’armée, et elle est considérée comme la principale influence extérieure sur le nouveau pouvoir à Damas.
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a clarifié après la frappe qu’Israël avait averti la Syrie de ne pas autoriser une présence militaire turque sur place. « Nous ne tolérerons pas un enracinement militaire turc en Syrie qui menace Israël », a-t-il déclaré. Dans une autre vidéo publiée par ses soins, Netanyahu a précisé : « Notre message était très clair : ne le faites pas. Je suppose qu’ils n’ont pas vraiment compris le message. »
Le bureau du Premier ministre a indiqué qu’Israël et la Syrie étaient parvenus à des ententes sur le maintien du statu quo sécuritaire, mais que Damas s’apprêtait, selon Israël, à le violer en permettant le déploiement de forces turques sur la base. À Jérusalem, on a souligné qu’Israël saluerait un retour au statu quo, mais n’accepterait aucun changement qui menacerait sa sécurité.
En revanche, le bureau du président turc a rejeté les affirmations israéliennes, les qualifiant de « pas sérieuses ». Dans un communiqué publié par Ankara, il est soutenu qu’Israël tente de les utiliser pour justifier ses frappes en Syrie, et que ces propos découlent de la volonté de Netanyahu de poursuivre ce que les Turcs ont qualifié de « politique expansionniste et déstabilisatrice ».
La Turquie a déclaré qu’elle continuerait à coopérer avec le gouvernement syrien dans les domaines de la sécurité et de la reconstruction, affirmant que ses activités se déroulaient de manière légitime et avec l’accord du pouvoir à Damas. Ankara a ainsi précisé qu’elle n’avait pas l’intention de se retirer de son engagement dans le pays, bien qu’Israël ait fixé une ligne rouge claire contre une implantation militaire turque susceptible de la mettre en danger.
Le ministre syrien des Affaires étrangères, Asaad al-Chibani, a également rejeté la version israélienne. Dans une interview accordée au journaliste Barak Ravid, il a affirmé que Damas avait précisé à l’avance qu’aucune présence turque permanente n’était prévue sur la base. Selon lui, les travaux sur place visaient à réhabiliter des installations endommagées pendant la guerre, en vue d’une utilisation future par l’armée de l’air syrienne.
Al-Chibani a confirmé que des officiers turcs avaient visité Abou Douhour, mais a soutenu que la visite s’inscrivait dans le cadre d’une coopération en matière de formation et d’expertise. Il a ajouté que la base était en grande partie vide, n’avait pas encore été aménagée pour une activité complète et qu’aucun renforcement militaire turc ne s’y déroulait qui pût justifier, selon lui, la frappe.
En toile de fond, il a été révélé que le chef du Mossad, Roman Gofman, s’était entretenu avec Al-Chibani quatre jours avant la frappe. Selon un rapport de Reuters, tous deux ont discuté de la présence militaire turque en Syrie, de la fourniture d’armements et de l’assistance apportée par Ankara à l’armée syrienne. Cet entretien témoigne du fait que l’inquiétude israélienne a été transmise à Damas à un haut niveau avant même qu’Israël ne décide d’agir.
L’affrontement se déroule également face à l’administration Trump, qui tente d’éviter une détérioration entre trois de ses partenaires dans la région. L’envoyé spécial du président américain pour la Syrie et ambassadeur des États-Unis en Turquie, Tom Barrack, a émis une critique inhabituelle à l’encontre de la frappe, la qualifiant d’« escalade inutile qui ne favorise pas la stabilité régionale ». Il a appelé toutes les parties à privilégier le dialogue et la retenue plutôt que de nouvelles actions militaires.
Le président Donald Trump a lui-même déclaré avoir reçu un briefing sur la frappe, mais s’est abstenu de critiquer Israël et n’a pas précisé s’il avait été informé avant l’opération ou seulement après. Parallèlement, les États-Unis s’emploient à promouvoir un mécanisme de coordination et de prévention des frictions entre Israël, la Turquie et la Syrie, afin d’éviter une situation où une frappe israélienne toucherait des forces turques et déclencherait une confrontation directe.
La tension actuelle dépasse donc le simple différend ponctuel sur la base d’Abou Douhour. Elle reflète une lutte plus large sur le visage futur de la Syrie : la Turquie cherche à aider à la reconstruction de l’armée syrienne et à approfondir son influence dans le pays, tandis qu’Israël est déterminé à empêcher la création d’infrastructures militaires qui limiteraient sa liberté d’action ou positionneraient une force turque à proximité des zones sensibles du Nord.
L’avertissement direct de Katz à Erdogan montre clairement que, pour Israël, la présence turque en Syrie n’est plus un simple litige politique, mais une question de sécurité susceptible de conduire à de nouvelles actions militaires si Ankara et Damas franchissent les lignes rouges fixées par Jérusalem.



























