Le couronnement non officiel de Reza Pahlavi

0
42

Munich a servi de caisse de résonance à une séquence rare dans l’histoire récente de l’opposition iranienne. Le samedi 14 février, Reza Pahlavi, fils du dernier shah, a appelé à une « Journée mondiale d’action ». La réponse, surtout dans la diaspora, a pris une ampleur inédite : des rassemblements ont eu lieu sur plusieurs continents, avec des points culminants à Munich, Toronto et Los Angeles, sans compter des dizaines d’autres villes.

En Allemagne, la police a confirmé une affluence d’environ 250 000 personnes, tandis que les organisateurs ont avancé un chiffre proche de 300 000. À Toronto, les estimations policières ont atteint 350 000 participants, et d’autres marches ont été signalées, notamment à Vancouver. À Los Angeles, la princesse Noor Pahlavi a pris la parole devant une foule qui se voulait autant politique que mémorielle, insistant sur l’idée d’une identité nationale « retrouvée ». Dans l’ensemble, les organisateurs et plusieurs observateurs ont évoqué un total mondial pouvant approcher le million de participants, même si ces agrégations restent par nature difficiles à vérifier.

Au-delà des chiffres, le récit de cette journée insiste sur la mécanique de la mobilisation : bus affrétés depuis plusieurs pays européens, collectes de solidarité pour financer le déplacement d’étudiants ou de personnes en difficulté, groupes se reconnaissant « spontanément » lors des haltes sur les autoroutes. À l’arrivée, un symbole dominait : le drapeau au lion et au soleil, étendard pré-révolutionnaire devenu, pour une partie des opposants, l’emblème d’une rupture avec la République islamique.

Les slogans entendus à Munich — « Javid Shah » (« Vive le shah ») et « Payandeh Iran » (« Vive l’Iran ») — donnent la mesure de la charge émotionnelle. Pour certains manifestants, la journée a pris la forme d’un « couronnement officieux » de Reza Pahlavi : non pas une investiture institutionnelle, mais la démonstration qu’un nom peut encore fédérer, au moins dans la diaspora, une colère dispersée. L’intéressé, lui, refuse l’étiquette de prétendant au trône. Interrogé en marge de la Conférence de Munich sur la sécurité, il a répété sa ligne : servir de passerelle vers une transition, puis un référendum permettant aux Iraniens de choisir leur système politique.

Cette mise en scène internationale s’inscrit dans un contexte intérieur explosif. Depuis fin décembre 2025, l’Iran connaît une vague de protestations et une répression décrite comme particulièrement meurtrière par des ONG et des organisations de défense des droits humains. Les bilans varient, mais un chiffre revient souvent dans les rapports publiés à l’étranger : plus de 7 000 morts, ainsi que des dizaines de milliers d’arrestations, sur fond de coupures, de contrôles et de pressions sur les soignants. Dans ce climat, la diaspora cherche à peser : relayer des visages, porter des photos de victimes, amplifier des mots d’ordre, et convaincre les opinions publiques occidentales de durcir le ton face à Téhéran.

Reste la question centrale : l’enthousiasme de Munich peut-il se traduire en stratégie commune ? La journée du 14 février a montré une capacité de mobilisation et un besoin de symbole. Elle n’a pas, à elle seule, réglé l’équation politique d’une opposition plurielle — mais elle a placé Reza Pahlavi, qu’on le souhaite ou non, au cœur d’un moment de synchronisation rare.

Jforum.fr

Aucun commentaire

Laisser un commentaire