Au lieu d’étouffer l’économie iranienne, la guerre a paradoxalement redonné de l’air à Téhéran. Porté par la flambée des cours mondiaux et par le maintien de ses exportations, le régime tire aujourd’hui davantage de revenus du pétrole qu’avant le conflit. Le choc est d’autant plus fort que cette hausse survient au moment même où la confrontation militaire s’intensifie et où Washington promet de frapper plus durement les infrastructures énergétiques iraniennes si aucun accord n’est trouvé rapidement.
Cette manne pétrolière repose largement sur la Chine. Pékin absorbe l’essentiel du brut iranien, directement ou via des circuits de raffinage et de réétiquetage déjà connus des marchés asiatiques. Des raffineries indépendantes chinoises ont continué à acheter du pétrole iranien, même si la flambée des cours réduit désormais la remise dont elles bénéficiaient jusque-là. En parallèle, une décision américaine récente a encore compliqué la lecture du rapport de force : une dérogation temporaire a autorisé le déchargement de cargaisons iraniennes déjà en mer, ouvrant une brèche dans l’édifice des sanctions au nom de la sécurité énergétique. Là encore, la logique de guerre se heurte à la réalité du marché mondial.
Le détroit d’Ormuz reste le nœud de cette équation. Avant les perturbations récentes, près d’un cinquième des flux mondiaux de pétrole et de gaz y transitaient. La fermeture partielle ou le contrôle renforcé de cette voie maritime ont fait bondir les prix et désorganisé l’approvisionnement asiatique, tout en donnant à l’Iran un levier stratégique supplémentaire. Les monarchies du Golfe tentent bien de détourner une partie de leurs exportations, mais les capacités alternatives restent insuffisantes pour compenser totalement une crise prolongée. Le marché a donc intégré un risque durable, et ce risque nourrit directement les revenus iraniens.
Dans ce contexte, Donald Trump a de nouveau menacé lundi de détruire les installations pétrolières iraniennes si Téhéran ne rouvre pas Ormuz et n’accepte pas un accord. Mais cette fermeté affichée intervient alors que le régime profite déjà d’une rente dopée par la guerre. Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi a d’ailleurs averti que le pétrole pourrait dépasser 200 dollars si l’escalade se poursuivait. Derrière la bataille militaire, une autre réalité s’impose donc : chaque jour de tension supplémentaire enrichit potentiellement l’adversaire que l’on prétend affaiblir.
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