Le Premier ministre a adressé ce matin une demande de grâce au président de l’État Yits’hak Herzog, lui demandant de mettre fin à la procédure judiciaire en cours contre lui.
Cette requête intervient quelques semaines après une lettre du président américain Donald Trump, exhortant Herzog à accorder une grâce.
JDN
Le bureau du président a confirmé que la demande a bien été déposée, transmise via l’avocat du Premier ministre, Amit Haddad.
Selon la procédure, la demande est désormais transférée au département des grâces du ministère de la Justice, qui recueillera les avis juridiques requis avant de les transmettre à la conseillère juridique de la présidence et à son équipe pour avis complémentaire.
La présidence souligne qu’il s’agit d’une demande exceptionnelle, aux implications très importantes. Une fois les avis collectés, le président étudiera la demande avec gravité et responsabilité.
La requête comporte deux documents :
– une lettre détaillée signée par l’avocat du Premier ministre,
– une lettre personnelle signée par le Premier ministre lui-même.
Dans cette lettre, il écrit notamment : « Ces dernières années, les tensions et les divisions entre les différentes composantes du peuple et entre les institutions de l’État se sont accrues. Je suis conscient que la procédure judiciaire me concernant est devenue un point de discorde national.
J’assume une responsabilité publique et morale large, en comprenant les conséquences de tout ce qui s’est produit.
C’est pourquoi, et malgré mon intérêt personnel à mener le procès jusqu’à prouver pleinement mon innocence, je pense que l’intérêt public exige une autre voie.
Par responsabilité nationale, en tant que Premier ministre, pour tenter de rapprocher les parties du peuple, je n’ai aucun doute que la fin du procès contribuera à calmer les tensions autour de cette affaire.
Face aux défis sécuritaires et aux opportunités diplomatiques qui se présentent aujourd’hui à Israël, je me dois de tout faire pour panser les divisions, restaurer l’unité nationale et rétablir la confiance dans les institutions. »
La lettre de Trump qui a précédé
Il y a deux semaines, Donald Trump avait envoyé une lettre officielle au président Herzog, l’exhortant à accorder une grâce au Premier ministre.
La présidence avait alors répondu que seule une demande personnelle du Premier ministre permettrait d’examiner une telle démarche.
Dans sa lettre, Trump demandait : « Alors qu’Israël avance au-delà des années difficiles traversées récemment, je vous appelle à gracier complètement Benjamin Netanyahou, qui a été un Premier ministre fort et déterminé en temps de guerre – et qui conduit aujourd’hui Israël vers une ère de paix.
Cela inclut la poursuite du travail que je mène avec les dirigeants du Moyen-Orient pour ajouter d’autres pays aux Accords d’Abraham.
Je respecte totalement l’indépendance du système judiciaire israélien, mais je crois que le dossier contre Bibi, qui a combattu à mes côtés pendant des années, notamment face à l’Iran, est un dossier politique et injustifié. »
Trump ajoutait que, maintenant que des « avancées historiques » avaient été atteintes, « le moment est venu de permettre à Bibi d’unir Israël en le graciant et en mettant fin à cette ‘guerre judiciaire’ une fois pour toutes ».
Lors de son discours à la Knesset lors de Hochana Rabba, il avait même lancé publiquement au président : « Monsieur le Président, pourquoi ne pas lui accorder une grâce ? »
Les réactions ?
À droite on salue, à gauche on attaque
Le monde politique réagit à la demande de grâce de Netaniahou :
Yaïr Golan : « Seul un coupable demande une grâce. »
Gilad Kriv : « L’intérêt national est de mettre fin à son règne. »
Ben Gvir : « La grâce est cruciale pour la sécurité nationale. »
Nir Barkat : « Il est temps de gracier le Premier ministre. »
La demande de grâce a provoqué une vague de réactions parmi les hommes politiques, les organisations et les personnalités publiques. Alors que les membres de la coalition la soutiennent en la qualifiant de « geste de leadership » et de « mesure cruciale pour la sécurité de l’État », l’opposition et plusieurs organisations de gauche la dénoncent comme « une atteinte mortelle à la démocratie ».
Réactions de l’opposition
Le chef de l’opposition, Yaïr Lapid, déclare : « J’appelle le président Herzog : tu ne peux pas accorder une grâce à Netanyahu sans reconnaissance de culpabilité, expression de remords et retrait immédiat de la vie politique. »
Le président du parti démocratique, Yair Golan, réagit vivement : « Seul un coupable demande une grâce. Après huit ans de procès, alors que les dossiers n’ont pas explosé, Netanyahu demande une grâce.
La seule transaction possible est : qu’il assume la responsabilité, qu’il reconnaisse sa culpabilité, qu’il quitte la politique et libère le pays. »
Golan ajoute : « Non Bibi, non. La seule voie vers l’unité nationale consiste à arrêter la machine de haine et de poison, à arrêter la destruction du système judiciaire et démocratique — et cela commence par ta démission et ton retrait de la vie publique.
Après six ans de procès, après dix ans à répéter “il n’y avait rien, il n’y aura rien”, il apparaît maintenant que tu as peur de la vérité.
La seule issue : assume, avoue et laisse respirer le pays. Et j’appelle Herzog : ne crache pas au visage du public démocratique. Une grâce ne peut être envisagée qu’après responsabilité et remords. »
Le député réformiste Gilad Kariv du parti démocratique déclare : « Pendant huit ans, il a attendu ce moment pour prouver qu’il n’y avait rien et que tout s’effondrerait. À présent il demande une grâce. Aucune responsabilité, aucune reconnaissance de faute — et il parle d’unité nationale. »
Il ajoute : « L’intérêt national majeur est la fin du règne de Netanyahu, qui a apporté désastre après désastre à Israël, corrompu la culture politique, ouvert la porte aux héritiers de Meir Kahane et provoqué une décomposition profonde de l’État. Pars, et laisse d’autres réparer. »
Soutien dans la coalition
Le ministre de l’Économie et de l’Industrie, Nir Barkat, exprime son soutien : « L’intérêt national, à droite comme à gauche, est de mettre fin au procès contre le Premier ministre. Après une guerre difficile, Israël doit repartir uni. Monsieur le Président, il est temps de gracier Netanyahu. »
Le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, déclare : « La grâce pour Netanyahu est cruciale pour la sécurité de l’État. La réforme judiciaire, et en particulier celle du parquet corrompu et pourri, qui a cousu de toutes pièces les dossiers contre Netanyahu, est elle aussi cruciale. Ces deux démarches sont complémentaires. »
Le ministre de l’Immigration et de l’Intégration, Ofir Sofer, affirme : « Le procès aurait dû être interrompu depuis longtemps, surtout en cette période critique qui façonnera le statut d’Israël pour des décennies.
J’appelle le président Herzog à accéder à la demande du Premier ministre afin de mettre fin à une procédure qui a nui à la cohésion sociale. Ne te laisse pas influencer par les bruits politiques. »
La députée du Likoud, Keti Shitrit , ajoute : « Le procès a exposé la nudité du système judiciaire et a montré la nécessité de le réformer. Malgré son droit de prouver qu’il est victime de persécution, le Premier ministre a choisi un acte de leadership en demandant une grâce. Je soutiens cette demande. »
L’organisation pour la qualité du gouvernement s’oppose fermement
L’organisation pour la qualité du gouvernement appelle le président à rejeter la demande immédiatement : « Une grâce en pleine procédure judiciaire constitue une atteinte mortelle à l’État de droit et au principe d’égalité devant la loi — le cœur de la démocratie. »
Elle ajoute : « Accorder une grâce à un Premier ministre accusé de fraude et d’abus de confiance enverrait un message clair qu’il existe des citoyens au-dessus des lois. Israël est un État souverain avec un système judiciaire indépendant. Le sort judiciaire de tout citoyen, y compris le Premier ministre, doit être décidé uniquement par un tribunal. Nous appelons le président Herzog à résister à la pression et à défendre la démocratie. »


























